‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 55 sur 175 · III. Accidents terminaux. — Contracture, paralysie, etc · texte numérisé non relu

III. Accidents terminaux. — Contracture, paralysie, etc

■' Paul Riciier, Etudes cUiilques s^ir la grande hystérie oa hystéro-ép'depsie, 1 vol, iii-8", 1" édition. Paris, 1885.

210 ATTAQUES GONVULSIVES HYSTERIQUES.

Il est fort rare que ce cadre soit complètement rempli dans les attaques convulsives de l'hystérie vulgaire. La description de MM. Charcot et Richer est incontestablement d'une irréprochable précision, mais les modèles d'après lesquels elle a été tracée ne sont pas les mêmes que ceux dont nous disposons. Entre la grande hystérie ou hystéro-épilepsie, qui a servi surtout aux études faites à la Salpêtrière, et l'hystérie vulgaire ou petite hystérie^ dont vous voyez tous les jours des exemples dans le service, il y a des différences sensibles. Assurément, ces deux affections appartiennent à la même famille naturelle; assurément, elles se touchent et se confondent par bien des points, mais elles ne sont pas identiques dans tous les détails de leurs manifestations. Les attaques convulsives, en particulier, sont ordinairement moins complètes, moins régulières dans la petite hystérie que dans la grande. La même description ne saurait convenir également aux deux. Certaines des phases qui se succèdent régulièrement dans les attaques hystéro-épileptiques manquent complètement dans les attaques de l'hystérie vulgaire. Dans la plupart des cas, de petite hystérie, la période épileptoïde est très atténuée, celle des attitudes passionnelles fait complètement défaut, et la période délirante, quand elle existe, doit plutôt être placée parmi les accidents terminaux que parmi les périodes actives de l'attaque. Aussi, je pense qu'il est inutile de compliquer la description de ces attaques en cherchant à les identifier avec celles de l'hystéro-épilepsie.

En fait, les attaques de l'hystérie vulgaire peuvent être divisées en trois périodes seulement : 1° la période prse-convulsive; 2" la période convulsive; 3Ma période post-convulsive. Nous allons passer en revue les phénomènes qui caractérisent chacune d'elles.

1° PÉRIODE PR/E- CONVULSIVE. — Cette période comprend l'ensemble des prodromes éloignés et prochains de l'attaque. Elle débute avec les premiers malaises prémonitoires et se termine au moment où commencent les convulsions. Sa durée totale est habituellement assez longue; elle varie entre un quart d'heure et plusieurs heures.

Au milieu de la complexité des malaises dont l'ensemble forme le prélude des attaques hystériques, une analyse attentive permet de distinguer habituellement trois stades successifs qu'on pourrait appeler : a) le stade des auras psychiques; b) le stade des auras sensitives; c) le stade de l'aura abdominale.

a) Stade des auras psychiques. — Ce sont presque toujours

PÉRIODE GONYULSIVE. t>ll

les troubles psychiques qui ouvrent la scène. Les malades deviennent inquiets, maussades, tristes. Ils se sentent « tout drôles, tout changés ». Ils recherchent la solitude. Ils ont envie de pleurer sans motifs ou de rire sans raison. Souvent, les événements tristes de leur vie passée leur reviennent à l'esprit et les obsèdent. Quelquefois, ils éprouvent le besoin de faire de Pexercice, de dépenser des forces; ils marchent de long en large sans but défini, ou bien ils se livrent avec frénésie à des travaux manuels. D'autres fois, ils se déshabillent et s'étendent sur leur lit, dans la certitude où ils sont qu'une attaque éclatera prochainement.

b) Stade des auras sensitives. — Ce stade est caractérisé par l'apparition de douleurs, souvent très vives, siégeant dans différents points du corps, surtout dans ceux où se rencontrent les zones spasmogènes. Ce sont tantôt des élancements dans les membres ou des sensations de constriction violente à la base du thorax ou aux seins, tantôt des serrements à la gorge ou des langueurs d'estomac. Il n'est pas rare de voir survenir en même temps des hoquets incoercibles, des bâillements répétés, des borborygmes bruyants.

c) Stade de l'aura abdominale. — Quelques instants seulement avant le début des convulsions, certains sujets sentent très distinctement une boule de la grosseur d'un œuf de poule qui, partant de la profondeur de l'un des flancs, s'agite dans l'abdomen, s'élève vers la région épigastrique où elle cause un malaise indéfinissable et remonte à la gorge où elle détermine une sensation de strangulation des plus pénibles. Cette aura ovarienne, qui paraît être a peu près constante chez les hystéro-épileptiques, fait défaut dans plus de la moitié des cas d'hystérie vulgaire. Très souvent, chez nos petites hystériques, la sensation de boule, au lieu de partir de la région ovarienne, se détache de l'épigastre.

2° PÉRIODE coNVULSiVE. — Cette période comprend deux phases distinctes : la première de contracture tonique ou épileptoïde, la seconde de convulsions cloniques.

a) Phase de contracture tonique. — Cette phase est, en général, dans l'hystérie vulgaire, de très courte durée. Les malades se raidissent un instant; tous leurs membres sont le siège, pendant quelques secondes, d'une rigidité tétanique. Leur cou se gonfle, leur visage devient rouge, leurs veines se distendent, leur respiration s'arrête; puis, tout à coup, une détente subite se produit et les contorsions convulsives éclatent.

