HYSTERIE SANS ANESTHESIE
qu'un rôle effacé, comparativement aux autres manifestations de l'hystérie;
3° Ceux où des anesthésies multiples, frappant simultanément la peau, les membranes muqueuses, les organes des sens et les tissus profonds, constituent un faisceau de symptômes d'une grande importance dans l'ensemble des accidents hystériques.
Chacun de ces groupes de faits mérite quelques, considérations.
1''' Guoupp: : VAnesthé.sie fait complètement défaut. — Contrairement à l'opinion de Gendrin et de Henrot, l'anesthésie n'est pas un symptôme constant et nécessaire de l'hystérie. Certains malades atteints d'accidents manifestement hystériques, voire même d'accidents convulsifs graves, ne présentent aucun trouble appréciable des fonctions sensitives. Les cas de ce genre sont exceptionnels, j'en conviens, mais on en rencontre quelques-uns, et, pour ma part, je crois en avoir observé deux sur une quarantaine d'observations d'hystérie dans lesquelles la sensibilité a été spécialement examinée, ce qui fait une proportion de 5 pour 100 environ.
Le premier est relatif à une dame de quarante et un ans qui, à l'occasion de fortes commotions morales, a eu dans sa vie trois grandes tempêtes hystériques. En 1875 elle fut victime d'une tentative d'empoisonnement. A la suite des émotions résultant de la découverte et du jugement du coupable, elle eut tous les jours, pendant dix- huit mois consécutifs, une ou plusieurs attaques hystéro-épileptiques suivies de scènes délirantes pendant lesquelles elle imitait le chant du coq, le gloussement de la poule, le roucoulement de la tourterelle, etc. Puis elle se rétablit et jouit pendant six ans d'une santé parfaite. En 1882 son mari mourut. Les attaques de nerfs reparurent avec les mêmes caractères et persistèrent encore pendant dix-huit mois. Enfin, il y a six mois, après une discussion d'intérêts très violente avec une de ses voisines, M'™ X... fut reprise d'accidents convulsifs. Elle a maintenant tous les deux ou trois jours une grande attaque hystérique, et dans l'intervalle des attaques elle pousse presque continuellement une sorte de mugissement involontaire des plus incommodes. Ce mugissement, qui accompagne les mouvements inspiratoires, s'arrête quand la malade parle ou lit à haute voix. Il s'atténi^e
quand elle fixe son attention sur quelque chose, par exemple quand elle lit ou quand elle fait des calculs. Il cesse complètement durant la nuit. Il disparaît aussi pendant quelques heures à la suite des grandes attaques convulsives.
La nature de tous ces accidents est manifestement hystérique. Les circonstances qui ont provoqué leur première apparition, leur disparition complète pendant des années, les conditions dans lesquelles ils se sont reproduits, la forme des convulsions, les caractères du spasme rythmique respiratoire, tout cela ne peut laisser aucun doute sur l'exactitude du diagnostic. Eh bien! malgré la gravité de ces manifestations hystériques, M"""" X... ne présente aucun trouble appréciable de la sensibilité. J'ai exploré maintes fois sa peau, ses muqueuses (sauf celles de l'anus et des organes génitaux), ses tissus profonds sans pouvoir découvrir la plus légère anomalie dans les réactions sensitives. M. Lichtwitz a soumis ses organes des sens à des examens répétés et n'a rien constaté d'anormal dans leur fonctionnement. Il n'existe pas de rétrécissement des champs visuels, pas de troubles des perceptions colorées, pas d'insensibilité du pharynx ni de l'épigastre, etc.
Un autre exemple très net d'hystérie sans trouble de la sensibilité nous a été fourni, l'an dernier, par une jeune fille de dix-huit ans, nommée Madeleine M..., traitée à la salle 7, pendant trois mois environ, pour des vomissements incoercibles. Cette jeune fille, somnambule dans son enfance et sujette, depuis la puberté, à des attaques convulsives ayant tous les caractères des attaques hystériques vulgaires, a été guérie de ses vomissements à la suite de quelques séances de faradisation; mais les attaques convulsives ont persisté beaucoup plus longtemps.
Pendant les trois mois qu'elle a passés à l'hôpital nous avons souvent examiné l'état de la sensibilité de cette malade, et malgré tout le soin que nous avons apporté à ces explorations, nous n'avons jamais pu découvrir aucun trouble des fonctions sensitives de la peau, des muqueuses, des organes des sens, ni des tissus profonds.
Ces deux faits me paraissent assez démonstratifs pour infirmer l*Opinion des auteurs qui pensent que l'hystérie est toujours et nécessairement accompagnée de troubles de la sensibilité. Ils prouvent d'une façon tout à fait péremptoire que les fonctions sensitives peuvent rester absolument normales dans certains cas d'hystérie avérée.
