‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 121 sur 263 · Voyez planche VI · texte numérisé non relu

Voyez planche VI

TYPK ULCÉREUX. ^^'^

La syphilide ulcéreuse peut se développer sur toutes les régions de la vulve. Les points sur lesquels je l'ai observée le plus souvent sont : la face interne des grandes lèvres, les petites lèvres, le vestibule et l'entrée du vagin (où elle offre plus qu'ailleurs de grandes difficultés diagnostiques). Quelquefois, mais assez rarement, e lie déborde le département muqueux de la vulve pour s'étendre sur les téguments cutanés du voisinage.

Son importance comme lésion est assez variable. Tantôt elle ne consiste qu'en des ulcérations limitées, lenticulaires, de l'étendue d'une pièce de 20 ou de 50 centimes. Tantôt elle forme des ulcérations bien plus vastes, qui occupent toute la hauteur d'une grande lèvre, toute une petite lèvre, ou même (mais bien plus rarement) une portion considérable de la muqueuse vulvaire.

Ces ulcérations — particularité négative essentielle à signaler

— n'offrent absolument rien de spécial et moins encore de pathognomonique dans leurs caractères. Examinez-les, étudiez-les aussi minutieusement que possible au point de vue de leur forme, de leur étendue, de leur profondeur, de l'état de leur fond ou de leur base, etc., et vous ne trouverez aucun signe qui les distingue à coup sûr d'ulcérations d'un genre très différent. Ce sont des ulcérations, et voilà tout. Car ce n'est pas, certes, vous en donner une caractéristique bien définie que de vous dire à leur propos ■ce que je puis seulement vous en dire, à savoir :

qu'elles sont tantôt assez superficielles et tantôt assez creuses;

— qu'elles sont très variables de forme, cerclées ou demi-cerclées ici, ovalaires ou elliptiques là, irrégulières ailleurs, etc.; — que leur coloration varie du jaune rougeâtre au rouge foncé et peut affecter un mélange de tons différents; — que leur fond, habituellement lisse et poli, devient en d'autres circonstances inégal et rugueux; — que leurs bords sont ou abrupts, ou taillés en pente douce, ou relevés en crêtes ; — que leur base, ordinairement souple, se double parfois d'une certaine rénitence; — que leur suppuration enfin est généralement assez abondante et plus franchement composée de pus que celle des autres syphilides muqueuses, etc.. Dans tout cela, il n'est rien de spécial, rien de

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propre à ces lésions. De ces divers attributs, il n'est pas un seul qui ne soit absolument banal, et ne puisse figurer dans la syniptomatologie d'une ulcération quelconque, spécifique ou vulgaire.

A peine les syphilides ulcéreuses trouvent-elles parfois un élément diagnostique dans une ^particularité de configuration que voici. Il n'est pas rare qu'elles présentent une tendance manifeste à la forme cerclée ou à un dérivé de cette forme, et cela soit comme contour de lésions isolées, soit comme mode de groupement de lésions voisines. Ainsi, tantôt on les trouve constituées par des ulcérations arrondies, cerclées, dessinant une couronne, une demilune,un fer à cheval, etc. ; et tantôt on voit une série de leurs lésions s'agencer les unes par rapport aux autres suivant une ligne courbe, un demi-cercle, un croissant. Ce mode spécial de configuration, quelque variété d'ailleurs qu'il affecte, est quelquefois assez nettement accentué pour servir utilement au diagnostic dif férentiel.

