ANGINE DE POITRINE HYSTÉRIQUE
et chirurgicaux sans aucun succès. L'an dernier, mon excellent collègue M. Démons lui a sectionné les deux cordons spermatiques, en conservant seulement la continuité des canaux déférents. Cette opération n'a été suivie d'aucun soulagement.
Dans des cas analogues, plusieurs chirurgiens ont pratiqué la castration; mais les douleurs ont souvent persisté après Tablation des testicules, ce qui prouve bien que l'hyperalgésie n'est pas toujours due à une irritation locale des nerfs de la glande spermatique, mais qu'elle dépend, quelquefois au moins, d'une modification fonctionnelle des centres nerveux sensitifs.
Une des variétés les plus intéressantes de l'hyperalgésie hystérique est celle qui simule l'angine de poitrine. Elle est connue depuis peu de temps. M. Marie a attiré l'attention sur elle, en 1882, à propos de deux observations recueillies dans le service de M. Charcot^ En 1887, M. Le Clerc en a réuni dans sa thèse inaugurale trente -quatre exemples provenant du service de son maître, M. Huchard, ou empruntés à divers auteurs ^
La pseudo-angine de poitrine hystérique survient indifféremment chez l'homme ou chez la femme, mais elle affecte toujours des sujets franchement hystériques, ou tout au moins prédisposés à l'hystérie par leurs antécédents névropathiques.
Elle est surtout fréquente chez les jeunes adultes; cependant, on en a cité des cas chez des enfants de six ans et chez des personnes ayant dépassé la quarantaine. J'en ai vu tout récemment un exemple chez une femme de cinquante-deux ans.
En général, elle reconnaît pour cause occasionnelle la terreur inspirée aux malades par la vue d'une personne de leur entourage atteinte d'angine de poitrine vraie ou de dyspnée cardiaque.
Les accès de pseudo-angine de poitrine débutent le plus souvent sans provocation extérieure, tandis que les vrais accès angineux succèdent habituellement à une marche trop rapide, à un mouvement intempestif, à un effort physique quelconque. Une douleur
^ p. Marie, Deux observations d'angine de poitrine dans l'hystérie {Revue de médecine, 1882, p. 339).
^ Le Clere, L'angine de poitrine hystérique. Th. doct., Paiis, 1887. — M. Huchard a étudié la même question dans une série d'articles pul^liés par le Progrès médical de juin et de juillet 1889, sous le titre de : La pseudo-angine de poitrine hystérique.
aiguë, partant ordinairement de la colonne vertébrale ou de la région sternale se produit et prend rapidement une grande intensité. Elle s'étend quelquefois vers le cou, vers l'épigastre, vers l'abdomen, vers les membres supérieurs. En même temps, les malades se plaignent bruyamment d'angoisse cardiaque, d'oppression, d'étouffement. Ils déclarent qu'ils manquent d'air, qu'ils vont mourir. Le cœur, d'après la plupart des auteurs, bat avec violence et précipitation; mais il peut aussi, au milieu des accès les plus violents, rester calme, tranquille et régulier.
Ces accès durent de quelques minutes à quelques heures. Ils se terminent d'ordinaire par des sanglots, des éructations gazeuses abondantes et par l'émission d'urines limpides.
Ils se répètent quelquefois avec une périodicité régulière, tous les jours, à la même heure, de préférence dans la soirée ou la première partie de la nuit, et cela pendant plusieurs semaines consécutives. Les médicaments antipériodiques les plus actifs n'empêchent pas leur retour; mais, en revanche, des distractions morales rompent assez souvent la régularité de leur réapparition quotidienne.
Leur nombre est indéterminé; il peut être considérable. Un malade de M. Piigal eut plus de deux cents accès dans l'espace de deux années.
Le diagnostic de la pseudo-angine de poitrine hystérique est en général facile. Pour l'établir d'une façon précise, on tiendra compte des antécédents héréditaires et personnels des malades; on recherchera avec soin les stigmates permanents de l'hystérie; on s'assurera, par un examen régulier, de l'intégrité du cœur et de l'aorte; on étudiera les détails de la symptomatologie des accès, et dans la grande majorité des cas, on arrivera à reconnaître si on a affaire à de l'angine de poitrine vraie ou à de la pseudo-angine de poitrine hystérique. Dans la pratique, ce diagnostic est d'une grande importance, car c'est de lui que dépend le pronostic, et il est tout différent dans l'un ou l'autre cas. L'angine de poitrine vraie est une affection fort grave qui se termine fréquemment par la mort subite, après un petit nombre d'accès. La pseudo- angine de poitrine hystérique, au contraire, est un accident bénin qui ne tue jamais ou presque jamais et qui guérit toujours ou presque toujours, après un temps plus ou moins long.