‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 12 sur 175 · ÉTIOLOGIE DE L'HYSTÉPJE · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE DE L'HYSTÉPJE

Dans la pratique, il n'est pas inutile de rechercher et de reconnaître ces diverses alliances morbides de l'hystérie. Le pronostic et le traitement varieront, en effet, selon qu'il s'agira d'hystérie simple ou d'hystérie compliquée do folie héréditaire, de neurasthénie ou d'épilepsie.

Je désire attirer maintenant votre attention sur la série des accidents névropathiques que présentent très fréquemment, pendant leur enfance, les sujets destinés à devenir plus tard hystériques.

Ces accidents, dont le diagnostic est quelquefois difficile, ont été explicitement signalés par Georget en 1824. La plupart des hystériques, dit cet auteur, « ont montré, dès le bas âge, des dispositions aux affections convulsives, un caractère mélancolique, colère, emporté, impatient, susceptible : quelques-uns ont eu alors des attaques de catalepsie, des migraines, des serrements de gosier, des étouffements \»

L'observation clinique confirme complètement les opinions émises par Georget. La plupart des malades prédisposés à l'hystérie et destinés à devenir franchement hystériques ont, pendant leur enfance, des accidents nerveux variés. Le nombre de ces accidents est même plus considérable que ne l'a indiqué Georget. A côté des attaques de catalepsie, des serrements de gorge, des étouffements explicitement signalés par cet observateur, il faut placer, si je ne me trompe, certaines variétés de toux sèche quinteuse, coqiieluchoïde, arrivant par accès et persistant pendant des jours, des semaines ou des mois, malgré les traitements qu'on lui oppose.

Les crises de vomissements survenant sans causes appréciables ou à l'occasion d'émotions morales, les crises de hoquet, les crises de palpitations de cœur, les terreurs nocturnes des enfants, la céphalée des adolescents, ont vraisemblablement la même signification.

Certaines formes de congestion pulmonaire, avec ou sans hémoptysie, certaines hémorragies nasales ou gastriques paraissent également devoir être rangées parmi les accidents névropathiques

1 Georgef, aiiiclo Hyftùèrir du Dirlioiinaire de médecine, ']S8i-, t. XI, p. 532.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. 23

do l'enfance, au raème titre que les accès de somnambulisme spontané, les contractures ou les paralysies temporaires des membres, les anesthésies sensitives ou sensorielles, les névralgies et les douleurs articulaires d'apparence rliumatoïde.

Presque tous nos malades ont présenté quelques-uns de ces accidents :

Obs. XIX.. — Élisa G... a eu dans sa première enfance des convulsions suivies de rigidité des membres. Plus tard elle est devenue sujette à des hoquets qui duraient quelquefois toute une journée. Elle avait un caractère violent, acariâtre, taquin. Elle était souvent punie, et quand cela arrivait elle avait de petites attaques de nerfs caractérisées par des malaises, des envies de pleurer et par la sensation d'une boule qui, partant du flanc gauche, remontait vers le cou et l'étranglait. Il n'y avait cependant pas de convulsions ni de pertes de connaissance.

Obs. XX. — Amélie H... a eu des maux de tête persistants qui ont fait craindre une méningite, et plus tard des vomissements de sang se reproduisant tous les matins pendant quinze mois consécutifs.

Obs. XXI. — Alice S... a été incommodée par des épistaxis très fréquents. Elle était tracassière, susceptible, émotive; elle pleurait ou riait sans motifs; elle aimait à taquiner ses compagnes. Quand on lui faisait des observations, elle se mettait dans des colères violentes, trépignait et se roulait par terre. A quatorze ans, elle eut une pneumonie (?).

Obs. XXII. — Anaïs L... a été sujette, de six à dix ans, à des crises de palpitations de cœur qui survenaient sous l'influence des moindres émotions.

Obs. XXIII. — Marie-Louise G... a eu, vers l'âge de trois ans, des convulsions vermineuses (?). De quatorze à seize ans, elle a été incommodée par des crises de vomissements qui survenaient de temps en temps sans cause connue et duraient chaque fois une journée entière.

Obs. XXIV. — Jeanne M... a beaucoup souffert de névralgies; elle a eu de plus, pendant six mois, à l'âge de dix-neuf ans, des vomissements incoercibles.

Obs. XXV. — Éléonore L... a eu une enfance maladive. A dix ans elle souffrit pendant trois mois d'une toux sèche, quinteuse, convulsive, ressemblant beaucoup à celle de la coqueluche, mais en différant par l'absence d'expectoration. Un peu plus tard, elle eut des douleurs rhumatoïdes dans les membres.

Obs, XXVI. — • Théophile S... a eu dans sa jeunesse quatre fluxions de poitrine ou congestions pulmonaires. Elle a commencé à se masturber vers l'âge de douze ans, et elle raconte qu'à cette époque les excitations génitales étaient souvent suivies de petites pertes de connaissance accompagnées de contractures de tous les membres, sans convulsions concomitantes.

Obs. XXVII. — ■ Sous l'influence de la même cause, Elisabeth Pi... avait des évanouissements qui duraient plusieurs minutes, ou des crises de sanglots et de pleurs.

2i. ÉTIOLUGIE DE LliYSTÉUIE.

Obs. XXYIII. — Berlhe M... a eu très souvent des convulsions vermineuses (?). A l'âge de deux ans, une de ces convulsions a été suivie d'une paraplégie qui a persisté pendant six mois. A six ans elle a eu une fluxion de poitrine (?). Son caractère était violent, intraitable. Elle entrait pour des riens dans des colères inconcevables, et, quand elle se mettait en colère, elle sentait une boule qui tournait dans son ventre et montait l'étreindre à la gorge ; puis, quand elle se calmait, il lui arrivait fréquemment d'avoir des quintes de toux sans expectoration qui duraient un jour ou deux. A quatorze ans, elle a tenté deux fois de se suicider parce que ses parents ne voulaient pas l'autoriser à se marier.

Obs. XXIX. — Marie A... a eu de loin en loin, pendant toute son enfance, des crises de vomissements incoercibles qui survenaient sans qu'aucun écart de régime put les expliquer, duraient de quinze à vingt jours et disparaissaient sans laisser de traces. A douze ans elle fut atteinte d'un gonflement douloureux du ventre que plusieurs médecins prirent pour du carreau, mais qui se dissipa brusquement deux mois après. Elle avait, en outre, de temps en temps des crises de sanglots.

Il y aurait un intéressant chapitre de pathologie à écrire sur ces troubles nerveux des enfants prédisposés à l'hystérie. On s'est beaucoup occupé dans ces derniers temps de l'hystérie infantile. Mais on a eu surtout en vue l'étude de l'hystérie précoce et non pas celle des prodromes lointains de l'hystérie. Les symptômes que je viens de vous signaler n'ont pas été étudiés avec tout le soin qu'ils méritent. Ils ont cependant une grande importance, non pas à cause de leur gravité immédiate, car ils guérissent presque toujours, même sans traitement, mais à cause de leur signification pronostique à longue échéance et des indications qu'ils peuvent fournir pour le traitement prophylactique de l'hystérie future. Quand on les reconnaît à temps, on doit soumettre les enfants qui les présentent à une hygiène physique et morale dont je vous indiquerai plus tard les règles. On peut ainsi, dans un bon nombre de cas, combattre les prédispositions morbides les plus accentuées et diminuer de beaucoup les chances de l'explosion ultérieure des grands accidents hystériques.

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