‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 123 sur 263 · II. — La îovme jmpuleuse est plus aisément reconnaissable · texte numérisé non relu

II. — La îovme jmpuleuse est plus aisément reconnaissable

Elle consiste en des papules tout à fait semblables aux papules d'autres régions, c'est-à-dire en de petits disques, de petits plateaux légèrement saillants et quelque peu surélevés au-dessus de la muqueuse. Ces papules sont assez fréquemment cerclées, ovalaires, elliptiques. Elles ont en général l'étendue d'une lentille ou d'une pièce de 20 centimes; mais, lorsque plusieurs viennent à se confondre, elles peuvent occuper un quart, un tiers même de la surface du col. Elles sont lisses, érosives, rarement rosées, plus habituellement au contraire remarquables par une teinte assez spéciale, la teinte gris-perle. Presque toujours, en effet, — retenez bien ce caractère, Messieurs, — ce sont des papules opalines ou d'un blanc bleuâtre qu'on observe sur le col, comme le démontrent ces quatre pièces que j'ai l'honneur de vous présenter ^ Parfois même, comme dans ce cinquième cas, les papules utérines offrent une teinte d'un blanc mat et laiteux (papules dites diphthéroïdes) .

Il n'est pas rare de ne rencontrer qu'une seule de ces lésions. Plus souvent, toutefois, il en existe deux, trois ou môme quatre, bien distinctes, bien isolées. J'en ai vu jusqu'à dix dans un cas. Quand elles sont aussi multiples, presque toujours elles aboutissent à ne plus former, en se fusionnant, qu'une, deux ou trois nappes à contours sinueux, composés d'une série d'arcs de cercle.

Ces papules utérines peuvent se produire sur tous les points du col. Lorsqu'elles sont situées en dehors de l'orifice du museau de

1. Voyez, au musée de riiôpital Sainl-Louis (collection particulière) les pièces portant les n"' 12G, 215, etc. — Voyez planciic VII.

FORME PAPULO-ÉROSIVE. 127

tanche, elles sont facilement reconnaissables tant à leur situation excentriquequ'àleurformecirculaire, à leur saillie, àleur isolement, àleur coloration opaline, etc. Occupent-elles au contraire l'ouverture du col, siège habituel des érosions vulgaires, des granulations, des lésions diverses de la métrite commune, elles deviennent alors bien plus difficiles à diagnostiquer, et il est souvent Irès-délicat, impossible même dans ces conditions, d'en affirmer la nature spécifique.

Ce que les syphilides papuleuses du col utérin, comme aussi, du reste, les syphilides érosives de la même région, présentent de très remarquable, c'est leur singulière curabilité. Venez-vous à les toucher avec le crayon de nitrate d'argent, ou même, sans les cautériser, vous contentez-vous de les panser avec un topique inerte (tel que le tan ou l'oxyde de zinc), presque aussitôt elles disparaissent. Il y a plus : abandonnées à elles-mêmes, livrées à leur évolution spontanée, elles- guérissent encore avec une facilité et une rapidité qui ne laissent pas d'être surprenantes. Cela, je l'affirme pour en avoir fait l'expérience ici plusieurs fois. A dessein j'ai laissé sans traitement des syphilides érosives ou papuleuses du col, me bornant à prescrire quelques injections d'eau, et j'ai vu ces lésions disparaître sponte suâ dans un très court espace de temps.

C'est là, Messieurs, un fait curieux sur lequel j'appelle votre attention; c'est un fait curieux en soi d'abord, et curieux aussi parce qu'il nous donne l'explication probable de certaines contagions vraiment extraordinaires. Voici ce à quoi je veux faire allusion. Il arrive parfois que des femmes syphilitiques, se sachant syphilitiques et s'observant avec le soin le plus minutieux, s'abstenant de tout rapport du moment où elles suspectent sur elles la moindre lésion contagieuse, n'aboutissent pas moins à transmettre la syphilis. Dès qu'elles sont accusées d'avoir transmis la maladie, ces femmes accourent chez leur médecin, qui les examine et qui, à son grand étonnement, ne trouve rien de pathologique sur elles, rien qui aitpu motiver une contamination. Comment donc, en pareille circonstance, la contagion s'est-elle exercée? Je ne saurais le dire, assurément. M'est avis néanmoins qu'elle pourrait bien dériver parfois d'une syphilide utérine, spontanément guérie à l'époque

ultérieure où l'examen est pratiqué. J'accorde que le col utérin ne soit pas certes le seul point où une lésion contagieuse puisse rester méconnue et guérir sponlesuâ. Mais avouez qu'il est le point par excellence où un accident de ce genre a le plus de chances de passer inaperçu, comme aussi de se juger le plus rapidement.

