‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 7 sur 175 · CARACTÈRES DES ACCIDENTS HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DES ACCIDENTS HYSTÉRIQUES

Cela tient à des raisons faciles à comprendre. On définit ordinairement une maladie par l'indication de ses lésions essentielles ou par rénumération rapide de ses symptômes caractéristiques. Or, l'hystérie n'a pas de lésions connues; c'est une névrose, c'est à dire une affection sine materia. D'autre part, ses symptômes sont extrêmement variables, et aucun d'eux ne peut être donné comme caractéristique.

En réalité, ce mot d'hystérie est un vocable abstrait par lequel on désigne, non pas un être pathologique à physionomie distincte et uniforme, mais une foule d'accidents nerveux, en apparence très différents les uns des autres, bien qu'ils appartiennent à une seule et même famille naturelle. « Passio hysterica, » disait Galien, «unum nomen est, varia tamen et innwnerabilia accidenta sub se compreîiendit. » Et Galien avait raison, car les cliniciens n'ont jamais affaire à Ventité hystérie; ils ne voient et ne traitent que des accidents hystériqiœs.

Ces accidents se présentent avec des apparences très variées, mais ils ont quelques caractères communs qui permettent de reconnaître leur spécificité nosologique et qui pourraient à la rigueur servir de base à une définition clinique.

Ces caractères ne sont pas nombreux. Tout compte fait, on.

l'organisme, surtout dans le commencement, s (Georget, De la physiologie du système itenieux et spécialement du cerveau. Paris, 1821, t. II, p. 261.)

« L'hystérie consiste en une névrose de l'appareil générateur de la femme, revenant par accès apyrétiques et offrant pour symptômes principaux un sentiment pénible de sti'angulation, la sensation d'une Inouïe qui remonte de l'épigastre à la gorge, et souvent des convulsions accompagnées ou non de troubles sensoriaux ou intellectuels, s (Landouzy. Traité complet de l'hystérie, 1'^ édition. Paris, ISiS, p. 16.)

«L'hystérie est une névrose du système nerveux cérébral, qui se manifeste plus ou

moins brusquement par des crises de convulsions cloniques générales, et par la

■ sensation d'un globe ascendant dans le trajet de l'œsophage, à l'exti'émité supérieure

duquel il vient se llxer, pour y causer une menace de suffocation immijientc. )i (Brachet,

Traité de l'hystérie. Paris, lo47.)

« L'hystérie est une névrose de l'encéphale dont les phénomènes apparents consistent principalement dans la perturbation des actes vitaux qui servent à la manifestation des sensations affectives et des passions. » (Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris, 1859.)

«Névrose cérébrale et ganglionnaire caractéiisée par la sensation d'une boule épigastrique, suivie d'attaques convulsives cloniques, expansives, durant lesquelles l'intelligence et la sensibilité sont abolies ou diminuées; dans l'intervalle de ces accès on retrouve, à différents degrés, d'autres troubles de la sensibilité, de la motilité, de rintelligence, qui servent également à la faire reconnaître. » (Monneret, Traité élémentaire de pathologie interne. 1864, t. I, p. 132.)

De ces défiaitions, les unes sont erronées, car elles rattachent à un trouble primordial de l'appareil générateur de la femme une maladie qui se développe fréquemment cliez l'homme; les autres manquent de précision ou de clacté. Beaucoup d'auteurs modernes ne défniissent pas l'hystérie, approuvant en cela l'aphorisme de Lasègue : ic La définition de l'hystérie n'a Jamais été donnée et ne le sera jamais. »

peut, ce me semble, les résumer dans les cinq propositions suivantes :

a) Les accidents hystériques sont la conséquence de troubles purement fonctionnels du système nerveux;

b) Ils peuvent être brusquement provoqués, modifiés ou supprimés par des influences psychiques ou par des causes physiques qui n'ont aucune action sur les accidents similaires dépendant de lésions organiques;

c) Us se montrent très rarement isolés; dans l'immense majorité des cas, certains stigmates latents coexistent avec les manifestations éclatantes de la névrose;

cl) Ils n'ont pas d'évolution régulière; ils surviennent sans ordre préétabli, et se succèdent sous différentes formes et à différentes époques chez les mêmes sujets;

e) Ils n'ont habituellement pas sur la santé générale et sur l'état mental des sujets qui en sont atteints le retentissement profond qu'auraient des accidents similaires mais dépendant d'une autre cause.

11 est nécessaire de reprendre chacune de ces propositions, en y ajoutant quelques commentaires explicatifs.

a) Les accidents hystériques sont la conséquence de troubles purement fonctionnels du système nerveux.

Us ne sont pas causés par des lésions organiques. Ils peuvent exister pendant des années sans que la structure des organes sur' lesquels ils siègent en soit modifiée d'une façon appréciable. Les autopsies, dans les cas d'accidents hystériques purs, sont toujours négatives. Pour débarrasser certains malades de douleurs tout k fait intolérables, on a eu quelquefois recours à des opérations chirurgicales qui ont permis de constater de visu l'état des organes hyperesthésiés, et on a pu s'assurer ainsi que l'arthralgie, la coccygodynie, l'ovaralgie, la gastralgie hystériques n'étaient en rapport avec aucune altération de structure des articulations, des os, des ovaires ou de l'estomac endoloris.

