ARRÊT DES SECOUSSES CONVULSIVES
Pendant l'arrêt déterminé par cette manœuvre, les muscles sterno-cléidomastoïdiens sont contractures. Si la compression est modérée, les secousses deviennent moins amples par le fait d'une tendance manifeste du muscle à la contracture, tendance qui l'empêche de revenir complètement à sa position d'inertie dans l'intervalle de deux secousses successives.
Parmi les caractères de ce spasme, il en est deux sur lesquels je désire insister d'une façon particulière. Ce sont : l'influence de l'attitude sur l'amplitude des secousses convulsives et l'action frénatrice exercée par la pression d'un point limité de la colonne vertébrale.
L'influence de l'attitude générale du corps sur les spasmes localisés est un phénomène difficile à expliquer, mais qui s'observe dans un grand nombre de cas. Il a déjà été signalé dans plusieurs observations analogues à la nôtre.
R. Hunter ^ rapporte l'histoire d'une femme de vingt-trois ans qui était atteinte depuis six ans de convulsions rythmiques de la tête : « Quand elle était couchée sur le dos, dit l'auteur anglais, sa tête se portait alternativement d'un côté à l'autre; quand elle était couchée sur un côté, celui qui n'était pas appuyé sur l'oreiller était agité de violentes vibrations. »
Fournier ^ a vu un exemple de convulsions rythmées du sternomastoïdien et du trapèze du côté droit dans lequel la face était brusquement tournée à gauche et l'occiput entraîné vers l'épaule droite de 20 à 30 fois par minute. Ce spasme s'arrêtait dans le lit et même dans la position assise, quand la tête était fixée sur un oreiller.
L'action frénatrice résultant de l'excitation de certains points du corps souvent fort éloignés du siège du spasme est, elle aussi, un phénomène inexplicable, quoique fréquemment observé dans les spasmes convulsifs liés à l'hystérie.
La compression ovarienne suffit, dans certains cas, pour faire disparaître temporairement les accidents hystériques les plus dissemblables. Mais les zones frénatrices peuvent siéger en dehors des régions ovariennes. Chez notre malade, la compression des ovaires, qui arrête fort bien les attaques convulsives, ne modifie pas le spasme rythmique. Ce spasme est au contraire arrêté par la pression de la colonne vertébrale au niveau de la cinquième
1 R. Hvinter, EcUnburg médical and surglcal Journal, t. XXIII. ^ Fournier, Quelques considérations sur le tic rotatoire. Th. de doct., Strasbourg?,
vertèbre dorsale. Pourquoi? J'avoue que je l'ignore complètement. Mais au point de vue du diagnostic, la découverte d'une zone frénatrice, où qu'elle se trouve placée, est d'une importance sérieuse, car d'ordinaire les accidents qui peuvent être modifiés ou suspendus à volonté par le seul fait de la pression de zones périphériques, sont des accidents de nature hystérique.
Au lieu d'être persistants comme dans le cas que nous venons d'étudier, les spasmes rythmiques localisés peuvent être intermittents, c'est-à-dire se montrer sous forme d'attaques plus ou moins longues, séparées par des intervalles de repos complet.
Exemple : M. Folet (de Lille) a rapporté l'observation d'une jeune femme de vingt-huit ans présentant tous les attributs de l'hystérie, mais n'ayant cependant jamais eu de grandes attaques convulsives, qui devint sujette, dès l'âge de quatorze ans et à la suite d'une frayeur très vive, à des crises de spasmes rythmiques qui se renouvelaient tous les ans et duraient de cinq à quinze jours.
Dans chacune de ces crises, elle avait tous les jours plusieurs accès de quatre à cinq heures de durée, pendant lesquels des secousses convulsives du trapèze et des autres muscles élévateurs des omoplates, se répétant régulièrement ,de 75 à 150 fois par minute, provoquaient des haussements d'épaules tout à fait incommodes. Ces secousses cessaient pendant le sommeil, et elles disparaissaient complètement pendant les courts intervalles des accès et dans les intervalles beaucoup plus prolongés des crises annuelles \
Il existe une affection dont la description ressemble singulièrement à celle des spasmes rythmiques localisés, c'est la chorée dite électrique, qu'il ne faut pas confondre avec la maladie décrite jadis par Dubini, sous le nom de chorée électrique.
La chorée dite électrique est une névrose convulsive qui se développe le plus souvent chez des enfants de douze à quinze ans. Elle est essentiellement caractérisée par des mouvements involontaires, brusques, saccadés, siégeant isolément ou simultanément dans les muscles de la tête, du tronc ou des membres,
1 Folet, Convulsions rytlimiqncs des deux épaules de nature hystérique {Bidlelin médical du Nord, mars 1872).
RAPPORTS AVEC L'ÉLEGTROLEPSIE. 315
et se reproduisant habituellement plusieurs fois par minute, avec un rythme uniforme, pendant un temps plus ou moins long.
