HYPOTHÈSE DE LA LOCALISATION CORTICALE
3° La main anesthésique étant placée derrière l'écran, on lui imprime les mouvements nécessaires pour écrire un chiffre ou un mot. Le sujet n'a pas conscience de ces mouvements; néanmoins si on lui demande de penser à un chiffre ou à un mot quelconque, il indique habituellement le chiffre ou le mot dont on lui a fait tracer le graphique.
4° La main anesthésique restant toujours inaccessible au regard de l'hystérique, on étend un ou plusieurs de ses doigts et la malade se représente l'image visuelle de sa main dans la position exacte qu'on lui a donnée, de telle sorte que si on lui demande quels doigts sont fléchis et quels sont étendus, elle le dit sans commettre d'erreurs.
De l'ensemble de ces expériences M. A. Binet conclut que « la lésion, de quelque ordre qu'elle soit, qui produit l'anesthésie hystérique, doit avoir son siège dans la couche corticale du cerveau », car, dit-il, « pour qu'une excitation périphérique puisse provoquer non seulement des mouvements, mais des idées, il faut qu'elle puisse atteindre les centres où s'élaborent les idées, c'est-à-dire les centres les plus élevés, les plus complexes de l'encéphale i. »
Il me paraît difficile d'accepter sans réserves la localisation proposée par M. Binet. Elle est, en effet, en opposition avec des faits d'observation anatomo-clinique contre lesquels ne sauraient prévaloir les expériences psycho-physiologiques les plus subtiles. On sait pertinemment que les lésions corticales des hémisphères cérébraux ne provoquent jamais certains troubles de la sensibilité qu'on rencontre souvent dans l'hystérie, tandis qu'elles déterminent souvent des phénomènes qu'on n'observe jamais chez les hystériques anesthésiques. L'hémiopie latérale homonyme, par exemple, qu'on n'observe jamais chez les hystériques, est un symptôme très fréquent des destructions limitées de l'écorce, tandis que le rétrécissement concentrique du champ visuel, qui est un stigmate commun de l'hystérie, ne survient jamais à la suite des lésions matérielles de la couche corticale du cerveau.
L'écorce cérébrale n'est donc pas, vraisemblablement, l'organe des anesthésies hystériques. Si elle joue un rôle actif dans la production de ces anesthésies, c'est par voie indirecte, en inhibant plus ou moins complètement les centres sensationnels sous-jacents, c'est-à-dire les centres dont la destruction, par des lésions maté-
1 Alfred Binet, loc. cit., p. 170.
rielles, provoque des anesthésies semblables aux anesthésies hystériques.
Les expériences de M. Binet n'en sont pas moins très intéressantes, mais elles ne prouvent pas l'intervention exclusive de l'écorce dans la production des anesthésies hystériques. On pourrait, ce me semble, les expliquer en admettant que les excitations sensitives, arrêtées dans les centres basilaires, n'y sont pas totalement éteintes, et que, par voie d'ébranlement collatéral, de dérivation, d'induction ou autrement, elles peuvent encore provoquer quelques réactions dans les centres de l'activité automatique et de l'idéation tout en étant insuffisantes pour donner lieu à des perceptions nettes et conscientes.