‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 72 sur 175 · APPLICATIONS PRATIQUES · texte numérisé non relu

APPLICATIONS PRATIQUES

d'une attaque convulsive par l'excitation d'une zone spasmogène permet de fixer sur-le-champ un diagnostic difficile ou incertain. J'ai eu l'occasion récemment d'apprécier la valeur de ce moyen de diagnostic dans une circonstance particulièrement délicate, car l'erreur pouvait avoir les plus désastreuses conséquences. Voici le fait : Je fus appelé, il y a quelques mois, par un médecin des environs de Bordeaux pour voir une de ses parentes, malade depuis la veille seulement et dont l'état inspirait déjà de terribles inquiétudes. Je me rendis aussitôt à l'appel de mon confrère. La malade était une jeune femme de vingt -quatre ans, enceinte de cinq mois et jouissant habituellement d'une excellente santé. La veille au soir elle avait dîné chez un de ses parents. Après le repas, et à la suite d'une contrariété sans importance, elle avait été prise subitement de convulsions violentes qui s'étaient reproduites toute la nuit à des intervalles rapprochés. Un chirurgien et un accoucheur appelés en consultation dès le matin avaient posé le diagnostic de convulsions éclamptiques et avaient conseillé l'avortement immédiat. Je vis la malade dans l'après-midi, vingt et une heures après le début des accidents. Elle ne répondait pas aux questions qu'on lui posait et paraissait être absolument privée de connaissance. De temps en temps elle avait de violentes convulsions cloniques, après lesquelles elle retombait aussitôt dans le coma. La température de la peau était normale; le pouls, régulier, battait 72 fois par minute. Les pupilles, moyennement dilatées, réagissaient très bien sous l'influence de la lumière. La malade n'avait eu ni selles ni miction involontaires. L'urine retirée par la sonde était claire, abondante et ne renfermait pas de traces d'albumine. Les battements de cœur du fœtus pouvaient être perçus dans la région iliaque gauche. Cet ensemble de symptômes me laissait des doutes sur la nature éclamptique des accidents. Mais la situation était assez pressante pour qu'on ne se contentât pas de présomptions plus ou moins hypothétiques. Je recherchai alors s'il existait sur quelque point du corps une zone spasmogène. La pression de la colonne vertébrale, des jarrets, des plis du coude resta inefficace. Mais, pendant que je pressais un point limité situé au-dessous du sein gauche, la malade se raidit tout à coup et eut une attaque de convulsions cloniques tout à fait semblable aux convulsions hystériques vulgaires. Cela pouvait être une simple coïncidence. J'attendis que l'attaque fût calmée, puis je pressai de nouveau la région sous -mammaire gauche, et les convulsions

262 DES ZONES SPASMOGÈNES.

recommencèrent aussitôt avec les mêmes caractères. Après cela il n'y avait plus de doute possible. Ma conviction était faite ainsi que celle de mon confrère. Nous pûmes affirmer à la famille de la malade qu'il ne s'agissait pas là de convulsions éclamptiques, mais de convulsions hystériques, ce qui comportait un tout autre pronostic. Nous nous contentâmes de conseiller quelques inhalations d'éther; les accidents se calmèrent rapidement, et la malade accoucha, au terme normal de sa grossesse, d'un enfant vivant et bien portant.

Des faits du même genre se présenteront peut-être un jour ou l'autre à votre observation. N'oubliez pas, si cela arrive, que la découverte d'une zone spasmogène peut, en un instant, faire cesser votre embarras, et n'hésitez pas à en faire la recherche avec le plus grand soin.

La possibilité d'arrêter les attaques convulsives par la compression des zones spasmo-frénatrices est une ressource précieuse dont le médecin a le devoir de se servir toutes les fois que les convulsions sont trop violentes ou trop prolongées. Il évitera ainsi aux malades des fatigues inutiles et à leurs familles les inquiétudes exagérées que cause presque toujours le spectacle de grandes attaques convulsives.

En résumé, la connaissance des zones spasmogènes et spasmofrénatrices met le médecin en mesure de rendre aux malades plusieurs sortes de services :

1° Elle lui permet d'éviter que les convulsions des hystériques soient exagérées ou prolongées par des manœuvres maladroites et inopportunes;

2° Elle lui fournit le moyen de provoquer artificiellement des attaques convulsives, ce qui peut être avantageux, soit pour faire cesser Tétat pénible qui accompagne les auras prolongées, soit pour modifier certains accidents permanents de l'hystérie, soit pour fixer un diagnostic incertain;

3° Enfin, elle l'arme d'un moyen très efficace pour arrêter instantanément, dans beaucoup de cas, les attaques convulsives les plus violentes.

Ces avantages pratiques justifieront, je l'espère, les développements dans lesquels j'ai cru devoir entrer sur l'étude des zones spasmogènes et spasmo-frénatrices.

Page 1