Il peut arriver, il est vrai, que des accidents hystériques coexistent avec des lésions matérielles ou se développent à leur suite

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comme s'il y avait entre eux un rapport de cause à effet. Il n'est pas rare, par exemple, qu'un traumatisme local soit suivi d'une paralysie ou d'une contracture franchement hystérique. Mais cela ne prouve pas sûrement que le trouble fonctionnel soit subordonné à la lésion matérielle. Celle-ci peut avoir été la cause occasionnelle de celui-là, sans être sa condition efficiente nécessaire. Et la preuve qu'il en est bien ainsi, c'est ciue, dans les cas de ce genre, on voit souvent l'accident hystérique guérir avant que les lésions qui l'ont provoqué aient disparu, tandis que d'autres fois il persiste et s'aggrave malgré la guérison intégrale des lésions provocatrices.

b) Les accidents Jiystêriques peucent être brusquement provoqués, modifiés ou supyprimés par des influences pjsychiciues ou pjar des causes i^hysiques cjui n'ont aucune action sur les accidents similaires dépendant de lésions organiques.

Pour démontrer cette proposition, je vais faire entrer quelquesunes des hystériques valides du service et vous rendre témoins des modifications qu'on peut provoquer dans leur état par des manœuvres de la plus grande simplicité.

En voici une qui est hémianesthésique gauche : je la pique profondément sur différents points du côté gauche du corps sans qu'elle éprouve la moindre douleur. Le côté droit, au contraire, a conservé toute sa sensibilité. Nous appliquons son avant-bras droit contre les pôles d'un fort aimant. Dans trois minutes, le côté gauche, qui était insensible, sera devenu sensible, et le côté droit, qui était sensible, sera devenu insensible.

Je tends la main à une deuxième malade, et je lui donne un shake liand un peu brusque. C'est une bien petite cause, et cependant elle a produit une contracture générale de tout le membre ébranlé par la secousse. Ce membre est devenu rigide; il est impossible d'en fléchir de force les différents articles; la malade ne peut lui faire exécuter aucun mouvement volontaire. Nous venons de créer là une infirmité des plus incommodes, qui persisterait peut-être plusieurs jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois, si nous n'étions en mesure de la faire disparaître aussi facilement que nous l'avons produite. Je souffle brusquement, à plusieurs reprises, sur les téguments du membre contracture, et vous voyez que la rigidité se dissipe, les jointures reprennent leur souplesse; la guérison est complète.

G DÉFINITION DE L'HYSTÉIUE.

Voici une troisième malade dont la motilité volontaire est parfaite. Je lui dis avec autorité : « Vous êtes paralysée du bras droit, » et cela suffit pour provoquer une paralysie immédiate du membre supérieur droit. Ce membre pend maintenant inerte et flasque le long du corps; la malade est incapable de le mouvoir, et elle en restera incapable pendant un laps de temps indéterminé, probablement fort long, à moins que je ne lui dise sur le même ton que tout à l'heure : « Vous n'êtes plus paralysée, vous pouvez remuer votre bras. »

Ainsi, Messieurs, l'anestliésie, la contracture, la paralysie et une foule d'autres accidents hystériques peuvent être provoqués ou supprimés, dans certains cas, par les causes les plus légères en apparence : par l'application d'un aimant, par la secousse brusque imprimée à un membre, par le souffle, par l'injonction pure et simple, et c'est là un des caractères les plus frappants et les plus fréquents des phénomènes qui dépendent de l'hystérie.

Mais je prévois une objection qui s'est peut-être déjà présentée à vos esprits. Si le médecin est armé de moyens si simples et si efficaces pour guérir les accidents hystériques, comment se fait-il qu'on rencontre fréquemment dans les hôpitaux ou dans la pratique civile des hystériques dont les paralysies, les contractures, les convulsions, etc., résistent pendant des mois et des années aux traitements les plus variés et les plus énergiques? Comment se fait- il, pourriez -vous me dire, que vous ayez vous-même, depuis plus de six mois, dans votre service, une hystérique paraplégique dont l'état est exactement aujourd'hui ce qu'il était le jour où la malade est entrée à l'hôpital? Ma réponse sera très catégorique. Il y a, en effet, des accidents hystériques rebelles à l'emploi des moyens thérapeutiques qu'on est habitué à diriger contre eux. Cependant ils n'échappent pas aux lois générales que nous venons de formuler, car un jour ou l'autre, brusquement, sous l'influence d'une émotion morale vive, d'un traumatisme ou de toute autre cause imprévue, ils peuvent disparaître instantanément, sans laisser de traces, sans convalescence, c'est-à-dire sans cette phase intermédiaire entre la santé et la maladie qui, dans toutes les affections organiques, correspond à la réparation progressive des lésions. Ces guérisons soudaines d'accidents hystériques ayant résisté à tous les traitements antérieurs sont loin d'être rares; elles se sont produites dans tous les temps et dans tous les pays, mais elles ont toujours été particulièrement fréquentes dans des

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