Malheureusement, ce dernier signe fait défaut en bon nombre de cas. Et alors, comme il est à peu près le seul qui donne aux syphilides ulcéreuses une physionomie tant soit peu particulière, on peut être fort embarrassé pour porter un jugement sur la nature de ces lésions. Les plus habiles s'y trompent, et les plus habiles même sont ceux qui hésitent le plus à se prononcer en pareil cas, parce qu'ils connaissent mieux que d'autres les difficultés d'un semblable diagnostic. Aussi bien ce diagnostic , disons-le, ne peut souvent être établi que sur la considération des accidents concomitants et des commémoratifs; ce qui m'amène une fois encore à vous répéter ce précepte général de syphiliographie, à savoir : que la spécificité d'une lésion soupçonnée syphilitique doit être établie non pas sur les seuls attributs de cette lésion, mais sur un ensemble de symptômes, sur un groupe de phénomènes actuels ou passés, sur une série morbide, sur une évolution pathologique.

Les deux lésions avec lesquelles cette forme de syphilide court le plus de risque d'être confondue sont \[i scrofnlide \dcéreuseQi\Q chancre simple. Spécifions.

TYPE ULCÉREUX. 407

1. — La scrof idide ulcéreuse, de même que la syphilidedonL nous traitons actuellement, ne possède aucun signe objectif propre, spécial, pathognomonique. On ne parvient donc à la différencier de cette dernière que sur les données suivantes : d'abord, elle est rare, exceptionnelle môme, dirai-je, sur la muqueuse vulvaire; — de plus, elle est généralement plus étendue et plus creuse que ne le sont les syphilides secondaires; — elle n'affecte pas de tendance à la configuration cerclée; — elle est essentiellement chronique de nature, et résiste avec une opiniâtreté presque significative fi tous les traitements, voire à la médication anti-strumeuse ; — enfin elle est souvent (je ne dis pas toujours) précédée d'accidents scrofuleux non équivoques. — Inutile d'ajouter que le diagnostic peut être encore éclairé par des manifestations scrofuleuses actuelles, par les commémoratifs, par l'habitus scrofuleux de la malade, par l'absence d'antécédents syphilitiques, etc., etc. — Ce diagnostic, toutefois, en maintes occasions, présente les difficultés les plus grandes. « Il est quelquefois tellement obscur, a dit M. Bazin, juge si compétent en pareille matière, qu'il faut rester dans le doute et ne pas craindre d'essayer, comme pierre de touche, les remèdes antisyphiHtiques^ »

Ces obscurités s'augmentent encore lorsqu'on a affaire — ce qui n'est pas rare — à une malade tout à la fois syphilitique et scrofuleuse. On n'a même plus la ressource dans ces conditions d'être éclairé par le traitement; car, l'indication pratique e-n pareil cas, étant de combiner la médication anti-syphilitique et la médication anti-strumeuse, il arrive parfois qu'après guérison on ne sait pas mieux à quel ordre de remèdes faire honneur du résultat obtenu. Pour ma part, je le confesse en toute humilité, je me suis trouvé déjà plusieurs fois dans cette singulière situation de ne pouvoir être fixé sur la nature de certaines ulcérations vulvaires, alors même que j'étais parvenu à les guérir!

II. — Il est moins embarrassant, en général, de différencier le chancre simple de la syphilidc ulcéreuse. On l'en distinguera le plus souvent à sa multiplicité habituelle, à ses bords plus abrupts, à son fond plus creux, plus inégal, plus alvéolaire, à

1. Leçons théoriques el cliniques sur la scrofule. Paris, 2o édit., 1861.

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sa coloration plus jaune, à son retentissement ganglionnaire (lorsque toutefois ce retentissement se produit), à l'existence au pourtour des lésions initiales et principales d'autres petits chancres de formation plus nouvelle, chancres folliculaires d'aspect, souvent presque aussi creux que larges, cratériformes, etc. — Toutefois, il est un certain nombre de cas où ces divers signes ne fournissent pas d'indications bien précises. Il faut savoir d'ailleurs que le chancre simple ne se présente pas toujours avec la physionomie si accentuée et si caractéristique qui lui est habituelle. Il perd cette physionomie en maintes occasions, notamment lorsqu'il siège près de l'anneau vulvaire, lorsqu'il commence à devenir chancre interne. Aussi, dans ces conditions, peut-on éprouver un embarras réel à le distinguer de la syphilide ulcéreuse. Il y a plus : parfois ces deux lésions affectent (il faut bien le savoir) une telle analogie, je dirai même une telle identité de caractères, qu'il est presque impossible de les différencier autrement que par les données de l'inoculation. Les difficultés de ce diagnostic sont donc excessives en certains cas, et je vous les signale comme un écueil où vient souvent échouer l'expérience du médecin le plus instruit, le plus versé dans ces questions spéciales.

