C SYSTÈME LOCOMOTEUR
consislent surtout en des phénomènes douloureux, en des JoM/eitn. Et, en effet, jusqu'à une époque peu éloignée de nous elles n'ont été désignées que sous ce nom : douleurs syphililiques. Or, il est arrivé pour cette dénomination générique et vague, ne traduisant qu'un symptôme, ce qui est advenu à la plupart des dénominations de symptômes appliquées à des états morbides, ce qui est advenu, par exemple, aux vieux mots de diarrhée, de dyspnée, d'asthme, de colique, etc. Tant que le symptôme seul a été connu, sans que l'on sût à quoi le rapporter, force a bien été d'en conserver le nom ; mais, du jour où Ton a pu le rattacher à la lésion d'un organe, bien vite ona délaissé le nom du symptôme pourlui substituer celui d'un état morbide, d'une localisation anatomique, d'une maladie. De même ici. Tant qu'on n'a pas su ce qu'étaient les douleurs syphilitiques, on les a simplement appelées douleurs; mais, lorsqu'on a été autorisé à les rattacher à la lésion d'un os, d'un muscle, d'une articulation, du périoste, aussitôt on en a fait des périostites, des arlhralgies, des myosalgies, des ostéalgies, etc.
Aussi, nosologiquement, n'est-il plus guère question aujourd'hui des « douleurs syphilitiques », alors que dans l'ancien temps des traités complets et spéciaux leur étaient consacrés '. De cela ne nous plaignons pas, Messieurs, car ce changement de nomenclature n'est que l'expression d'un progrès clinique, comme vous allez le voir.
L'étude des déterminations morbides de la syphilis secondaire sur le système locomoteur comprend les symptômes qui se produisent sur les os; — sur les lissus fibreux, notamment les tendons ; — sur les articulations ; — et sur les muscles.
Parlons des os en premier lieu.
Toutes les manifestations douloureuses qui se produisent sur les os dans la période secondaire étaient autrefois confondues
1. Exemple le curieux et original Irailc de G. Torclla, De dolore in pudeiidagrà Dialoyus.
PÉRIOSTITES SEGONDAIKES. 517
SOUS la dénomination unique de douleurs osléocopes. Or, une étude plus attentive a montré que ces manifestations, loin de consister toutes invariablement en des phénomènesidentiques, se présentent au contraire sous des formes diverses qui demandent à être nosologiquement distinguées et auxquelles, en conséquence, une dénomination unique ne saurait convenir.
Ainsi, avec les progrès de la science, on a vu :
1"Que, tantôt, les douleurs osseuses se rattachent à un ensemble de phénomènes constituant une phlegmasie superficielle de l'os ou mieux du périoste ; — et Ton a désigné ce premier ordre de lésions sous le nom de périostite ;
2° Que, tantôt, ces douleurs ne sont que l'expression d'une lésion plus complexe ou plus avancée, aboutissant à constituer sur la surface de l'os une tuméfaction dure, solide, vraisemblablement ossiforme; — et l'on a donné à cet autre ensemble de phénomènes le nom de périostose ;
S" Que, tantôt enfin, les os deviennent le siège d'une sensibilité morbide très accusée sans qu'aucune tumeur, sans qu'aucun phénomène inflammatoire se développe à leur surface. La douleur, dans ce cas, est le seul symptôme constatable cliniquement. — A ce dernier ordre de cas s'applique la dénomination vague d'ostéalgie; dénomination provisoire, que nous sommes bien forcés de conserver actuellement parce que l'essence do cette douleur osseuse nous échappe, mais que nous nous hâterons d'abandonner ou de modifier le jour où nous serons édifiés sur le siège ou la nature de la lésion.
Périostite, périostose, ostéalgie, tels sont donc les trois modes suivant lesquels la syphilis exerce son action sur le système osseux. — Nous allons les étudier successivement.
I. Périostite. — La périostite secondaire est assez commune, et bien plus commune, certes, chez la femme que chez l'homme.
Elle se caractérise de la façon suivante : douleur fixe et limitée en un point superficiel de l'os, sourde ou peu intense dans le repos, exagérée par le mouvement, mais devenant suraiguë et intolérable par la pression; — soulèvement léger sur la surface de l'os et au point douloureux, en forme de saillie étalée, plate
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comme une amande; — empàtemenl ou tension inflammaloire à ce niveau; — et, en certains cas seulement, sensation assez obscure de fluctuation circonscrite, comme si quelques gouttelettes d'exsudat liquide étaient interposées entre l'os et la membrane périostique.