ANESÏHÉSIE TRÈS LIMITÉE 427
2'' Groupe : l' Anesthêsie est limitée à quelques points isolés de la peau ou des muqueuses ou à quelques organes des sens et ne joue qu'un rôle effacé dans la symptomatologie des accidents hystériques. — Deux malades du service peuvent être rangées dans ce groupe. L'une, Anna G..., âgée de vingt et un ans, fille et petite-fille d'hystériques, est sujette, depuis l'âge de dix-huit ans, à des attaques convulsives et à des attaques de sommeil spontané. Ces accidents ont éclaté à la suite de chagrins d'amour. Mariée depuis un an, Anna G... se portait relativement bien, quand, il y a six mois, une frayeur violente causée par un orage fit reparaître les attaques, lesquelles se répètent encore aujourd'hui' plusieurs fois par semaine. Les troubles de la sensibilité ne sont nullement en rapport avec la gravité et la fréquence des manifestations convulsives. La peau est partout normalement sensible. L'ouïe, la vue, l'odorat, le goût, sont intacts. Le seul symptôme sensitif que nous ayons pu constater consiste en une plaque d'analgésie et de thermoanesthésie siégeant sur la muqueuse de la joue droite.
L'autre malade, nommée Victorine P..., âgée de dix-huit ans, est, elle aussi, une héréditaire. Sa mère était sujette à de violentes attaques de nerfs. Elle a eu, depuis sa plus tendre enfance, des accidents nerveux variés : évanouissements, contractures, convulsions, attaques syncopales, etc. Il y a un an, après une querelle avec son fiancé, Victorine P... commença à avoir un hoquet bruyant qui persiste encore aujourd'hui. Il survient après tous les repas et dure deux ou trois heures. Il n'y a eu, durant cette année, qu'un très petit nombre d'attaques convulsives. Victorine P... n'en est pas moins une hystérique invétérée. Cependant on ne trouve sur elle aucun autre trouble de la sensibilité qu'un très léger rétrécissement concentrique des champs visuels et un peu d'hypoesthésie de la muqueuse du pharynx buccal.
Les cas analogues à ceux que je viens de vous montrer sont relativement rares. Ils ne sont guère plus communs que ceux dans lesquels la sensibilité est complètement épargnée et figurent à peu près pour une proportion de 5 pour 100 dans la statistique générale de l'hystérie. Permettez-moi de vous faire remarquer en passant
qu'ils sont en opposition avec l'opinion émise par Briquet, d'après laquelle l'anesthésie des membranes muqueuses serait toujours consécutive a celle de la peau, dont elle ne semblerait être que l'extension ^
3° Groupe : V Anesthésie frappe simultanément la peau, les membranes muqueuses, les organes des sens, les tissus profonds. — C'est la le groupe de beaucoup le plus important. La plupart des hystériques (90 pour 100) présentent, en effet, des troubles multiples de la sensibilité. Ils ont à la fois des anesthésies superficielles et profondes, sensitives et sensorielles, réparties sur différents points du corps et sur différents organes.
En général, les associations de ces diverses anesthésies se font d'après des règles, non pas absolues, mais assez générales cependant pour que le médecin doive en tenir compte dans ses examens cliniques. Ces règles ont été formulées par Briquet à peu près dans les termes suivants : la distribution topographique de l'insensibilité cutanée commande celle des anesthésies des autres organes. Quand l'anesthésie de la peau est générale, les muqueuses, les organes des sens et les tissus profonds sont tous atteints; quand elle est hémilatérale, les autres organes sensibles sont anesthésies du même côté que la peau; quand elle est disposée en îlots disséminés, l'anesthésie des muqueuses, des organes des sens et des tissus profonds est distribuée ça et là sans aucune régularité. Ces propositions ne doivent être admises qu'avec certaines réserves; mais pour apprécier exactement leur valeur, il convient que nous fassions ensemble, sur les malades dont nous disposons, une étude détaillée de la géographie de l'anesthésie cutanée dans ses rapports avec les anesthésies des autres organes.
a) Dans Vanesthésle cutanée générale, l'insensibilité est uniformément étendue à toute la peau; aucun point n'est épargné. Deux de nos malades sont atteintes de cette forme d'anesthésie. Chez la première, Amélie IL.., la peau est insensible à tous les modes d'excitation. On peut la pincer, la piquer, la brûler sans provoquer
^ l'.riquoi;, Tmllr cHiiuiiir. cl. iliérccpciiliquc de Vhysléi'le. Paris, 1859, p. 290.