‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 130 sur 175 · FORMES ET VARIETES · texte numérisé non relu

FORMES ET VARIETES

tion hypnotique des personnes qui viennent réclamer nos soins.

Les accidents hystériques persistants, tels que les paralysies, les contractures, les spasmes rythmiques, etc., disparaissent fréquemment par le seul fait de la provocation d'une ou de plusieurs attaques convulsives; mais nous ne sommes pas en mesure d'employer, dans le cas actuel, ce mode de traitement, puisque nous n'avons pas trouvé de zones spasmogènes actives sur le corps de Marie L...

Parmi les procédés d'un usage courant et d'un maniement facile, il nous reste l'électrisation et l'aimantation. Dès aujourd'hui nous essaierons l'aimantation des membres paralysés, et si nous n'obtenons pas des résultats satisfaisants, nous aurons recours à la faradisation. J'espère, sans pouvoir vous l'affirmer, que l'un ou l'autre de ces agents thérapeutiques produira l'effet curatif que nous en attendons K II est à peine besoin d'ajouter que nous soumettrons en même temps la malade à un traitement général dont les toniques et l'hydrothérapie formeront les bases.

L'hémiplégie hystérique ne se présente pas toujours avec la forme que nous venons de constater dans un cas particulier. En réalité, il y en a plusieurs variétés distinctes dont les principales sont :

1° Les hémiplégies partielles ou cliplégies, dans lesquelles les deux membres d'un côté du corps sont paralysés, la face et la langue étant épargnées;

2° Les hémiplégies totales, dans lesquelles certains troubles de la motilité du visage coexistent avec la paralysie des membres du même côté;

3° Les hémiplégies avec paraplégie ou triplégies, dans lesquelles la paralysie frappe simultanément les deux membres inférieurs et un seul membre supérieur, avec ou sans participation de la face et de la langue;

4° Les hémiplégies alternes, dans lesquelles les troubles de la motilité portent sur les muscles d'un côté de la face et sur les deux membres du côté opposé;

1 Quinze jours après cette leçon, la malade, soumise à quelques séances d'aimantation et de faradisation, quittait l'hôpital, complètement guérie de l'hémiplégie pour laquelle elle y était entrée.

442 DES HÉMIPLÉGIES HYSTÉRIQUES.

5° Enfin, les hémiplégies doubles ou quadriplégies, dans lesquelles les quatre membres sont paralysés.

Je vous dirai quelques mots de chacune de ces variétés dont la description n'a d'ailleurs d'intérêt qu'au point de vue du diagnostic.

1° Les diplégies hystériques sont très fréquentes. Elles ont été fort bien décrites en quelques lignes par R.-B. Todd. « \A face et la langue, dit l'auteur anglais, sont épargnées; la paralysie, limitée aux membres supérieurs et inférieurs, est souvent incomplète; les muscles sont habituellement flasques et ne sont pas plus amaigris que ceux du côté opposé; quelquefois l'un ou l'autre des membres paralysés est le siège de spasmes musculaires ou de rigidité cataleptique. Dans la marche, quand la paralysie est assez complète, la jambe est traînée comme un corps étranger et balaye le sol... \ »

La diplégie incomplète, qu'on désigne souvent en France sous le nom d'amyosthénie hémilatérale, s'observe à des degrés divers chez la plupart des hystériques. Elle ne s'accompagne d'aucun trouble fonctionnel grave. Les malades qui en sont atteints ne s'aperçoivent pour ainsi dire pas de l'affaiblissement de leurs membres; ils marchent et travaillent comme si leurs forces étaient égales des deux côtés.

Lorsque la diplégie est plus complète, les membres sont paralysés. C'est alors que les malades marchent, ainsi que l'a indiqué Todd, en traînant la jambe et sont incapables de se servir de leur bras du côté atteint.

Le diagnostic des diplégies hystériques est en général très facile. On pourrait les confondre avec les hémiplégies partielles succédant à certaines lésions destructives limitées de l'écorce des hémisphères cérébraux. Mais les diplégies symptomatiques des lésions corticales sont rares et, de plus, une fois constituées, elles évoluent exactement comme les hémiplégies d'origine capsulaire, c'est-à-dire qu'elles s'accompagnent, dès le début, d'exagération des réflexes tendineux, et, plus tard, de contracture secondaire et de trépidation épileptoïde. L'absence de ces symptômes dans un cas de diplégie durant depuis quelques semaines suffirait à elle seule pour rendre très vraisemblable le diagnostic de diplégie hystérique. Dans un cas douteux, l'étude des antécédents des malades, l'état de la sensibilité de la peau et des muqueuses, l'exploration des champs visuels fourniraient de précieux éléments de distinction.

1 Uobcit-Bentley Todd, CUnical Lectures, 2" édit. Londres, 1861, p. 771.

HÉMIPLÉGIES TOTALES.