Si les syphilides muqueuses des trois premiers groupes que nous avons étudiés jusqu'ici sont des accidents qui cèdent au traitement le plus simple et qui, littéralement, ne demandent qu'à guérir, il n'en est pas de même du quatrième type dont nous parlons actuellement. La syphilide ulcéreuse est de nature persistante. Elle exige, pour se réparer, une médication topique assez active. Quelquefois elle est assez rebelle, non pas certes au môme degré que les ulcérations scrofulcuses, mais d'une façon qui ne laisse pas de faire contraste avec la bénignité et la curahililé surprenantes des syphilides érosives ou jiapulcuses. En certains cas, enfin, on la voit résister opiniàtremcnl, pour un temps plus ou moiuG long, aux efforts de la thérapeutique la plus ralinnnollc.

Sans préjudice du traitement général (celui de la syphilis secondaire), la médication topique que réclame la syiihilide ulcéreuse me paraît devoir être instituée de la façon suivante :

TYPE ULCÉH EUX. -iOl)

Des bains tièdes, fréquemment répétés, tous les deux ou trois jours en moyenne; — des ablutions fréquentes; — des pansements soigneusement faits et renouvelés trois fois par jour avec des plumasseaux de charpie imbibés d'une solution faible de nitrate d'argent. La solution au centième, ou tout au plus au soixantième, est celle dont je crois avoir obtenu les meilleurs résultats.

En quelques cas, je me suis assez favorablement trouvé d'attouchements légers au crayon de nitrate d'argent, répétés tous les cinq ou six jours, et suivis de simples pansements à la charpie sèche.

L'iodoforme, auquel je n'ai guère recours (en raison de son insupportable odeur) que dans les cas rebelles, m'a quelquefois fort bien réussi. On l'applique en poudre sur toute l'étendue de la plaie, qui est ensuite recouverte d'une couche épaisse d'ouate ou de charpie. Il n'est besoin de renouveler le pansement qu'une ou deux fois dans les vingt-quatre heures.

D'autres topiques ont encore été proposés contre la syphilide ulcéreuse, à savoir : la teinture d'iode, le tartrate ferrico-potassique, le tanin, la poudre de quinquina. Ta poudre de calomel, l'onguent napolitain, des pommades de tout genre, etc., etc. J'ai souvent eu recours à tels ou tels de ces agents sans -en obtenir rien de bien satisfaisant, et je leur préfère de beaucoup, comme méthode mieux éprouvée, les pansements au nitrate d'argent.

Telles sont, Messieurs, les quatre formes élémentaires, primordiales, auxquelles peuvent être rattachées, ce me semble, les variétés multiples que comportent les syphilides vulvaires.

Quelques détails suffiront actuellement à compléter l'étude de ces lésions.

Et d'abord, ces divers types ne sont pas exclusifs les uns des autres. Loin de là. Ils peuvent se combiner, s'associer, et même ils se combinent, ils s'associent très fréquemment. Rien de plus commun, par exemple, que d'observer simultanément, à la vulve, des syphilides érosives et des syphilides papuleuses, des

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syphilides populeuses el dessyphilideshyperlrophiques, des syphilideshyperti'ophiques et des ulcérations. Il n'est même pas absolument rare de rencontrer ces quatre types réunis. — Je dois dire cependant que la syphilide ulcéreuse, bien que pouvant s'associer à d'autres formes, se prête moins que les trois autres à ces combinaisons polymorphes. Plus volontiers elle se manifeste seule, à l'état de type indépendant.