Inutile d'ajouter que les syphilides érosives et papulo-érosives du col utérin ne laissent jamais traces de leur passage. — Jamais non plus, détail négatif assez curieux, je ne les ai vues bourgeonner comme à la vulve, constituer de grosses tubérosités végétantes, passer en un mot à la forme dite hypertrophique.

m. — Les syphilides véritablement it/céreiises du col utérin 'sont peu communes. Une raison, toutefois, peut contribuer à les faire paraître plus rares qu'elles ne le sont en réalité; c'est que, dépourvues en général de caractères nettement distinctifs, elles doivent être souvent confondues avec des ulcérations vulgaires, non spécifiques.

Elles consistent, d'après les quelques cas que j'ai observés, en des ulcérations peu profondes, entamant bien le col, mais seulement d'une façon assez superficielle; — occupant de préférence les parties centrales du museau de tanche; — variant comme dimensions entre l'étendue d'une amande et celle d'une pièce d'un franc; — rougeâlres; — lisses, unies, et diflërant en cela, par conséquent, des lésions granuleuses que l'on observe souvent au même siège; — mais ne présentant en somme rien de bien spécial, moins encore rien de pathognomonique. J'ai vu, dans un cas, une de ces ulcérations, parfaitement reconnaissablc à son contour composé d'une série d'arcs de cercle, présenter une teinte d'un blanc opalin qui contrastait singulièrement avec la coloration rosée du col. Dans un autre cas, une ulcération semblable, rayonnant de l'orifice du col, s'était étendue à presque toute la surface de cet organe.

Lorsque ces lésions alfectent soit une teinte, soit une conligulation particulière, on a motif pour en soupçonner le caraclèrc .'spécifique. Maison bien des cas, je le répète encore, aucun signe

1 . Voyez ail niusue de riiOpilal Sainl-Loiiis (collection parliculiJTc), une série de pièces relatives à ces lésions.

FOnMK ULCÉREUSE. J'îg

quelque peu spécial ne vient éclairer l'observateur, et la nature syphilitique de ces ulcérations ne peut être établie d'une façon rationnelle et probable que sur les considérations suivantes. La plupart des affections ulcéreuses de l'utérus, d'origine inflammatoire, catarrhale ou autre, ont pour caractères habituels de s'accompagner d'une certaine tuméfaction, voire d'une véritable hypertrophie du col, d'une sensibilité morbide de l'organe, de douleurs utérines ou péri-utérines avec irradiations rénales, abdominales, inguinales, etc., de troubles menstruels, d'hémorrhagies, d'écoulements muco-purulents, etc. Or, les syphilides utérines ne comportent pas cet ensemble de symptômes. Si donc, sur une femme syphilitique, vous voyez une ulcération utérine se développer en Vabsence de tout trouble utérin, tenez par cela môme cette ulcération pour suspecte. Sans pouvoir encore en afhrmer la nature spécifique, méfiez-vous de cet accident; surveillez-le; proscrivez énergiquement tout rapport, dans la crainte d'une contagion, et attendez que l'évolution ultérieure de la lésion vienne fixer votre diagnostic.

Cette évolution, en effet, sera souvent assez significative pour couper court à toute incertitude. Chacun sait quelle marche lente et même chronique affectent les ulcérations inflammatoires ou catarrhales du col. Or, bien différentes à ce point de vue sont les syphilides utérines, même celles de forme ulcéreuse. Cautérisezles, badigeonnez-les à la teinture d'iode, pansez-les soit avec un topique pulvérulent (tel que l'oxyde de zinc), soit avec un tampon de charpie imbibée d'une solution faible de nitrate d'argent, et très rapidement en général vous verrez ces ulcérations se modifier, se réparer, rétrocéder, finalement aboutir à la cicatrisation. Une résolution aussi singulièrement hâtive constitue presque un critérium qui permet d'affirmer, sans grand risque d'erreur, la spécificité de ces lésions.

A côté des syphilides génitales, dont je vous ai entretenus jusqu'à présent, viennent naturellement prendre place, dans la description que je poursuis, les syphilides anales et péri-anales, les-

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quelles très souvent coïncident avec les précédentes, ou même se confondent avec elles chez la femme. — Quelques mots sur cette variété connexe d'accidents.

