CONTRACTURE CONCOMITANTE
grande attaque de nerfs. Il faut noter qu'elle était réglée en ce moment et que ses règles furent arrêtées du coup. Un mois après, nouvelles attaques convulsives se répétant à de courts intervalles, pendant cinq ou six jours, et accompagnées d'hématémèses abondantes. Ces accidents se reproduisirent régulièrement tous les mois, pendant six mois.
Vers le milieu de 1884, les règles reparurent. En même temps, les hématémèses cessèrent de se produire, mais les attaques convulsives persistèrent. De plus, la malade commença à éprouver une faiblesse si marquée des membres du côté gauche qu'elle fut obligée d'en arriver à se servir d'une canne pour marcher.
Au mois de février 1886, en se baissant un jour pour souffler son feu, elle appuya sa poitrine sur sa canne. Celle-ci se brisa et la malade tomba lourdement sur le devant du foyer. Malgré tous ses efforts, elle ne put se relever seule. Quand on lui porta secours, on s'aperçut qu'elle avait une contracture très violente des muscles du tronc et des membres inférieurs. Elle était recourbée sur elle-même, les jambes fléchies sur les cuisses, les genoux touchant presque le front, et ne pouvait se remuer. Elle resta pendant vingt-cinq jours dans cette position; puis, peu à peu, la contracture se dissipa; Alice put alors recommencer à marcher, mais elle fut obligée de se soutenir avec deux béquilles tant ses membres du côté gauche étaient affaiblis.
Cet état dura, sans modifications appréciables, pendant deux ans consécutifs. En 1888, les forces revinrent dans les membres précédemment paralysés, et, l'année suivante, la malade pouvait marcher comme tout le monde. Elle avait toujours de loin en loin quelques attaques convulsives.
En janvier 1890, elle eut l'influenza. Les attaques convulsives devinrent en même temps plus fréquentes et plus violentes. Au mois de février, une de ces attaques fut suivie de mutisme et de contracture spasmodique des paupières persistant pendant dix jours.
Enfin, le 15 mars 1890, à la suite d'une autre attaque convulsive, la malade est restée diplégique du côté gauche, avec cette particularité que le membre supérieur est depuis le premier jour inerte et flaccide, tandis que le membre inférieur est au contraire rigide.
État actuel le 26 juin 1890 : La malade a conservé toute son intelligence. Elle est gaie, mange et digère bien et n'a aucun symptôme de lésions cardiaques ou pulmonaires. Elle a tous les deux ou trois jours des attaques convulsives régulières à type franchement hystérique. Dans les intervalles de ces attaques, elle a une diminution très manifeste de la sensibilité sur toute la peau du tronc et des membres. Au visage, l'acuité sensitive est normale. Le goût, l'odorat, l'ouïe ne sont pas affaiblis. La vision est presque totalement abolie par suite des opacités anciennes des cornées. L'exploration des champs visuels ne peut être pratiquée à cause de ces opacités.
Le membre inférieur gauche est immobilisé, par une contracture intense, dans une position intermédiaire entre l'extension et la flexion. Le pied est fortement étendu, tandis que les orteils sont fléchis au maximum. Les mouvements volontaires de ce membre sont absolument impossibles. Les mouvements communiqués sont très limités et provoquent une douleur
448 DES HÉMIPLÉGIES HYSTÉRIQUES.
vive siégeant surtout dans la hanche. Le relèvement hrusque de la pointe du pied provoque de la trépidation épileptoïde.
Le membre supérieur gauche est flasque, mou et si faible que la malade ne peut pas l'élever à la hauteur de sa bouche. Le sens musculaire y est aboli. Pression de la main au dynamomètre, 3 kilog.
Les réactions électriques sont normales aussi bien dans les muscles des membres supérieurs que dans ceux des membres inférieurs. On constate seulement un peu de diminution de l'excitabilité galvanique dans le grand pectoral et le biceps gauche.
Les deux membres du côté gauche sont notablement plus amaigris que ceux du côté droit. L'amaigrissement porte uniformément sur toutes les masses musculaires. Il n'y a pas d'atrophie limitée.
Les membres du côté droit ne présentent rien d'anormal.
La motilité de la face et de la langue est intacte. Les traits du visage sont symétriques; la langue peut être tirée hors de la bouche et sa pointe n'est pas déviée. La parole est libre, la déglutition facile.
Le réflexe rotulien est très brusque à gauche, un peu moins à droite, mais cependant plus qu'à l'état normal.
Le réflexe abdominal de Rosenbach est très vif et égal des deux côtés.
Le réflexe pharyngien est faible, presque aboli.
Le diagnostic ne présente, dans ce cas, aucune difficulté : notre malade a une diplégie hystérique des membres du côté gauche avec flaccidité du membre supérieur et contracture du membre inférieur. La coexistence de ces deux manières d'être différentes du système musculaire sur les membres d'un même sujet, est une de ces étrangetés dont l'hystérie nous off're à chaque instant des exemples, mais ce n'est pas une rareté pathologique. J'ajouterai que cela n'aggrave en aucune façon le pronostic, et que, très probablement, notre malade guérira à la fois et de sa paralysie flaccide du bras et de sa contracture de la jambe.