2° Les hémiplégies liystériques totales présentent une particularité fort remarquable : la face et la langue, au lieu d'être frappées, comme les membres, de paralysie flaccide, sont le siège d'une contracture spasmodique, connue depuis les recherches de M. Gharcot sous le nom cVhémispasme glosso-lahié des hystériques^.

FiG. 61.

Hémispasme glosso-labic d'après une photographie publiée par MM, Brissaucl et Marie

(Progrès médical, 1887).

Cet hémispasme a des caractères très spéciaux. Au repos, la bouche est asymétrique, la commissure labiale est tirée en haut et en dehors, le sillon naso-labial est plus marqué du côté malade que du côté sain (fig, 61). La langue est appliquée sur le plancher de la bouche, déviée vers le côté malade, et souvent elle ne peut être sortie de la cavité buccale. Quand les malades peuvent la tirer ((Ig. 61), elle est fortement déviée en crochet, sa pointe étant dirigée du côté où siègent l'hémispasme facial et la paralysie flaccide des membres ^ En outre, quand les malades ouvrent la

1 Charcot, Leçons du mardi à la Salpêtrière, passim. — Brissaud et Marie, De la déviation faciale dans l'hémiplégie hystérique (Progrès médical, 29 janvier et 12 février 1887). — Belin, Hémispasme glosso-labié des hystériques. Th. doct., Paris, 1888.

2 M. Cliarcot rapporte cependant, dans sa leçon du mardi 26 juin 1888, Fobserration d'une malade dont la langue était déviée du côté opposé à l'hémispasme facial.

444 DES HÉMIPLÉGIES HYSTÉRIQUES.

bouche, on aperçoit habituellement, sur 'les parties contracturées, des secousses musculaires irrégulières semblables à de fortes contractions fibrillaires.

L'hémispasme glosso- labié serait, d'après M. Gharcot, caractéristique de l'hémiplégie hystérique. M. G. Lumbroso a rapporté cependant des exemples d'hémiplégies hystériques accompagnées de paralysies flaccides du facial inférieur tout à fait semblables à celles qu'on observe dans les hémiplégies capsulaires^ Mais ses observations ne sont pas à l'abri de tout reproche, et, jusqu'à plus ample informé, l'hémispasme glosso- labié doit être considéré comme un des symptômes les plus importants des paralysies hystériques.

Le membre inférieur paralysé se comporte pendant la marche comme il le fait dans le cas de diplégie hystérique.

MM. Brissaud et P. Marie décrivent dans les termes suivants, d'après l'enseignement de M. Gharcot, les caractères différentiels de la marche des hémiplégiques hystériques et des hémiplégiques organiques. « Ghez les individus atteints de lésion cérébrale en foyer, le membre inférieur paralysé, au lieu d'être, comme dans l'état normal, porté directement en avant au moyen de la flexion de la jambe et de la cuisse, ne peut plus être placé devant le membre inférieur sain que grâce à un mouvement d'abduction qui fait décrire au pied du côté malade une demi-circonférence dont le pied du côté sain marquerait le centre; pendant ce mouvement, le membre extérieur paralysé reste dans l'extension. Ghez les hystériques, au contraire, il en est autrement : le membre inférieur paralysé n'est plus porté en avant, il est traîné à la suite du membre sain; le malade marche un peu de la façon dont les petits enfants montent les escaliers, toujours la même jambe en avant; de plus, pendant la marche, le membre inférieur du côté paralysé est souvent un peu fléchi et non plus étendu comme dans les cas de lésion organique ^ »

G'est dans les cas de ce genre que certains malades soutiennent leurs membres avec des lanières ou s'appuient sur des béquilles, ainsi que le montrent les planches 3 et 4. Jamais, dans l'hémiplégie organique vulgaire, les malades n'ont recours à de tels artifices.

Je ne puis, à mon grand regret, vous montrer d'exemple d'hémi-

1 Giacomo Luinbroso, Sullaparalisi del faciale dlnatura isterica (Lo Sperïmentale, janvier 1887).

2 Brissaud et Marie, Progrès médical, 1887, p. 8L

HEMIPLEGIE ALTERNE. 445

plégie hystérique totale avec hémispasme glosso-labié. Nous n'en avons jamais eu dans le service. Vous en trouverez d'ailleurs d'excellentes observations dans les leçons de M. GharcotS dans la thèse de M"° Blanche Edwards -, etc.

3" Les triplégies hystériques sont constituées par la coexistence d'une hémiplégie de la partie supérieure du corps et d'une paraplégie de la partie inférieure, de telle sorte que trois membres (le supérieur d'un côté et les deux inférieurs) se trouvent simultanément paralysés. Ce mode de distribution des troubles de la motilité est assez commun dans l'hystérie ^ La malade que nous avons examinée tout à l'heure en offre un exemple assez net pour qu'il me paraisse inutile d'insister sur ses caractères.