Signalée pour la première fois par M. HenningS la chorée dite électrique a fait l'objet, en 1868, d'un mémoire détaillé de M. Hénoch ^ Plus tard, son étude a été reprise en France, sous la direction de MM. Bergeron et Cadet de Cassicourt, par MM. R. Berland-^ et Guertin \ etc., et en Belgique, par M. Tordeus ^ qui lui a donné le nom d'élecù'olepsie.
. La forme des mouvements convulsifs est très variable : dans certains cas, la tête est violemment rejetée en avant ou en arrière; dans d'autres, les épaules sont brusquement soulevées, et les muscles de la face ou des membres sont le siège de secousses involontaires.
Dans tous les cas, ces secousses sont soudaines et saccadées comme si elles étaient provoquées par des décharges électriques. Leur rapidité n'est pas indiquée dans toutes les observations; mais elle est signalée dans quelques-unes et présente d'assez grandes variétés individuelles. Tandis que dans une observation de Tordeus elles ne se reproduisaient que toutes les trois ou quatre minutes, elles se répétaient six fois par minute dans un cas de Guertin.
Entre ces deux extrêmes on trouve des intermédiaires dans lesquels les secousses se montraient une fois (Tordeus), trois fois (Guertin) et quatre fois (Berland) par minute.
La durée de l'affection est tout à fait indéterminée : elle varie de quelques jours à plusieurs années. Dans quelques cas, tous les traitements échouent; parfois, au contraire, il suffit de l'administration d'un vomitif (Berland) ou d'une séance de faradisation (Ilénoch, Guertin) pour provoquer des guérisons immédiates.
Il ressort clairement de la description très rapide que vous venez d'entendre que la chorée dite électrique est une affection tout à fait distincte de la chorée électrique des Italiens et de la chorée vulgaire, et que l'analogie des noms ne correspond pas ici à une
^ Henning, Traité des maladies des enfants, 3"^ édit., 1864.
2 Hénoch, Beitrsege sur Kinder-Heilkunde {Neue Folge, 1868, p. 113, et Société de médecine berlinoise, séance du 23 novembre 1883, reproduite in Semaine médicale, 6 décembre 1883).
^ René Berland, Traitement par le tartre stibié d'une forme de chorée dite électrique. Th. doct., Paris, 1880 et 1890.
* A. Guertin, D'une névrose convulsive et rythmique déjà nommée : Forme de chorée dite électrique. Th. doct., Paris, 1881, n" 267.
^ Edouard Tordeus, De l'électrolepsle ou chorée électrique {Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie de Bruxelles, mars 1883, p. 209).
communauté d'origine ou de nature. Sur ce point spécial, tous les auteurs sont d'accord : tous considèrent l'électrolepsie comme une névrose convulsive spéciale, différente de la chorée de Sydenhara et de la cliorée de Dubini.
Quelques-uns vont plus loin : ils affirment qu'elle est également indépendante de l'hystérie.
Je ne partage pas l'opinion de ces derniers, et après avoir relu attentivement les observations publiées dans les mémoires de ]\]M. Hénoclî, Berland, Guertin, Tordeus, je reste convaincu que la plupart des cas rapportés par ces auteurs sous les noms de chorée dite électrique ou d'électralepsie sont des exemples de spasmes rythmiques dépendant de l'hystérie infantile.
Les raisons sur lesquelles est fondée cette opinion sont de plusieurs ordres.
Et d'abord, il est très ordinaire que les accidents surviennent chez des enfants descendant de parents hystériques ou névropathes (Guertin, Tordeus) et à la suite d'émotions morales vives, de chagrins profonds ou de frayeurs violentes. Ainsi, parmi les sujets dont M. Hénoch rapporte les observations, l'un devint choréique après avoir vu le cadavre d'une femme pendue, l'autre après avoir été ému par le bruit imprévu causé par la fermeture d'une porte, un troisième après avoir fait une chute dans un escalier. Une malade de M. Tordeus fut prise de convulsions rythmiques du cou après avoir été assaillie et mordue par un chien, etc.
D'autre part, lorsque les accidents sont développés, il n'est pas rare qu'ils coexistent avec des symptômes permanents ou transitoires manifestement hystériques, par exemple avec des paralysies fonctionnelles de certains muscles (Guertin) ou avec "des hémianesthésies susceptibles d'être transférées d'un côté à l'autre par la faradisation (Ilénoch).
Enfin, dans beaucoup de cas, la guérison a lieu subitement, sans convalescence, sous l'influence des procédés thérapeutiques les plus disparates.
