‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 56 sur 175 · ATTAQUES CONVULSIVES HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONVULSIVES HYSTÉRIQUES

La description rapide que je viens de vous faire des principaux phénomènes qui se succèdent dans le cours des attaques convulsivos de l'hystérie vulgaire correspond à un groupe important de faits cliniques dans lesquels les attaques se présentent avec tout le cortège de leurs manifestations prémonitoires, convulsives et terminales. A côté de ces cas types, il en est d'autres qui sont incomplets ou irréguliers. Nous les étudierons bientôt; mais auparavant je veux vous montrer par quelques exemples que le tableau que j'ai esquissé devant vous n'est pas une œuvre de fantaisie et qu'il correspond à des observations dont vous pourrez facilement contrôler l'exactitude.

Nous avons précisément en ce moment à la salle VII deux malades sur lesquelles il vous sera loisible de suivre pas à pas l'évolution des attaques, car il ne se passe guère de jours qu'elles n'aient de convulsions à l'heure de la visite; ce sont les nommées Anaïs L... et Elisabeth M...

Observation I. — Hystérie avec attaques convulsives régulières. — Anaïs L... est une grande jeune fille de dix-huit ans, brune, intelligente, affectueuse, très vive et très espiègle. Son père est mort aliéné à l'âge de quarante-sept ans. Sa mère, actuellement âgée de quarante-cinq ans, est d'un caractère très irritable; elle n'a jamais eu d'attaques de nerfs, mais elle est sujette à des névralgies intercostales violentes.

Anaïs paraît avoir joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de six ans. A cette époque, elle fut placée dans un couvent. Une de ses maîtresses lui ayant donné l'ordre de fermer une fenêtre, elle monta sur un tabouret pour lui obéir; mais la fenêtre, mal assujettie, se détacha du mur et lui écrasa le deuxième métacarpien droit. Sous l'influence de la frayeur et de la douleur, elle eut immédiatement une grande attaque convulsive qui dura une heure. Une seconde attaque, aussi intense que la première, se produisit quand le médecin plaça la main meurtrie dans un appareil. La plaie guérit, du reste, assez rapidement, et pendant plusieurs années il n'y eut pas d'attaques nouvelles.

A douze ans, les règles s'établirent sans accidents. L'année suivante, Anaïs entra en apprentissage dans un atelier de confection. Un dimanche, elle alla à la messe avec une de ses compagnes. Un homme placé à côté d'elles fut frappé d'apoplexie pendant l'office. Anaïs en fut vivement émue. Le spectacle de cet homme agonisant resta présent à son esprit; pondant deux jours, elle ne put penser à autre chose. Le mardi matin, en

arrivant à l'atelier, elle se sentit indisposée; elle éprouvait des maux d'estomac et une sensation d'angoisse respiratoire, « comme si deux mains de fer lui serraient la poitrine pour l'étouffer ». A neuf heures du matin elle perdit connaissance et resta trois quarts d'heure en convulsions; puis elle se mit « à chanter comme une folle ». On la transporta chez elle; la crise se calma, mais pour se reproduire les jours suivants avec les mêmes prodromes et les mêmes caractères. Ces accidents durèrent plusieurs mois.

A seize ans, Anaïs eut des troubles de la menstruation et des hémoptysies supplémentaires très abondantes. Sur ces entrefaites, une matrone la livra à un individu qui ne se contenta pas des badinages innocents sur lesquels avait compté la fillette. Cet événement fut suivi d'une nouvelle explosion d'attaques convulsives.

Enfin, il y a quelques mois, Anaïs eut des querelles violentes avec sa mère à propos d'un jeune homme qu'elle voulait épouser. A la suite d'une réprimande plus vive que les autres, les attaques reparurent, si fréquentes et si bruyantes qu'il fallut conduire la malade à l'hôpital.

Ces attaques surviennent toujours dans la journée, et de préférence dans la première partie de la journée, entre sept heures du matin et midi. Fort rarement elles ont lieu l'après-midi; jamais elles ne se sont produites pendant la nuit.

Elles débutent par des malaises qui se font sentir une demi -heure environ avant l'explosion des convulsions. Anaïs L... devient triste, agacée, maussade, impatiente. Elle fuit ses compagnes, recherche la solitude, et, si on vient à lui parler, elle répond sèchement qu'on la laisse tranquille. Un peu plus tard, son ventre se ballonne. Elle éprouve alors de la pesanteur abdominale, des langueurs d'estomac, des douleurs lancinantes ou constrictives dans les membres et dans les seins. Enfin, elle sent une boule qui se détache des profondeurs du flanc gauche et « se tortille dans l'estomac » en provoquant une sensation d'angoisse et d'élouffement très pénible. A ce moment, elle va habituellement préparer son lit et elle se couche, certaine qu'elle est d'avoir une attaque très prochaine. Quelques secondes plus tard ses yeux se ferment et elle a pendant une demi -minute environ des bâillements précipités et des secousses de hoquet. Tout à coup ses membres se raidissent dans une contracture tétanique générale qui dure à peine une seconde, elle pousse un long rugissement et les convulsions cloniques éclatent. Ce sont de grandes contorsions des membres, des coups de poing et de pied lancés à toute volée dans le vide, des mouvements de rotation du tronc. De temps en temps la malade, rapprochant ses talons de sa tête, recourbe son corps en arc de cercle et reste dans cette attitude pendant une ou deux secondes. Durant ces convulsions désordonnées, elle pousse des cris confus : « Je m'étouffe, dit-elle, je m'étouffe! » et, portant les mains à sa gorge, elle arrache les vêtements qui entourent son cou ou déchire avec ses ongles la peau de sa poitrine. A cette période, son visage est congestionné; ses paupières sont fermées et agitées d'un frémissement continuel; sa respiration est anxieuse, précipitée, iiTégulière; son coeur bat avec grande violence. De temps en temps les convulsions s'arrêtent, mais pour

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