‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 132 sur 263 · COMMENT ELLES SIMULENT LE CHANCRE · texte numérisé non relu

COMMENT ELLES SIMULENT LE CHANCRE

pies pris surnature. Ces exemples abondent ici, et je n'aurai que l'embarras du choix pour vous en présenter quelques-uns.

Voyez en premier lieu cette jeune femme. La lésion qu'elle porte à la vulve est un type de syphilide papulo-érosive, à papules arrondies, discoïdes, agminées. Eh bien, veuillez palper la base de ces papules;vous la trouverez résistante, dure, et d'une dureté sèche; nette, élastique, absolument identique à Vinduration du chancre.

Même cas. Cette seconde malade est entrée ici pour un chancrt lingual, actuellement cicatrisé. Des syphilides assez discrètes (comme celles qui se produisent parfois dans le cours du traitement spécifique) se sont .développées à la vulve; l'une, de forme érosive, occupe toute la petite lèvre gauche. Or, prenez cette petite lèvre entre les doigts, et dites-moi si vous ne croiriez pas — vu son excessive dureté — toucher une lamelle de cartilage.

Troisième exemple. Voici une malade qui est entrée dans nos s ailes, il y a six semaines, pour un chancre induré typique de la grande lèvre droite, chancre que je vous ai montréà cette époque. Depuis lors, un groupe de syphilides s'est constitué sur cette lèvre, un peu au-dessous du chancre. Or, explorez par comparaison, d'une part, la base de ce chancre et, d'autre part, la base de ces syphilides. Même induration fortement parcheminée surles deux points; identité absolue de la sensation fournie ici par le chancre et là par la lésion secondaire.

Enfin, dernier exemple, et celui-ci présentant l'induration secondai':e sous sa forme la plus accentuée. La vulve de cette jeune femme est entièrement couverte de nappes muqueuses papulohyperlrophiques. Palpez les grandes lèvres, palpez les petites lèvres; sans exagération on dirait les' unes et les autres infiltrées de cartilage, tant elles sont indurées.

Le fait est donc constant et indéniable : il est des syphilides INDURÉES, tout comme il est des chancres indurés.

Or, Messieurs, si vous avez examiné avec attention les malades que je viens de vous présenter, vous avez pu vous convaincre déjà d'une particularité importante : c'est que les indurations secondaires, par leur physionomie générale, par leurs attributs extérieurs, par leur modalité clinique en un mot, sont absolu-

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ment identiques avec rinduration chancreuse primitive, à savoir :

Identiques, d'abord, en ce que, comme cette dernière, elles sont constituées par une rénitence sèche, élastique, chondroïde même en certains cas, très différente comme sensation soit de la dureté pâteuse de l'œdème, soit de l'engorgement inflammatoire;

Identiques encore en tant que lésions indolentes et aphlegmasiques, c'est-à-dire se développant à froid, sans douleur, sans réaction locale, sans irradiation inflammatoire;

Identiques aussi comme volume, comme développement, comme configuration, comme ensemble de caractères, comme aspect général de lésions ;

Identiques même (je puis le dire par avance) comme évolution et comme terminaison, en tant que lésions spontanément résolutives, aboutissant après une certaine durée à se résorber proprio motu et à disparaître sans laisser de traces.

En un mot, ces indurations secondaires reproduisent exactement, trait pour trait, l'induration chancreuse, et cela en coïncidence avec des manifestations d'ordre consécutif.

Comme siège, c'est à la vulve que ces indurations secondaires se produisent le plus souvent. On peut les rencontrer ailleurs, comme aux lèvres, à la langue', à la verge, à l'anus même, etc. ;

1 . Au moment même où j'écris ces lignes, je donne précisément mes soins à un jeune homme qui présente à la langue un bel exemple de ces indurations secondaires.

Ce jeune homme a été affecté d'un chancre infectant de la verge il y a dix mois. Après quelques accidents secondaires assez légers, il a été repris dans ces derniers temps de syphilides buccales conducntcs, occupant à la fois les lèvres, le palais, les amygdales et la langue. Ces syphilides sont partout de forme érosive, et n'offrent que sur la langue une particularité digne de mention. Là, notamment sur les bords de l'organe, elles sont doublées en quelques points d'une induration très ncllc, très facilement appréciable, laquelle leur donne au plus haut degré Tapparcnce d'accidents primitifs. Certes, des chancres linguaux, de véritables chancres, n'offriraient pas au palper une rénitence supérieure, plus accusée, mieux circonscrite, etc.

On a parfois l'occasion (surtout cliez les fumeurs) d'observer aux lèvres des indurations semblables, doublant des syphilides érosives, papulo-érosives ou môme ulcéreuses. — Plus souvent on en rencontre à la verge, sur la rainure glando-prcpulialc spécialement. — Beaucoup plus rares sont ces mômes indurations secondaires au niveau de l'anus.

(Pour de plus amples détails, consulter à ce sujet un Mémoire publié par moi, il y a quelques années, sous le titre suivant : Du pseudo-cluincre induré des sujets syphilitiques, in Archives gén. de médecine, 1868.)

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