‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 89 sur 175 · VINGT-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

(1" S23asmes localisés et tics hystériques.)

SOMMAIRE

Définition et division des spasmes rythmiques, I. Des spasmes rythmiques locaUsés. Examen d'une malade atteinte de spasme rythmique hystérique des sterno-cléido-mastoïdiens. II. Rapports des spasmes hystériques localisés avec îa chorée électrique ou électrolepsie. La chorée dite électrique est presque toujours, sinon toujours, une manifestation hystérique.

III. Des tics hystériques. Exemple de tic traumatique dépendant de l'hystérie.

IV. Examen d'un malade atteint de tic hystérique du côté gauche de la face à la suite

de vives contrariétés.

Messieurs,

Profitant de quelques exemples typiques qui se trouvent actuellement réunis dans nos salles, je voudrais étudier avec vous les principales variétés des spasmes rythmiques hystériques.

On désigne sous le nom de spasmes rythmiques des convulsions généralement brusques et toujours conscientes, provoquées par des secousses musculaires qui, se répétant à des intervalles sensiblement égaux, donnent lieu à des mouvements involontaires se reproduisant eux-mêmes régulièrement et pendant un temps souvent fort long, avec une cadence uniforme.

Les spasmes rythmiques ne sont pas tous d'origine hystérique; mais, dans bon nombre de cas, ils dépendent de la grande névrose.

Ces spasmes hystériques se présentent sous des aspects très variés. Us prennent quelquefois les apparences extérieures des tics convulsifs; d'autres fois, ils provoquent des mouvements désordonnés ressemblant à ceux qui caractérisent la chorée. Chez certains malades, ils déterminent de la toux, des hoquets, des éternûments, des bâillements inco-ercibles; chez d'autres, ils

donnent lieu à la production de bruits laryngés semblables à des aboiements ou à des rugissements.

Pour la commodité de la description, on peut les diviser en trois groupes distincts :

P Les spasmes rythmiques localisés, dans lesquels les secousses anormales, limitées à un muscle ou à un groupe musculaire isolé, déterminent des mouvements très simples de flexion, d'extension ou de rotation de la tête ou d'un membre;

2° Les spasmes rythmiques systématisés, ou chorées hystériques, dans lesquels des convulsions cadencées, intéressant à la fois plusieurs groupes musculaires synergiquement associés, impriment au tronc, à la tête et aux membres des mouvements coordonnés souvent très complexes;

3® Les spasmes rythmiques respiratoires, dans lesquels les secousses convulsives affectent exclusivement les muscles de la respiration et de la phonation.

Mais il importe de remarquer que ces divisions correspondent à des différences de siège des accidents convulsifs, non à des différences de nature. Tous les spasmes rythmiques hystériques appartiennent à une même famille naturelle : ils sont tous frères. Dépendant d'une cause identique, caractérisés par des phénomènes musculaires de même ordre, ils comportent un pronostic uniforme et méritent un traitement analogue, quelles que soient les variétés de leurs apparences symptomatiques. 11 y a dès lors grand avantage à les rapprocher dans une étude d'ensemble.

C'est dans cet esprit. Messieurs, que nous allons essayer d'étudier les spasmes rythmiques hystériques. Toutefois, avant de faire ressortir les analogies de leurs caractères communs, il convient que nous procédions à la description analytique de leurs principales formes cliniques.

Les spasmes rythmiques localisés sont ceux qui siègent isolément sur un muscle ou sur un groupe musculaire bien limité. On peut les observer sur les membres, le tronc, la face. Ils provoquent tantôt un clignement continuel des paupières, tantôt un mouvement incessant d'élévation et d'abaissement des mâchoires, tantôt une propulsion intermittente de la langue hors de la bouche, tantôt des mouvements rotatoires ou pendulaires de la tête, etc.