En second lieu, il est très habituel que les syphilides muqueuses vulvaires coexistent avec des syphilides cutanées ^des portions cutanées de la vulve ou des régions voisines.

Enfin, à la vulve comme ailleurs, [les syphilides muqueuses sont susceptibles de certaines modifications de forme qui en altèrent plus ou moins la physionomie générale, et cela jusqu'à les constituer à l'état de véritables variétés morbides. Quelques-unes de ces variétés sont essentielles à connaître en pratique ; ce sont les seules dont je vous parlerai.

Prenons comme exemple le type le plus commun de tous, la syphilide papulo-érosive, et voyons quelles altérations de caractères extérieurs, d'attributs objectifs, peut subir cette lésion.

En premier lieu, la papule muqueuse, au lieu de former un petit plateau légèrement convexe, se montre parfois déprimée à son centre en forme de cupule, de lampion, de calice. On lui donne alors le nom de papule ombiliquée ou cal ici forme. — Simple détail sans importance, qu'il suffit de mentionner.

En second lieu, cette papule, au lieu de se présenter avec sa teinte rose habituelle, peut affecter diverses colorations qui en modifient complètement l'aspect. C'est ainsi que parfois elle se revêt d'enduits grisâtres ou blanchâtres qui en recouvrent toute la surface. Elle est dite alors papule opaline. — Il n'est même pas rare que ces enduits soieiU assez épaispour ressembler à des fausses membranes, devenir lamelliformes, et donnera la papule une teinte» d'un gris sale, voire (mais exceptionnellement) d'un blanc mat, opaque, rappelant assez exactement le Ion de la porcelaine (papules diles porcelaniques)^. C'est à ce dernier ordre

I. Voyez au nmsce <ln l'hôpital Sainl-Louis (Collcctidn particulière) la pièce portant le n" — GcUc pièce se trouve reproduite dans notre planche n° 5, (Ig.

VARIÉTÉS. ill

de lésions, véritablement couenneuses d'aspect, que certains auteurs ont donné le nom de papules diphthéritiques. Mieux vaudrait dire cliphthéroïdes, je crois, pour ne pas importer ici une qualification empruntée à une entité morbide toute spéciale, la diphtérite, laquelle n'a rien à faire à notre sujet.

D'autres fois encore — comme-sur la malade que j'ai l'honneur de vous présenter en ce moment — les papules, et surtout les nappes papuleuses vulvaires, se recouvrent par places d'enduits jaunâtres, melliformes, ou même d'un jaune serin, d'un jaune impétigo très accentué. Cette coloration (qui, par parenthèse, s'observe assez souvent chez les toutes jeunes filles) ne laisse pas que de donner à la lésion un aspect assez étrange.

La physionomie des papules vulvaires se trouve enco-re altérée I en certains cas par ce fait que leur sécrétion se concrète et recouvre de croûtes une partie de leur surface. Gela se produit surtout pour les papules du bord libre ou de la face externe des i grandes lèvres. Ces papules prennent alors la forme impétigineuse, ou eczémateuse, ou même parfois ecthymaleuse, suivant les apparences variables de leur revêtement croûteux .

Enfin — et ceci est plus important — il arrive souvent que la papule muqueuse, au lieu de rester érosive, s' it^cè)^e véritablement. Il s'établit sur elle un travail de destruction moléculaire, qui l'entame, qui la creuse et qui finit par la transformer, du moins sur une certaine portion de son étendue, en une lésion réellement j ulcéreuse.

i Ce processus ulcératif débute toujours par le centre de la papule et rayonne de là vers la circonférence. Tantôt il se limite à la zone centrale, tantôt il envahit une large portion, voire la presque

j totahté du plateau papuleux, dont le rebord en saillie figure une sorte de crête encadrant l'ulcération ^ L'ulcération ainsi constituée aux dépens de la papule peut res-

1. Voyez planchcV, fig. I.— Plusieurs pièces .lu musée do l'iiôpilal Siiint-Louis (collection particulière) reproduisent cette lésion d'une façon très exacte.