4° Vhé7niplégie alterne est presque toujours symptomatique de lésions unilatérales de la protubérance annulaire ou des pédoncules cérébraux. L'hystérie peut cependant réaliser, elle aussi, la combinaison d'une paralysie siégeant sur un côté de la face et sur les membres du côté opposé, ou plutôt elle peut donner lieu à une forme particulière de paralysie alterne, caractérisée par un hémispasme glosso-labié d'un côté et une paralysie flaccide des membres de l'autre côté du corps. Nous en avons eu l'an dernier un exemple dans le service. Le nommé Merl..., ouvrier typographe, âgé de dixneuf ans, atteint à différentes reprises de coliques et d'arthralgies saturnines, était entré à l'hôpital pour une hémiplégie hystérique. Ses membres du côté gauche étaient le siège d'une paralysie flaccide, et son visage présentait un hémispasme glosso-labié du côté droite MM. Brissaud et Marie citent, dans leur mémoire sur la déviation faciale dans l'hystérie, un fait analogue.

5° Les hémiplégies hystériques doubles frappent également ou inégalement les quatre membres. Une de nos malades, dont je vous raconterai l'histoire en détail quand nous étudierons les troubles trophiques d'origine hystérique % a été atteinte à plusieurs reprises

1 Charcot, Leçons du mardi à la Salpêtrlère.

2 M"" Blanche A. Edwards, De l'iiémiplégie dans quelques affections nerveuses. Th. doct., Paris, 1889.

3 La contracture hystérique affecte souvent le type triplégique, ainsi que Je démontrent les observations d'Élisa X..., page 199, et celle d'Elisabeth M..., page 395. L'anesthésie cutanée atteint, elle aussi, chez quelques hystériques, un membre supérieur et les deux membres inférieurs. On en trouvera un exemple dans l'observation de Camélia G..., p. 284.

* L'observation se trouve in extenso dans la thèse de M. E. Bitot : L'hystérie tiiâle dans le service de M. le professeur Pitres, à l'hôpital Saint- André de Bordeaux. Th. doct., Bordeaux, 1890, observation IX, page 57.

^ Il s'agit là de l'observation V de la XXXVP leçon, page 495.

446 DES HEMIPLEGIES HYSTERIQUES.

différentes de cette forme de paralysie. La première fois elle a guéri en même temps des quatre membres. La seconde, la paralysie a disparu dans les membres du côté gauche, et la malade est restée longtemps après diplégique du côté droit, ce qui semble bien démontrer qu'au point de vue théorique, on peut légitimement considérer les paralysies hystériques des quatre membres comme des diplégies doubles.

Les complications les plus fréquentes des hémiplégies hystériques sont : l'œdème, l'atrophie musculaire et la contracture permanente des membres paralysés. L'œdème et l'atrophie musculaire ont déjà fixé notre attention et je n'ai rien à ajouter à ce que je vous en ai dit il y a quelques jours ^

La contracture permanente peut coexister avec l'hémiplégie et augmenter dans une certaine mesure les difficultés du diagnostic.

Nous avons' en ce moment-ci, à la salle 7, une malade qui est atteinte d'une paralysie flaccide du membre supérieur gauche et d'une paralysie avec contracture du membre inférieur du même côté. Voici un résumé succinct de son observation :

Obs. il — Diplégie hystérique du côté gauche; paralysie flaccide du Yiieruhre supérieur; contracture du membre inférieur. — Alice Cars..., ménagère, est âgée de trente ans.

Antécédents héréditaires ; Père et mère vivants et bien portants ; ils sont d'un caractère doux et n'ont jamais eu d'accidents nerveux. Deux frères et une sœur ne présentent rien de particulier. Pas de renseignements sur les grands -parents.

Antécédents personnels : Alice a été maladive durant toute son enfance. Jusqu'à dix ans elle a été sujette à des convulsions fréquentes. Elle a eu une kératite ulcéreuse qui a couvert ses deux cornées de taies opaques. A sept ans, rougeole grave; à huit ans, fièvre muqueuse; à dix ans, scarlatine suivie de dysenterie.

Réglée à onze ans et demi, elle a été assez bien portante jusqu'à seize ans. A cette époque, elle devint enceinte et accoucha, à terme, d'un enfant vivant et bien constitué.

En février 1884 (elle était alors âgée de vingt-quatre ans et n'avait jamais eu d'accidents hystériques précis), on lui annonça à brûle-poui'point que son enfant venait d'être victime d'un accident et qu'il était presque mort. Elle courut chez elle comme une folle et trouva son fds meurtri, avec un bras cassé, mais la vie sauve. Elle tomba évanouie et eut sur-le-champ une

1 Voyez XXX': leçon, pages 394-3UG, cl idanclic 0.

Page 1