SYI'lllLlDES SOi;S-MAMMAl KES
contraire fréquentes chez les l'ernmes qui nourrissent. De là le diinger de confier des nourrissons sains à des femmes en puissance de syphilis secondaire.
A la face inférieure du sein les syphilides muqueuses sont assez communes, spécialement chez les femmes qui ont les mamelles flaccides et pendantes. Elles rencontrent là, en effet, un ensemble de conditions des plus favorables à leur développement : finesse de la peau, contact continu de surfaces adossées, humidité, chaleur, etc.. — La forme la plus fréquente qu'elles affectent en ce
^point est celle de papules. Ces papules sont plus ou moins nombreuses, isolées ou agminées, érosives, discoïdes, arrondies. Elles pullulent et bourgeonnent à la fois sur cette région avec une faci-
. lité surprenante, couvées qu'elles sont, pour ainsi dire, par le sein appliqué sur le thorax. Aussi aboutissent-elles fréquemment à former de larges nappes hyperlrophiques, lesquelles en certains cas envahissent toute la face inférieure de la mamelle et la partie correspondante de la poitrine'. Sur une malade que nous avions ici l'an passé, une de ces nappes muqueuses hypertrophiques avait atteint des proportions considérables; elle s'étendait du sternum à l'aisselle en contournant le sein, et couvrait le thorax de bourgeons vé2;étants sur une hauteur verticale de 10 à 15 centimètres! Elle simulait presque de la sorte un cancer en cuirasse à la période d'ulcération. C'était une lésion hideuse, vraiment effrayante d'aspect. Ai-je besoin d'ajouter que ce n'était pas moins en réalité une lésion des plus bénignes, dont quelques semaines de traitement firent facile justice?
III. — Dans Vaisselle, enfin, on oberve parfois des syphilides muqueuses sous forme de papules érosives, irrégulières de forme, suintantes, partiellement encroûtées en certains cas, et légèrement prurigineuses. — Quand ces papules sont quelque peu conlluentes, elles ne tardent pas à s'agminer et à constituer des mamelons bourgeonnants informes, séparés en plusieurs masses par des sillons assez creux correspondant aux plis de la région. Parfois même elles prennent un dévcloppemeni hypcrtrophiquc ^— Ce
1. Urio pièce dn ce genre csl dcposén aumusi-e de ^hl^pilal Saml-Louis, sous le n°Oa.
2. Voyez pièce n" 97 (Musée de riiôpilal Sainl-Louis, colleclion par(iriiiièrc).
SYPHILIDES BUCCALES. 433
sont encore là, en dépit de toute apparence, des lésions bénignes, qui guérissent avec rapidité sous l'influence des moindres soins.
J'en ai fini, Messieurs, avec le groupe des syphilides muqueuses qui sont ou spéciales à la femme ou plus fréquentes chez elle que chez l'homme. Pour compléter l'histoire de ce genre de lésions, il ne me reste plus qu'à vous parler brièvement de celles qui sont communes aux deux sexes.
En première ligne je dois placer ici les syphilides buccales. Celles-ci, même chez la femme, sont très essentielles à connaître, parce qu'après les syphilides vulvo-périnéales ce sont de toutes les plus fréquentes.
11 s'en faut de beaucoup cependant qu'elles aientchez la femme l'importance qu'elles présentent chez l'homme. Elles sont bien plus rares dans le sexe féminin, et cela pour deux raisons : 1° parce que la femme a généralement plus soin de sa bouche que l'homme; 2" parce que la femme ne fume pas. Nul doute, en effet, que ce ne soit l'usage et surtout l'usage immodéré du tabac qui provoque dans notre sexe l'apparition si commune et les récidives si fréquentes des syphilides buccales. Les hommes qui ne fument pas ont la bouche bien plus épargnée par la vérole que les fumeurs. Tout naturellement, donc, les femmes qui fument rentrent dans la loi commune et sont exposées, de par la syphilis et le tabac, à de fréquents accidents buccaux. J'ai vu, sur une jeune dame qui avait contracté en Orient l'habitude de la cigarette et du cigare, les syphilides pulluler à la bouche et récidiver à vingt reprises, comme sur un homme.
Au point de vue clinique, les syphilides de la bouche (et j'entends ici par la bouche toute la cavité buccale, depuis les lèvres jusqu'au pharynx) se présentent sous les mêmes formes que les syphilides muqueuses en général. Elles se rattachent toutes aux quatre types primordiaux sous lesquels nous avons rangé les
ISl SYPHILIDES BUCCALES.
lésions secondaires des muqueuses. Elles consistent, en effet, soit en des érosions simples {sypJnlides érosiues), soit en des papules {syphilides ptapulo-érosives), soit en des papules hypertrophiées {syphilides jMpulo-hypertrojJhiques), soit enfin en des ulcérations {syphilides ulcéreuses).
Comme siège, elles peuvent affecter tous les points de la bouche; mais il est trois régions sur lesquelles elles se portent de préférence et qu'il importe de spécifier. Ces trois /b2/m'(permettez-moi de les qualifier ainsi), ces trois foyers, dis-je, des syphilides buccales sont :
l' les amygdales et les piliers du voile ;
2° les lèvres (face muqueuse, bien entendu);
3° la langue.
Il est bien moins fréquent d'observer ces mêmes lésions sur la portion dure du palais, sur la face muqueuse des joues, sur les gencives, sur le plancher de la bouche, etc.
V Aux lèvres, ce sont des syphilides érosives ou papulo-érosives que l'on rencontre le plus habituellement, sous forme de petites érosions plates ou légèrement saillantes, arrondies ou ovalaires, de l'étendue d'une lentille, d'un haricot ou d'une amande, tantôt rougcâtres ou purpurines, tantôt au contraire grises, blanchâtres, opalines. Prenez note. Messieurs, de ce dernier aspect, car il est presque spécial. Je ne connais guère que les syphilides muqueuses qui se présentent sur les lèvres avec cette coloration particulière. — C'est aux lésions de ce genre que l'on donne d'une façon courante le nom de plaques opalines.
Lorsqu'elles siègent aux commissures buccales, les syphilides muqueuses sont généralement divisées en deux segments (un sur chaque lèvre), lesquels s'adossent quand la bouche est fermée, pour s'écarter quand cUes'entr'ouvre. De plus, ces deux segments sont séparés par un sillon linéaire qui répond au ph même delà commissure, et ce sillon est presque toujours excorié, sanguinolent, semblable à une crevasse, plus ou moins douloureux. Quelquefois aussi le contour de la surface érosivc est limité du côlé de la peau par une sorte de collerette granulée ou de bourrelet