•il- SYPlIlLIDliS VULVAIRES.

ter assez superficielle, ou inversement se creuser jusqu'à atteindre 2 et 3 millimètres de profondeur. Elle ne s'attaque jamais qu'au néoplasme de la lésion, et laisse intacts les tissus voisins ou sous-jacents. — Comme attributs objectifs, elle n'offre aucun signe spécial qui lui donne un cachet particulier.

Lorsque ce processus de destruction moléculaire vient à affecter plusieurs papules contiguës ou réunies en nappe, il peut de la sorte donner naissance à des ulcérations assez étendues. Voyez comme exemple ces deux malades. Sur la première, toute la face interne et toute la hauteur du bord libre des grandes lèvres sont converties en nappes papuleuses, et ces nappes se sont ulcérées dans presque toute leur étendue. — Sur la seconde, deux longues nappes papuleuses descendent des grandes lèvres pour se réunir sur le périnée et s'étaler sur la marge de l'anus. Les deux tiers au moins de leur surface sont déjà envahis par des ulcérations assez profondes, et l'autre tiers aurait sans doute subi le même sort si cette malade avait tardé davantage à se traiter.

Nous désignons cette dernière variété de lésions sous le nom de syphilide papulo-ulcéreuse , et nous la distinguons soigneusement de la syphilide ulcéreuse proprement dite.

Cette distinction, en effet, n'estpas sans importance. D'une part, elle traduit un fait anatomique qui est celui-ci: la syphilide papulo-ulcéreuse reconnaît comme élément éruptif initial une papule, c'est-à-dire un néoplasme; elle se fait, elle se produit aux dépens de cette papule, de ce néoplasme, tandis que la syphilide ulcéreuse inversement s'établit d'emblée, sans passer par un processus papuleux intermédiaire, et s'attaque aux téguments, aux tissus normaux. D'autre part, il se rattache à cette distinction un double intérêt clinique que vous allez comprendre : 1" la syphilide papulo-ulcéreuse guérit bien plus facilement et bien plus vite que la syphilide ulcéreuse. Il suffit, pour faire justice de la première, de quelques soins locaux des plus simples (ceux que je vous ai recommandés pour la papule non ulcérée), tandis que la seconde, comme nous l'avons vu, est en général bien autrement tenace et résistante. — 2" La syphilide papulo-ulcéreuse guérit toujours sans cicatrice, et vous savez pourquoi : c'est qu'elle ne s'attaque qu'à des tissus morbides épigénéliqucs; la syphilide ulcéreuse au

VARIÉTÉS. — FORMES CIRCINÉES. 113

contraire, pour peu qu'elle soit un peu profonde, estsuscepliblc de laisser des cicatrices persistantes.

Un dernier point me reste à vous signaler pour en finir avec la symptomatologie des sypliilides muqueuses vulvaires. ^

Ces syphilides présentent assez fréquemment une particularité de configuration qui, d'une part, les rapproche de certains types des syphilides cutanées et qui, d'autre part, les distingue de toutes les lésions non spécifiques des téguments muqueux. Cette particularité, c'est la disposition en anneaux, en demi-anneaux, en croissants, enfers à cheval, en un dérivé quelconque de la forme circinée.

Vous savez déjà que la papule muqueuse figure très habituellement un cercle régulier, un cercle parfait en maintes occasions. Je n'ai pas à revenir sur ce point.

De même, la syphilide érosive dessine souvent de petits cercles érosifs. Quelquefois encore — et ceci est plus remarquable peutêtre — elle forme des anneaux k centre sain, de la dimension d'une bague environ, ou bien des demi-anneaux, des croissants, des demi-lunes, disposition beaucoup plus fréquente même que celle d'anneaux complets.