La jeune femme que je vous présente est une hystérique atteinte d'un spasme rythmique localisé des muscles sterno-cléido-mastoïdiens qui s'est développé dans les circonstances suivantes :

Observation I. — Spasme rythmique hysté^'ique des muscles du cou, — Amélie H... est âgée de vingt-trois ans. On trouve dans ses antécédents héréditaires plusieurs tares névropattiiques. Son père, devenu hémiplégique à trente ans, est mort à quarante-six ans sans avoir jamais repris la liberté de ses mouvements. Son grand-père maternel était asthmatique. Sa grand'mère maternelle était sujette à des attaques de nerfs. Sa mère est franchement hystérique. Ses deux frères sont des originaux d'une brutalité excessive.

Amélie a eu une enfance maladive. A dix-huit mois, son ventre est devenu si gros qu'on a craint une péritonite et qu'on l'a couvert de vésicatoires. A quatre ans, fièvre muqueuse; à huit ans, variole; à quatorze ans, meîistruation, accompagnée de douleurs abdominales et de maux de tète violents. A quinze ans, à l'occasion d'une suppression menstruelle, Amélie eut pendant trois mois des vomissements alimentaires incoercibles et une céphalalgie si intense et si persistante qu'on crut à une méningite. A dixhuit ans, nouvelle suppression des règles et apparition de vomissements de sang, survenant tous les jours à huit heures du matin, pendant quinze mois consécutifs.

A vingt ans, à l'occasion de chagrins d'amour (sa mère avait refusé un jeune homme qu'elle aimait et qui la demandait en mariage), Amélie éprouva une vive contrariété et eut une grande attaque hystérique qui dura plusieurs heures. Quelques mois plus tard, une réprimande de sa mère détermina une seconde attaque convulsive, après laquelle Amélie resta aphone pendant huit jours.

A partir de cette époque, les attaques se reproduisirent, tantôt à l'occasion de contrariétés les plus futiles, tantôt spontanément. Elles étaient précédées d'une aura ovarienne très nette et suivies quelquefois de contractures des membres et de l'oesophage ou de sommeil hypaotique.

Amélie est entrée pour la première fois à l'hôpital en juin 1885. Elle avait alors une contracture violente du pharynx et de l'œsophage, qui l'empêchait absolument d'avaler. Elle avait, en outre, un certain nombre de symptômes permanents de l'hystérie : anesthésie cutanée générale (fig. 32), abolition totale du goût et de l'odorat, amaurose de l'œil gauche et anacousie de l'oreille gauche. Elle avait plusieurs zones spasmogènes (fig. 32). Elle était facilement hypnotisable, mais non suggestible.

J'ai à peine besoin de vous dire que, dès les premiers jours qui suivirent son admission dans le service, elle fut considérée comme une hystérique. Avec de pareils antécédents pathologiques, avec un tel ensemble de stigmates, avec des symptômes aussi franchement accusés, le diagnostic s'imposait sans qu'il y eût place à la moindre hésitation.

Après trois mois de traitement par la faradisation locale et le gavage de l'estomac, la contracture du pharynx et de l'œsophage disparut. Une amélioration très sensible se produisit dans l'état général, et finalement la

malade, débarrassée des accidents pour lesquels elle était entrée à l'hôpital, demanda son exeat. Il fut convenu qu'elle partirait le 17 août.

Le 16, elle se rendit aux bains à une heure de l'après-midi, se déshabilla seule et s'étendit dans une baignoire. Elle y était à peine depuis dix minutes quand elle entendit subitement un grand fracas et se trouva enveloppée dans un nuage de poussière.

C'était le plâtre du plafond de la salle qui venait de se détacher et qui était tombé bruyamment sur le sol. Amélie n'avait pas été blessée, mais

FiG. 32. — Distribution do l'ancstliésic cutanée et des zones spasmo-frcnatrices d'Amélie II...

elle avait été terriblement épouvantée. Elle eut sur-le-champ une grande

attaque convulsive qui dura de une heure à quatre heures de l'après-midi,

et cette attaque fut suivie d'une contracture des quatre membres qui

persista pendant un mois. En même temps, sa tête commença à être

incessamment agitée par des secousses convulsives brèves, rapides, qui

existent encore aujourd'hui, vingt et un mois après l'accident provocateur.