212 ATTAQUES CONVtLSIVES HYSTÉRIQUES.

b) Phase des convulsions cloniques. — Au moment précis où les convulsions débutent, les malades poussent souvent un ou plusieurs cris aigus ou bien ils prononcent quelques paroles entrecoupées : «Oh! j'étouffe! j'étouffe!... Maman! maman! etc.»

Les convulsions cloniques succèdent immédiatement à ces exclamations. Elles sont caractérisées par des mouvements rapides et illogiques dont la variété échappe à toute tentative de description régulière. Tantôt les malades font sur leur lit des sauts de carpe, tantôt ils lancent leurs jambes en haut et en avant. Quelquefois ils agitent leurs bras comme s'ils jouaient du tambour ou faisaient de l'escrime. Souvent ils se tiennent pendant plusieurs secondes recourbés en arc de cercle. Il est fort rare qu'ils cherchent à se lever et à échapper aux personnes qui les maintiennent; mais il est très fréquent qu'ils tombent lourdement hors de leur lit. Pendant ce temps, la respiration est bruyante, irrégulière, le visage est congestionné, mais il n'est pas violacé comme dans les accès épileptiques. Les mâchoires sont serrées. Quelquefois une certaine quantité de salive blanche, spumeuse et non mélangée avec du sang, s'écoule de la bouche.

De temps en temps, les convulsions sont interrompues par des moments d'arrêt, puis, tout à coup, l'agitation reparaît. Dans la plupart des cas, les attaques ne se terminent qu'après un certain nombre de repi^ises analogues.

De temps en temps aussi les petites hystériques prennent, dans le cours de la période convulsive de leurs attaques, des attitudes expressives; elles font des gestes tragiques ou grotesques, leur visage devient tour à tour terrible ou radieux, leur regard triste ou souriant, mais tout cela est accidentel, et il est, en somme, excessivement rare qu'elles se livrent aux pantomimes compliquées qui caractérisent la période dite des attitudes passionnelles dans les grandes attaques des hystéro-épileptiques.

En général, les mêmes cris, les mêmes attitudes, les mêmes mouvements se reproduisent uniformément dans les différentes attaques des mêmes malades. Chaque hystérique a son type convulsif plus ou moins complexe, plus ou moins bruyant; mais se répétant toujours avec les mêmes séries d'épisodes, de telle sorte qu'une attaque est la copie fidèle des attaques précédentes.

La durée de la période convulsive est très variable. Dans la majorité des cas, elle oscille entre dix et trente minutes, mais elle peut être beaucoup plus longue.

HYPNOSE POST-GONVLILStVE. 2i;{

3" PÉRIODE POST-coNVULSivE. — Qiiancl les convulsions sont terminées, les malades restent, pendant un laps de temps souvent assez prolongé, les yeux fermés, les membres flaccides, dans un état analogue à celui qui s'observe dans le sommeil hypnotique. C'est dans le cours de cette phase d'hypnose post-convulsive que se produit le délire. Il commence habituellement quelques minutes après la cessation des mouvements convulsifs. C'est un délire de paroles ; les malades s'entretiennent d'ordinaire à haute voix avec un interlocuteur imaginaire, sans faire de gestes. En général, l'entretien roule sur des événements passés. C'est une sorte de rêve parlé se rapportant à des scènes qui ont vivement frappé l'imagination des malades et qui ont laissé dans leur esprit une trace profonde.

Pendant la durée de cette période, les patients sont quelquefois étrangers à ce qui se passe autour d'eux; ils ne répondent pas aux questions qu'on leur pose, rien ne les détourne de la contemplation de l'idée fixe qui les domine. D'autres fois, ils entendent ce qu'on leur dit, y répondent par monosyllabes et reviennent aussitôt à leur rêverie. Dans quelques cas enfin, ils ne prêtent attention qu'aux questions rentrant dans la systématisation déUrante qui les obsède; on peut alors se substituer au personnage avec lequel ils croient converser, à la condition de tenir des propos en rapport avec ceux que pourrait tenir ce personnage.

Dans un certain nombre de cas, la période d'hypnose postconvulsive est moins complexe. Il n'y a pas de délire systématisé, mais les malades chantent à tue-tête, ou bien ils rient à gorge déployée, ou bien encore ils pleurent à chaudes larmes, sans qu'on puisse leur faire dire les motifs de cette joie exubérante ou de cette tristesse profonde.

Enfin, le calme se rétablit, le délire cesse et les malades, ouvrant brusquement les yeux, reviennent à l'état de veille normal. Ils restent d'ordinaire pendant quelques secondes comme étourdis; ils se frottent les paupières, regardent avec étonnement les personnes qui les entourent et demandent ce qui vient de se passer.

Quand l'attaque a été de courte durée, ils réparent tout de suite le désordre de leurs vêtements et reprennent sans plus tarder leurs occupations habituelles. Quand, au contraire, les convulsions ont été violentes et prolongées, ils éprouvent un grand sentiment de lassitude qui les oblige à se reposer pendant quelques heures. Ils ne tombent cependant pas dans l'état de sommeil stertoreux qui succède habituellement aux accès épileptiques.

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