Deux de nos malades présentent actuellement des éruptions de ce genre. Sur l'une, vous pouvez voir, à la face externe d'une petite lèvre, un anneau érosif complet, du diamètre d'une bague. Sur l'autre, à la face interne d'une petite lèvre, existe une syphilide érosive figurant un G aussi régulier, aussi parfait que s'il avait été tracé au crayon \

Enfin, la syphilide ulcéreuse affecte aussi quelquefois, mais plus rarement, cette même tendance aux formes circinées.

Eh bien, messieurs, ce détail de configuration n'est pas seulement curieux. Il comporte un intérêt diagnostique réel, et voici pourquoi. O'esl qu'en effet il n'est guère que la syphilis qui produise sur les muqueuses des lésions circinées. Lors donc que vous

I. Plusieurs pièccsou dessins, déposes au musée de l'hôpital Saint-Louis (Collection particulière), démontrent cette tendance des syphilides vulvaires à la confi^'uration circinée. — Voyez Planche VII, fig. i.

•vU SYPHILIDES VIILVAIRES.

rencontrerez à la vulve une érosion ou une ulcération affectant d'une façon bien nette telle ou telle des configurations que je viens de vous signaler, ce seul caractère vous permettra d'affirmer presque à coup sûr la nature spécifique delà lésion.

Souvent, très souvent, les syphilides vulvaires, cutanées ou muqueuses, se produisent et évoluent à froid, sans rayonnement périphérique, c'est-à-dire en laissant indifférents les tissus qui les supportent ou qui les avoisinent. Mais en certains cas, inversement, elles provoquent autour d'elles des phénomènes de réaction, de phlegmasie locale, d'irritation symptomatique; en un mot, elles créentdes complications ^\ns ou moins intenses, plus ou moins sérieuses.

Ces complications, messieurs, sont loin d'être suffisamment décrites dans vos livres classiques. 11 me semble donc utile de vous les mentionner avec quelques développements.

I. — La plus simple de toutes, et l'une des plus communes, est ce qu'on peut appeler Vérythème de voisinage. Au pourtour des syphilides et dans une étendue variable, il se produit une aréole rouge âtre, sub-inflammatoire, une sorte de fluxion vulvaire périphérique. Rien de sérieux à cela, rien qui nécessite des soins spéciaux.

II. — Mais souventaussi cette aréoleinflammatoire setransforme en u n véritable interlrigo, plus rouge qu'un érythème simple, sensiblement prurigineux, extensif, et susceptible d'envahir toute la vulve, le périnée, les régions génito-crurales, la face interne d es cuisses, etc.

Déplus, incessamment baigné par des sécrétions irritantes, cel intertrigo peut se compliquera son tour, s'exulcérer par Ilots, s'enllammcr, bourgeonner, et se convertir en de vastes nappes érosives, rougeAtres ou livides, suppurantes, douloureuses, sillonnées de fissures ou rhagades parallèlement aux plis tégumentaires.

m. — Fréquemment encore rinllammation symptomatique des sypliilides vulvaires se traduit par de Vœdcme. Cet œdème est très commun aux grandes et aux petites lèvres.

COMPLICATIONS. — INDURATIONS SCLÉREUSES. 415

IV. — Quelquefois aussi le processus phlegmasique, venant à retentir sur le tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux, détermine de Y>eliis phlegmons circonscrits f lesquels aboutissent à suppu^ ration et forment des abcès lubériformes.