Tout cela, vous en conviendrez, est de nature à faire penser que la chorée dite électrique n'a pas d'existence propre et que souvent, sinon toujours, elle est une manifestation de l'hystérie infantile, une variété de spasmes rythmiques hystériques. Dès lors il n'y a pas lieu de chercher des éléments de diagnostic différentiels entre les deux affections, puisqu'en réalité elles se confondent en une seule.
ni
Les tics simples ressemblent quelquefois beaucoup aux spasmes rythmiques localisés. Ils en diffèrent cependant par l'irrégularité de leur répétition et la lenteur relative des contractions musculaires qui les caractérisent
Ils se développent dans certains cas dès l'enfance et paraissent constituer alors une sorte de tare névropathique isolée de toute autre manifestation morbide. Dans d'autres cas, beaucoup plus fréquents qu'on ne serait tenté de le supposer de prime abord, ils surviennent à un âge relativement avancé, à la suite de traumatismes ou d'émotions morales vives et presque toujours ils sont alors sous la dépendance directe de l'hystérie.
Les tics qui succèdent à des traumatismes ont été décrits par les chirurgiens sous le nom de spasmes réflexes. Mais il semble résulter des observations recueillies dans ces dernières années, que les sujets atteints de tics convulsifs à la suite de blessures banales, sont des hystériques vrais ou des postulants à l'hystérie, dont le traumatisme a accidentellement éveillé les tendances natives ou acquises. Quelquefois on trouve dans leurs antécédents héréditaires et personnels des traces évidentes de la prédisposition; d'autres fois, l'exploration méthodique de leur sensibilité met en évidence quelques-uns des stigmates révélateurs de l'hystérie.
Voici un malade qui nous fournira la preuve de ces assertions :
Obs. il — Tic hystérique des muscles du cou. — Jean Duc... est un résinier des Landes, âgé de quarante -six ans, d'un caractère doux, peu intelligent, n'ayant jamais eu de maladies vénériennes et ne faisant pas d'excès de boisson. Ses parents jouissent, paraît-il, d'une bonne santé. Il a été lui-même très bien portant jusqu'en 1883, époque à laquelle il commença à ressentir une douleur sourde, légère, mais persistante, à l'épaule gauche.
Il faut vous dire que, pour exercer leur- métier, les résiniers sont obligés de monter sur les pins, et qu'ils se servent à cet effet d'une longue et grosse tige de bois, appelée jnquet, sorte d'échelle rudimentaire à encoches latérales, mesurant environ cinq mètres de longueur et pesant une quinzaine de kilogrammes, qu'ils transportent toute la journée, d'arbre en arbre, sur l'épaule gauche. C'est à la présence continuelle de ce fardeau sur l'épaule que Duc... attribuait sa douleur. Il n'y attachait pas, du reste, une grande importance, car il n'en souffrait pas assez pour que cela l'empêchât de travailler. Cependant, il y a six mois, il commença à s'inquiéter; parce
qu'il ressentait à des intervalles irréguliers, des contractions involontaires des muscles du cou, qui entraînaient violemment sa tête vers l'épaule gauche.
Peu à peu ces contractions devinrent plus fréquentes, et bientôt elles rendirent tout travail impossible. Depuis deux mois, elles sont pour ainsi dire continuelles, et se présentent avec les caractères que nous allons analyser ensemble.
Quand le malade est assis ou debout, la face dirigée directement en avant, on voit à chaque instant son cou se gonfler, et son menton se porte lentement, mais avec énergie, vers l'épaule gauche. Le peaucier, le sterno-
FiG. 36.— Tic hystérique des muscles du cou de Duc...
La comparaison des figures 3-4 et 36 montre bien les différences des pliénomônes musculaires qui caractérisent les spasmes rythmiques localisés et les tics. Dans le premier cas (fig. Si), les contractions sont brusques, saccadées, rapides; ce sont de véritables secousses au sens physiologique du mot. Dans le second (firj. 36), les contractions sont lentes, graduelles, progressives. Celle qui est enregistrée dans la figure ci-dessus a duré douze secondes.
cl éido- mastoïdien et le trapèze du côté droit se contractent surtout avec force; d'autres muscles du cou entrent également en activité^ mais d'une façon moins énergique et moins évidente.
Ces mouvements involontaires se reproduisent de dix à trente fois par minute. Ils ne sont pas subits et saccadés, comme s'ils étaient produits par une décharge électrique : ils sont plutôt lents, soutenus,progressifs (fig. 36), Chacun d'eux dure de une à douze secondes.
Ils diminuent considérablement d'intensité et de fréquence quand le malade est couché sur le côté droit ou sur le côté gauche, ou bien encore (|uand, tout en restant assis ou debout, il penche fortement sa tête sur