SES DANGERS
«douleurs ne manque pas de rassurer les malades, toujours enclins à juger de la gravité d'un mal par le degré de souffrance qu'ils en éprouvent. — D'autre part, c'est une affection à marchelenle, qui, en général du moins, procède sourdement, ne trouble la vue que peu à peu, d'une façon progressive. — Enfin, et ceci est plus insidieux encore, elle est susceptible d'améliorations spontanées, pendant lesquelles les troubles de la vue, sans disparaître complètement, s'amendent d'une façon surprenante. Ces améliorations, il est vrai, sont toujours suivies de rechutes, mais elles ne laissent pas d'inspirer aux malades soit une sécurité trompeuse, soit, ce qui est pis encore, une confiance imméritée en certains remèdes inertes, en certaines médications absolument illusoires. — Incidemment, n'omettons pas de dire que parfois la maladie procède de la sorte par une série de crises amblyopiques ou presque amaurotiques, survenant d'une façon plus ou moins brusque, et alternant avec des stades où la vue se rétablit spontanément d'une façon passagère (Galezowski).
Mais ce qui plus encore constitue le danger de cette choroïdite, c'est la tendance aux complications. Sans parler de l'iritis et de la névrite optique qui peuvent s'ajouter à elle, presque fatalement la choroïdite est amenée à se transformer en rétino-choroïdite. Les altérations, en effet, qui se produisent dans la choroïde ne peuvent exister longtemps sans, retentir sur le tissu délicat de la rétine, sans irriter, sans comprimer cette dernière membrane, sans provoquer des adhérences, sans aboutir en un mot à des lésions rétiniennes. Aussi la rétine, à un moment donné, arrive-t-elle toujours à se prendre, et de là, pour la vision, un péril imminent. Mais n'anticipons pas sur les résultats possibles de cette dissociation pathologique, dont je vous parlerai en temps et lieu. Pour l'instant, mentionnons simplement la choroïdo-rétinite comme aboutissant naturel, habituel, de la choroïdite, et comme terminaison ultime à redouter.
II. — Poursuivant l'étude des lésions simples que peut déterminer la syphilis sur le fond de l'œil, nous arrivons à celles qui intéressent les éléments les plus essentiels de la vision, c'est-àdire le nerf optique et la rétine.
502 NÉVRITE OPTIQUE.
Ici, une division est nécessaire, car tantôt ces lésions se portent sur le nerf optique ou sur la rétine exclusivement, et tantôt elles s'associent pour constituer une névro-rétinite. Le seul moyen de se rendre un compte exact de ces lésions délicates, complexes et d'un diagnostic parfois très difficile, est de les envisager d'abord sous leurs formes simples, comme je vais essayer de le faire.
1° Névrite optique. — La syphilis peut affecter exclusivement le nerf optique, sans intéresser aucune autre membrane, aucune autre partie constituante du globe oculaire. On dit même que parfois elle ne touche qu'au périnèvredecenerf (périnévrite), en respectant les éléments nerveux*.
Il est assez rare qu'elle existe seule ; le plus habituellement elle ne fait que coïncider avec des lésions voisines, telles qu'iritis, choroïdite, rétinite, etc.
Dans la plupart des cas, elle est et reste mono-oculaire ; quelquefois cependant elle envahit les deux yeux.
En quelques mots, sa caractéristique est la suivante :
1° Comme troubles fonctionnels : affaiblissement considérable de la vue, survenant d'une façon rapide et pouvant aboutir à l'amaurose; — photophobie, surtout au début; — photopsie, chromopsie, etc. ;
2' Gomme signes ophtalmoscopiques : contoiws de la papille mal circonscrits, ou même impossibles à circonscrire. (C'est là le signe majeur, le signe frappant. Quand on regarde une papille affectée de la sorte, on ne la distingue que confusément; on ne voit pas où elle s'arrête; elle semble n'avoir plus de bords, de circonférence; son contour effacé se fusionne insensiblement avec les parties voisines; souvent même on devine la papille plutôt encore qu'on ne la voit, et l'on n'en retrouve la place que grâce à la convergence des vaisseaux vers un centre commun.) — Parfois encore, comme signes d'importance moindre, capillaires optiques congestionnés; — vaisseaux rétiniens tortueux, etc; — petites apoplexies périphériques, etc.
Celte névrite optique dure peu, en général, à l'état de lésion
1. Voy. Galczowski, Traité des maladies des yeux, p. cl Mémoire académique, in Arch. génér. de médec, 1871, t. I, p. 131.
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isolée. Presque toujours elle aboutit après un certain temps à se compliquer de rétinile ou môme de choroïdite.
2" Rclinile. — Plus fréquente et beaucoup plus importante que la névrite optique, la rétinite se présente parfois à l'observation comme lésion exclusive. Le plus habituellement toutefois elle est associée à d'autres localisations morbides, qu'elle accompagne ou qu'elle suit, telles que l'iritis et la choroïdite.
Elle n'affecte qu'un œil en général; mais il n'est pas rare que, coïncidemmenl, l'autre œil offre quelque altération vers l'iris, la choroïde ou le nerf optique.
Le plus communément, elle débute d'une façon assez lente, par un affaiblissement graduel de la vue. En d'autres cas, plus rares, il se produit des troubles visuels plus ou moins rapides, quelquefois même subits, comme sur un malade que j'observe en ce moment et qui, d'un jour à l'autre, fut pris d'une cécité presque complète.
Confirmée, la maladie se caractérise sommairement comme il suit:
1° Troubles fonctionnels : affaiblissement marqué et progressif de la vision; — photopsie ; — photophobie ; — cécité partielle des couleurs.
Quelques détails sur ces divers phénomènes.
Au début, la vision centrale n'est qu'affaiblie, et les malades peuvent encore lire les n"' 4 et 5 de l'échelle typographique. Plus lard, l'acuité visuelle baisse de plus en plus, et c'est à peine si de très gros caractères peuvent être distinguée. — Parfois encore la vue est éteinte sur un point et conservée sur un autre; ainsi, les yeux fixés sur un livre, le malade lit un mot, mais ne voit pas le suivant, ou ne peut même lire que la moitié d'un mot, l'autre moitié semblant couverte d'une tache opaque.
Autre phénomène important, dont se plaignent les malades et qui les tourmente à chaque instant du jour : vision d'objets colorés, lumineux (éclairs, globes étincelants, feux d'artifice, etc.). — Une malade, que j'ai dans mon service actuellement et que je vous montrerai à la fin de cette conférence, nous arrête chaque matin à notre visite poui- nous dire qu'elle « a des chandelles devant les