NAPPES MUQUEUSES
leur accroissement conséciUir, elles se confondent. Elles se fusionnent alors en une lésion commune, et cette lésion prend le nom de nappe muqueuse.
La nappe muqueuse a nécessairement une étendue proportionnelle au nombre des papules dont elle est formée. Elle est souvent considérable, au point par exemple de mesurer toute la hauteur d'une grande lèvre, de se déverser sur les régions péri-vulvaires et d'occuper là une surface de plusieurs centimètres carrés.
Cette nappe muqueuse figure un large plateau papuleux, surélevé de 2 ou 3 millimètres au-dessus des parties voisines. Elle se reconnaît sans peine à l'ensemble des caractères précités, comme aussi à cette particularité que son contour est généralement constitué par une série de segments de circonférence, vestiges des papules périphériques englobées dans la lésion commune. — On la voit, d'ailleurs, affecter toutes les formes, tantôt s'étalant en surface lorsqu'elle a toute liberté pour se développer sur une région plane, tantôt s'allongeant et s'effilant suivant la direction d'un pli tégumentaire, etc.
Quand la nappe muqueuse a acquis une certaine étendue, elle est rougeâtre, enflammée, prurigineuse. — Elle sécrète en abondance une matière séro-purulente, jaunâtre, et se revêt quelquefois par places d'enduits croûteux. — Sa surface grenue est parcourue en divers sens par des sillons ou des fissures (vulgairement appelées rhagacles), qui s'ulcèrent fréquemment. — Enfin, abandonnée à elle-même, cette lésion ne tarde guère à s'accroître et passe alors à la forme dite hypertrophique.
Produit de l'incurie, la nappe muqueuse vulvaire s'observe très fréquemment chez les femmes qui, pour une raison ou pour une autre, ont négligé de se traiter. C'est assez vous dire qu'elle est très commune ici, et je puis en placer sous vos yeux de nombreux exemples.
Voici d'abord une de ces lésions située sur les grandes lèvres. Au niveau de la grande lèvre droite, vous voyez une nappe muqueuse, ovalaire de forme, qui mesure 4 à 5 centimètres de hauteur sur 1 à 2 transversalement. A gauche, une autre nappe plus considérable couvre toute la grande lèvre et s'étend jusqu'au pli génito-
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crural. — Remarquez, je vous prie, le contour de ces lésions; il est constitué par une série de demi-cercles, segments extérieurs des papules périphériques.
Autre cas à peu près semblable. Cette seconde malade présente , d'une part, des papules typiques isolées, disséminées çà et là sur la vulve et les régions péri-vulvaires, et, d'autre pari, ime série de papules agminées constituant une nappe muqueuse sur le bord libre de la grande lèvre gauche. Ces dernières papules sont réunies bout à bout sur une ligne verticale, comme les grains d'un chapelet ou les perles d'un collier; elles figurent de la sorte une série de cercles tangents par leurs pôles opposés, disposition singulière que je signale à votre attention parce qu'elle est assez commune en ce point.
Enfin, cette troisième malade va nous offrir un exemple de nappes muqueuses ayant acquis une étendue véritablement énorme. Ces nappes couvrent littéralement toute la vulve, tout le périnée, la marge de l'anus, les régions génilo-crurales, et remontent d'un côté jusqu'à l'aine. Elles affectent, comme vous le voyez, des formes bizarres, comparables à celles d'un tracé géographique, et leur contour présente encore sur plusieurs points ces segments de circonférence dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois.
Sous telle ou telle forme que nous la considérions, petite ou grande, isolée ou agminée, la papule muqueuse est toujours identique à elle-même, eu égard soitàsa constitution anatomique, soit à son étrange curabilité, double caractère dont il me reste à vous entretenir.
Sa conslUution anatomique, d'abord, est des plus simples. Depuis longtemps les cliniciens considéraient la papule muqueuse comme « une turgescence hypertrophique des couches superficielles du derme ». Le microscope n'a fait que confirmer cette vue en dé" montrant que la lésion consiste simplement « en une hypertrophie des papilles du derme, avec prolifération surabondante d'éléments cellulaires cmbryoplastiqucs d.
