‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 16 sur 263 · CONTAGION MÉDIATE · texte numérisé non relu

CONTAGION MÉDIATE

Nous possédons dans la science nombre d'obsen'ations de femmes contagionnées par des instruments souillés de pus syphilitique, par des linges malpropres, par des latrines, par des canules d'irrigateurs, par des éponges, par des objets d'usage domestique, etc. Ici, sans aucun doute, nous transmettrions fréquemment la syphilis d'une femme à une autre si nous n'avions un soin extrême de nos instruments, si nous n'exigions spécialement que nos spéculums soient nettoyés sous nos yeux, lavés à plusieurs eaux, et convenablement essuyés à la suite de chaque examen. Et je soupçonne fort qu'en dépit de toute notre surveillance de telles contagions doivent parfois se produire. Déjà l'on avait signalé ici même, il y a quelques années, un cas de contamination par une de ces canules de caoutchouc qui servent d'ajutage aux appareils d'injections vaginales. Deux cas semblables se sont encore produits l'année dernière dans cet hôpital.

Le ccUhétérisme de la trompe d/Eustache a été l'occasion d'accidents de même Tiature. J'en ai sous les yeux actuellement le plus déplorable exemple. Une jeune fille, une ènfant plutôt, fut contagionnée de la sorte, il y a quelques années, par le trop célèbre spécialiste auquel tant de malheurs de ce genre sont restés imputables. La maladie, méconnue d'abord (cela devait être) et négligée plus tard, vient d'aboutir au développement d'un énorme ulcère du pharynx, à l'affaissement du nez et à la perte complète du voile du palais !

Autres exemples de contagions de môme ordre, empruntés à différents aulcurs :

Une femme de mœurs absolument irréprochables contracta un chancre labial pour s'être servie à plusieurs reprises de la même cuiller que sa cuisinière, laquelle, moins irréprochable, paraît-il, était aiïcclée d'une éruption confluonle de plaques muqueuses buccales

Une vieille femme, peu suspecte en raison de ses soixante-cinq ans, était chargée de la garde d'un enfant syphilitique, lequel déjà avait infecté sa nourrice et présentait à la bouche de nombreuses

I. Cns cil(' par M. Rollfit, Études cliniques sur le chancre produit par la conlagion delà siipUilis secondaire (Archives générales de médecine, 185H, l. I, p- 399). — .l'ai observé, ces dernières années, un cas exaclcmenl identique.

ulcérations. Faisant manger l'enfant et ayant l'habitude de goûter chaque cuillerée d'aliments qu'elle lui présentait, elle contracta de la sorte un chancre labial qui fut l'exorde d'une syphilis assez sérieuse.

M. Rollet a même cité le cas plus extraordinaire encore d'une femme qui, « buvant et mangeant après un enfant syphilitique qu'elle avait reçu en sevrage, contracta de lui un chancre primitif de chaque amygdale ^ »

Remarquez-le bien, messieurs, la connaissance de ces contagions insolites, excentriques, extraordinaires, n'est pas seulement affaire de curiosité; elle comporte un intérêt sérieux, un intérêt véritablement clinique, car elle donne l'explication de certains cas qui, sans elle, pourraient rester incompris, incompréhensibles, et qui, par cela même, risqueraient d'aboutir à de funestes conséquences.

4° Ces trois premiers modes de contagion sont communs aux deux sexes. Mais un quatrième dont il me reste à vous parler est spécial à la femme : c'est Y allaitement.

L'allaitement est pour la femme une source active et puissante d'infection. Et cela pour des raisons diverses : parce que d'abord la syphilis infantile est malheureusement fréquente, plus fréquente certes qu'on ne serait tenté de le croire; — parce qu'en second lieu cette syphilis infantile compte au nombre de ses manifestations les plus habituelles le jetage nasal et les ulcérations de la bouche, deux ordres d'accidents qui exposent le sein des nourrices à une contagion directe; — parce qu'enfin cette contagion trouve pour s'exercer tout un ensemble de conditions des plus favorables : contact répété et prolongé des lèvres de l'enfant avec le sein; humectation des parties par la salive; structure erectile et délicate du mamelon; prédisposition de cet organe aux fissures, aux excoriations, aux gerçures, lesquelles ouvrent une porte d'entrée au virus, etc. ; à tel point que les chances d'inoculation sont certes bien mieux réalisées par l'allaitement que par le coït. On échappe fréquemment, comme le démontre l'expérience journahère, à la contagion du commerce vénérien; je

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