Y. — Plus rarement, le retentissement inflammatoire s'exerce sur les ganglions ou sur les cordons lymphatiques. — Les ganglions inguinaux « se prennent », comme on dit vulgairement, se I tuméfient et s'indurent, mais en restant presque toujours indo- I lents et aphlegmasiques. Ils constituent de la sorte des adénopa. ( thies froides, présentant l'ensemble des caractères communs aux bubons syphilitiques, caractères qne nous avons déjà signalés à propos des pléiades chancreuses et que nous retrouverons bientôt - en parlant des adénopathies secondaires. — De même les cordons I lymphatiques, lorsqu'ils viennent à s'affecter, se tuméfient et > s'indurent sans cesser pour cela d'être indolents. Ils prennent le ' volume et la forme d'une plume de corbeau, et deviennent facile- . ment appréciables au toucher sous les téguments. On peut souvent les suivre avec le doigt dans toute l'étendue de la région génitocrurale sous forme de petites cordes dures, de « bouts de ficelle », ' qui remontent en diagonale vers la région de l'aine {Lymphan. gites secondaires)..

VI. — En d'autres cas, il se produit à la vulve une lésion peu connue, non encore décrite, presque spéciale, et sur laquelle en conséquence je dois appeler votre attention.

Cette lésion consiste en une tuméfaction avec rénitence sinçulière des parties, rénitence identique à celle dont je vous ai déjà parlé comme complication du chancre, rappelant assez exactement la dureté du sclérème, et que pour cette raison j'ai baptisée du nom d'induration scléreuse. — Voici ce qu'on observe.

Les grandes ou les petites lèvres se tuméfient, tout en restant indolentes, acquièrent un volume double, triple ou quadruple de leurs proportions normales, et en même temps durcissent d'une façon étrange. La dureté qu'elles présentent dans ces condition n'est ni celle de la tension œdémateuse qui se laisse déprimer par le doigt, ni celle de l'engorgement inflammatoire à rénitence pâteuse. C'est une sorte de dureté sui generis, sèche, élastique, non dépressible, parcheminée; c'est la dureté du sclérème en un

41G SYPHILIDES VULVAIRES.

mot, car je ne saurais trouver de comparaison meilleure pour vous la définir. — Cette rénitence anormale ne fait pas que doubler la base des syphilides; elle la dépasse, elle la déborde, elle s'étale sur leur péripiiérie, au point d'envahir partie ou totalité d'une grande ou d'une petite lèvre. — Elle est indolente au toucher, ce qui témoigne de son caractère aphlegmasique. — Enfin, elle s'accompagne souvent, mais non toujours, d'une certaine modification de teinte des parties; les grandes lèvres affectées de la sorte prennent généralement un ton rose sombre, et les petites une coloration d'un rouge assez vif.

Rien de plus étonnant qu'une telle lésion au premier abord; rien de plus singulier qu'un tel état de la vulve, offrant au toucher des parties absolument rigides, qu'on croirait transformées en carton ou en parchemin.

Cette lésion s'observe surtout aux grandes lèvres, qui peuvent être affectées isolément ou toutes deux à la fois. Elle est plus rare sur les nymphes. Quelquefois encore, on la rencontre sur le capuchon du clitoris ou sur le clitoris même, qui prend alors, sans exagération, une véritable dureté de cartilage.

Je ne saurais vous dire en quoi consistent ces indurations scléreuses. Leur anatomie pathologique n'est ni faite ni même ébauchée. Par analogie, on a quelque droit de supposer qu'elles sont constituées par des lymphangites plastiques sous-cutanées ou sous-muqueuses, lymphangites réticulaires, analogues à celles qu déterminent parfois des nappes rénitcntes de la peau. Mais ce n'est là qu'une induction, qu'une vue théorique, que je vous prie de prendre comme je vous la donne, c'est-à-dire sous toute s ré serves.

Ce qu'il y a de certain, c'est que ces indurations scléreuses de la vulve, une fois développées, durent assez longtemps. Elles persistent plusieurs semaines pour le moins avant de se résoudre. J'en ai vu même d'assez étendues ne disparaître qu'après trois ou quatre mois. Mais toujours, plus ou moins lentement il est vrai, elles arrivent à se résoudre, et je ne sache pas qu'elles soient sus ccptibles d'un autre mode de terminaison'.

1. Un travail inlércssani a été public sur ce sujet par M. le docteur G. Desjardin

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