Donc, en tant que lésion, la papule muqueuse est constituée : 1" par un processus hyperplasique, ayant pour résiillat (fliyporroiihicr les papilles du derme et d'accumuler autour d'elles de
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nombreux éléments embryoplasliqucs. (De là résulte le néoplasme, qui se traduit cliniquemenl par le soulèvement du derme et par la rénitence du ménisque papuleux);
2" par un processus érosif, lequel détermine à la surface de la papule le décollement, puis la chute de l'épithélium, et laisse à nu de la sorte le ménisque papuleux.
La résolution hâtive et la facile curabilité de la papule muqueuse ne sont pas moins essentielles à signaler.
Par elle-même, il est vrai, cette lésion n'a pas de tendance à guérir. Négligée ou non traitée, elle persiste un temps fort long, et passe le plus souvent à la forme hyper trophique. Mais venez-vous à la traiter — la traiter est même trop dire — venez-vous à la soumettre aux moindres soins locaux, voire sans faire intervenir la médication générale, tout aussitôt elle se modifie comme par enchantement. D'abord, elle se dessèche; de papule humide qu'elle était, elle se transforme en papule sèche, et cela du jour au lendemain. Puis elle diminue, se flétrit, s'atrophie, et se résout en quelques jours, au plus en quelques semaines. Cette rapidité de résolution, je vous le répète, est un fait surprenant.
Aussi, comme conséquence, convient-il en pratique de n'opposer à cette lésion que le plus simple traitement.
Quelques médecins ont pour méthode de cautériser les papules vulvaires avec un agent énergique, tel que le chlorure de zinc, le nitrate acide de mercure, l'acide acétique, l'acide chromique, etc. C'est là une double faute, à mon sens; car, d'une part, celte cautérisation impose aux malades une douleur inutile ; et, d'autre part, elle prolonge bien plutôt qu'elle n'abi^ège la durée de la lésion.
D'autres, en plus grand nombre, se bornent à toucher ces papules avec le crayon de nitrate d'argent. Cette pratique a le tort d'être au moins superflue, car elle n'active en rien la résolution. En outre, elle ne laisse pas d'être plus ou moins douloureuse, alors surtout que la cautérisation doit porter sur de larges surfaces.
Un traitement plus simple et toujours suivi de succès consiste en ceci : bains fréquemment répétés ; — lotions, trois fois par jour en moyenne, avec un liquide détersif quelconque (c'est à la
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liqueur de Labarraque, coupée d'eau*, que nous donnons ici la préférence) ; — à la suite de chaque lotion, pansement avec une poudre isolante, un tampon d'ouate et un bandage en T. — Quant à cette poudre, le choix en importe peu ; car elle n'a qu'un rôle à remplir, celui de dessécher mécaniquement la papule et de l'isoler des parties avec lesquelles elle pourrait se trouver en contact. Or, toute poudre inerte, non susceptible d'irriter la plaie, est parfaitement suffisante à remplir cet office. La moins chère est donc la meilleure, et c'est à ce point de vue que l'oxyde de zinc peut avantageusement remplacer le dispendieux calomel, consacré de vieille date par l'usage ou la routine pour le pansement de ces lésions.
Ce que réalise ce traitement, c'est Visolemeni des surfaces malades, et cet isolement suffit à lui seul pour déterminer en quelques jours le dessèchement, puis la résolution des papules. >'ous n'avons recours ici à aucun autre moyen contre les accidents de ce genre, et toujours nous les guérissons de la sorte, très simplement et très sûrement.
TROISIÈME TYPE : Sypliilide papulo-hypertrophique^.
La syphilide vulvaire papulo-hypertrophique n'est, à vrai dire, qu'une variété de la l'orme précédente, mais une variété qui s'élève au rang d'une forme spéciale par l'exagérat ion de ses caractères et l'importance qu'elle acquiert comme lésion.
Ainsi que vous le savez déjà, cette syphilide est un dérivé de la papule. Elle résulte de l'ampliation gigantesque d'une lésion papuleuse, aboutissant par l'hypertrophie considérable de ses éléments à constituer do vérilahles i^mcur.^'. —Quelques mots suffiront à la caractériser.