Analysons maintenant les caractères de ces convulsions rythmées :

a) Elles paraissent siéger exclusivement dans les muscles sterno-cléido-

mastoïdiens. Le peaucier, le trapèze et les autres muscles rotateurs de la tête

n'y prennent aucune part. Il s'agit bien, dans l'espèce, d'un spasme localisé.

h) L'amplitude des secousses convulsives est en rapport constant avec la

position prise par la malade. Dans la position verticale (assise ou debout) le spasme est très léger, presque insignifiant. Il persiste néanmoins, ainsi qu'on peut s'en assurer en prenant entre les doigts l'un ou l'autre des deux muscles sterno-cléido-mastoïdiens, mais il est si faible qu'il n'imprime pas

FiG. 33. — Spasme rytlimiquo localisé d'Amélie H...

Inscription des secousses du sterno-cléido-mastoïdien droit, la malade étant dans le déculntus dorsal. Le chronograplie bat les secondes. Nombre des secousses : 108 par minute.

FiG. 3-i. — Spasme rythmique localisé d'Amélie II...

Inscription des secousses du sterno-cléido-mastoïdien droit, la malade étant dans le décubitus latéral gauche. L'amplitude des secousses est beaucoup plus grande que lorsque la malade est dans la position horizontale. Le nombre des secousses n'est pas changé.

d'oscillations visibles à la tête. Quand la malade est dans le décubitus dorsal, la face dirigée exactement dans le sens du plan médian du corps, le tic paraît être un peu plus fort (fig. 33). Si la face est inclinée vers la droite ou vers la gauche, letic augmente d'intensité dans le muscle sternomastoïdien du côté opposé à celui vers lequel la face est inclinée.

Enfin, quand la malade est étendue dans le décubitus latéral droit ou ..auche, les secousses convulsives deviennent très fortes dans le muscle ^terno-mastoïdien du côté opposé au décubitus (fig. M). La tête est alors ao-itée de mouvements brusques, saccadés, régulièrement rythmes, qui lui font exécuter des oscillations latérales très appréciables. A chaque secousse, le muscle sterno-cléido- mastoïdien correspondant se dessme sous la peau avec la forme d'une corde saillante tendue entre les insertions mastoïdienne

et sterno-claviculaire. . j . 4 • „

0) Quelle que soit l'amplitude des contractions, elles se succèdent toujours régulièrement avec un rythme à peu près uniforme : on en compte de 100 à 110 par minute. Elles cessent complètement pendant le sommeil naturel, mais elles persistent pendant le sommeil hypnotique. Elles ne peuvent être arrêtées par la volonté.

Fifi. 35. — Avrct du spasme rythmique localise d'Amélie II...

De A en B on exerce une compression énergique sur la zone frénatnce située au niveau le la cinquiâie vertèi^re dorsale. Le spasme s'arrête parce que les muscles sterno-cle.do-mas oïd.e e conïàcîurent. Aussitôt qu'on cesse la compression de la zone îrénatncc, les secousses reparaissent avec le même rythme que précédemment.

(/) Les excitations mécaniques des muscles sterno-cléido-mastoïdiens (pression, traction) ne modifient pas le rythme du tic convulsif. Il en est de même de la compression des ovaires.

e) Le passage d'un courant faradique tétanisant dans l'un des muscles sterno-cléido-mastoïdiens arrête le tic, mais lui substitue une contracture persistante du muscle correspondant, et par conséquent un torticolis. La contracture ainsi produite se dissipe quand on électrise le muscle symétrique du côté opposé non contracture, ou quand on souffle brusquement et à plusieurs reprises sur le muscle contracture.

La compression énergique et soutenue de la colonne vertébrale dans un point limité compris entre les apophyses épineuses des quatrième et sixième vertèbres dorsales arrête les secousses rythmiques. Elles reparaissent aussitôt qu'on cesse la compression {f\.g, 35).

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