Infiniment plus communes chez la fp.mme que chez l'homme, les syphihdes de la région anale s'observent soit sur la muqueuse même de l'anus, soit sur les téguments cutanés du voisinage (marge de l'anus, périnée, rainure intericssière, etc.).

I. — Sur la muqueuse de l'anus, elles ne se produisent guèr quesousforme d'érosions fissuraires ou ulcérations iplus ou moins creuses, entamant le derme muqueux. — Masquées par le froncement normal de la région, elles peuvent facilement se dérober à la vue et ne deviennent appréciables que si l'on prend soin, pour les rechercher, d'entr'ouvrir l'anus. — Bien que fréquemment irritées et enflammées par le passage des matières fécales, elles ne sont pas aussi douloureuses qu'on serait tenté de le croire à priori. Elles diffèrent en cela des fissures spasmodiques, que caractérisent surtoul d'atroces angoisses à la suite desselles. — Repliées parfois sur elles-mêmes par le fait naturel du plissement de l'anus, elles se présentent alors sous forme de deux segments érosifs ou ulcéreux, lesquels restent adossés lorsque forgane est au repos, et s'écartent au contraire à la façon des feuillets d'un livre lorsqu'on vient à déplisser la région. — L'aspect et la coloration qu'elles affectent sont assez variables : elles sont tantôt rougeâtres, violacées, livides, et tantôt grises ou jaunâtres. Il peut être assez difficile, dans ce dernier cas, de les différencier du chancre simple.

II, — Sur la marge de l'anus et au périnée, les syphilides muqueuses se présentent avec des caractères absolument identiques à ceux des syphilides génitales. C'est dire qu'on rencontre là tout comme à la vulve des syphilides érosives, paptUo-érosives, papnlohyperlrophiques et ulcéreuses. Vous retracer la symptomatologie de ces divers types éruptifs serait vous répéter mot pour mot ce que je vous en ai dit précédemment à propos des lésions secondaires des régions sexuelles.il me suffira donc de les signaler, et, sans fatiguer votre attention par d'inutiles redites,je me bornerai à vous mentionner quelques particularités locales afférentes à ce genre d'accidents.

SYPUILIDES MAMMAIRES. 431

Les syphilides muqueuses de la marge de l'anus prennent assez fréquemment l'aspect de longues fissures, étroites et effilées, qui se logent dans les plis anaux, au fond même des sillons que déterminent ces plis. Elles sont alors inapparentes à première vue, et il faut, pour les apercevoir, déplisser la région.

En d'autres circonstances, la marge de l'anus devient le siège d'une lésion assez singulière. Sous l'influence de l'irritation développée par ces syphilides, le derme et peut-être le tissu cellulaire sous-cutané s'hypertrophient, se condensent, s'épaississent. Il en résulte que les plis de l'anus se transforment en de gros bourre-^ lets, durs, résistants, que séparent les uns des autres des sillons fissuraires ou ulcéreux. Cette dernière lésion, d'aspect assez étrange, a reçu le nom dliyj)ertrophie radiée des plis de l'anus.

De même, il arrive parfois que, dans des conditions identiques, le raphé médian du périnée s'hypertrophie et se transforme en une sorte de crête antéro-postérieure, saillante de plusieurs milli mètres, rougeâtre, d'une consistance très ferme, parfois même d'une véritable dureté cancroïdienne.

Assez souvent encore. Messieurs, vous rencontrerez chez la femme — dont la peau fine et délicate paraît mieux se prêter que celle de l'homme au développement de ces lésions — assez souvent, dis-je, vous rencontrerez des syphilides muqueuses sur les trois points suivants : à l'ombilic, au sein et à l'aisselle.

I. — A Vombilift, ces lésions se présentent sous forme d'érosions ou de papules, soit rosées, soit grisâtres, parfois même opalines, quelquefois aussi partiellement recouvertes de croûtes, ce qui leur donne ce qu'on appelle Vaspect eczémateux.

II. — Au sein, elles occupent soit le mamelon, soit plus souvent la face inférieure de la mamelle ou le sillon sous-mammaire.

Sur le mamelon, elles consistent soit en érosions fissuraires, en gerçures allongées, en crevasses, qu'on peut très facilement confondre avec des lésions communes, soit en papules arrondies, lenticulaires. Assez rares en dehors de la lactation, elles sont au

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