SOURCES DE LA CONTAGION. M
sonnes qui s'en serviraient et à celles qui auraient pu la faire appeler. Il était temps de prendre cette mesure; car j'avais à peine fait connaître tout ceci que huit nourrices se présentèrent presque au môme instant chez moi. Toutes avaient souffert que celte femme appliquât ses lèvres impures sur leurs seins, et toutes avaient été plus ou moins conlagionnées. Appelé dans quelques maisons, je fus à même de voir que la contagion ne s'était pas arrêtée à la quantité de personnes que je viens d'indiquer. Je puis porter au nombre de douze ou quatorze les femmes qui ont été infectées par la succion des seins ; six ou huit autres échappèrent à la contagion. »
Et ce n'est pas tout; car, ajoute le médecin auquel j'emprunte ce récit, « 4° presque toutes les femmes qui gagnèrent ainsi la syphilis la communiquèrent à leurs enfants; — 2° quelques-uns de ces enfants transmirent le mal, avant qu'il fût découvert, à des nourrices auxquelles on les avait confiés ; — 3° plusieurs de ces nourrices gâtèrent également leurs propres enfants à qui elles donnaient le sein concurremment avec le nourrisson infecté ; — 4° bien plus, enfin, les enfants sains qui se servirent des vases que les nouveau-nés infectés touchèrent de leurs lèvres, contractèrent également cette dégoûtante maladie » — Et notez encore que toutes ces syphilis d'origine non suspecte durent avoir très certainement bien d'autres ricochets qui restèrent ignorés du médecin témoin de cette petite épidémie.
De tels faits méritent d'être connus. Ils peuvent se présenter en pratique et dérouteraient certes, au grand détriment de la société, le médecin qui ignorerait la possibilité de contagions de cet ordre. J'ajoute, et vous n'en doutez pas, qu'ils présentent un haut intérêt médico-légal.
3° En troisième lieu, messieurs, la femme peut, comme 1 homme, recevoir la contagion d'intermédiaires inanimés, et cela dans des circonstances totalement étrangères à l'acte vénérien.
1. Extrait d'un mémoire trop peu connu du 1)' F. Bourgogne, ayant pour titre : Considérations générales sur la contagion de la maladie vénérienne des enfants trouvés a leurs nourrices, suivies delà relation d'mie affection syphilitique communiquée à plusieurs femmes par la succion du sein, Lille, 1825.