Les périostites secondaires, détail assez remarquable, sont presque toujours très circonscrites. Elles n'alTectent guère, en général, que l'étendue d'une pièce de 50 centimes ou d'un franc, d'une amande, d'un noyau de prune, etc. Rarement on les trouve plus considérables, et souvent au contraire elles se restreignent à des proportions plus minimes encore. //- faut donc les chercher pour les trouver; car toujours elles échappent,, en tant que lésions, à l'attention des malades, qui se plaignent simplement « d'une douleur » sans rien accuser d'autre ; et bien souvent aussi, ie ne crains pas de le dire, elles échappent au médecin, s'il ne prend soin pour les découvrir de soumettre à une minutieuse investigation le membre où réside cette douleur. Tenez-vous donc pour avertis. Messieurs. Lorsqu'un de vos malades syphilitiques vous accusera une douleur en un point, ne vous contentez pas de cette assertion ; cette assertion, contrôlez-la de vos yeux et de vos doigts. Explorez la partie douloureuse, et souvent par un palper attentif, méthodique, prolongé, vous arriverez à découvrir sur la surface d'un os un point très circonscrit, au niveau duquel la moindre pression, le moindre attouchement déterminera une douleur des plus vives, douleur assez aiguë quelquefois pour arracher un cri d'angoisse. Ce sera une périostile qui se dévoilera de la sorte, une périostite qui, sans un tel examen, aurait eu toutes chances pour rester méconnue ou pour être confondue avec une névralgie, une myosalgie, un rhumatisme, une douleur vague quelconque.
On rencontre ces périostites sur nombre de points du squelette, notamment aux extrémités des os longs (humérus, radius, cubitus, métacarpiens, tibia), sur l'omoplate, la clavicule, les côtes, etc. EWes sont particulièrement fi-équentcs à la face interne du tibia, sur la malléole péronière, sur les os du crâne, sur le sternum, sur les côtes, à l'extrémité inférieure de l'humérus, sur les os de Pavant-bras, etc.
PÉRIOSTOSES SECONDAIRES. 519
II. PÉRIOSTOSES. — Les péfiosloses secondaires sont beaucoup moins communes que les périosLiles de la même période. Cependant elles sont loin d'être rares. Bien plus facilement appréciables que ces dernières, je m'étonne qu'elles aient passé inaperçues de nombre d'auteurs. Je m'étonne aussi que certains de mes collègues s'obstinent à les considérer comme des phénomènes tertiaires, alors qu'on a l'occasion fréquente de les observer en pleine période secondaire, à quelques mois de distance du début de l'infection,parfois même (mais bienplusrarement) avec les premières poussées d'accidents généraux.
Trois phénomènes les caractérisent : 1° une saillie à la surface de l'os; — 2° une douleur vive au niveau de cette saillie ; — 3" une dureté véritablement osseuse de la tumeur qu'elles constituent.
La saillie se traduit au toucher, et souvent à la vue. C'est un soulèvement de forme et d'étendue variables, tantôt tubéreux et mamillaire, tantôt et plus souvent étalé, aplati comme une amande, mesurant de 2 à 3 ou 4 millimètres de hauteur, sur une largeur de base d'un à plusieurs centimètres.
Cette saillie est douloureuse; — douloureuse d'abord spontanément, soit au repos, soit surtout dans les mouvements; douloureuse ensuite et surtout à la pression, qui détermine sur elle d'intolérables angoisses. — Détail intéressant, les douleurs spontanées que déterminent ces lésions sont notablement augmentées par la chaleur. A cela tiennent peut-être les exacerbations nocturnes qu'elles présentent au lit, et qui sont souvent assez vives pour empêcher tout repos.
Enfm, dernier caractère, l'intumescence douloureuse est remarquable par son extrême dureté. Il suffit de la toucher pour être convaincu qu'elle est constituée par une production osseuse ou ossiformc. C'est donc bien sûrement en une périostose que consiste la lésion.
Abandonnée à elle-même, cette périostose reste longtemps douloureuse, plusieurs semaines environ ; puis il arrive un moment où les douleurs se calment et où la tuméfaction seule persiste. Il est assez rare du reste que les malades ne se traitent pas d'une telle lésion, car elle est de la nature de celles qui ne se laissent
PÉRIOSTOSES SECONDAIRES.
pas ignorer non plus que tolérer patiemment. Il est possible donc que nous n'en connaissions pas à fond la marche naturelle. — Traitée, elle ne manque jamais de se résoudre et cela très rapidement. Les douleurs d'abord s'apaisent en quelques jours; puis la tuméfaction s'affaisse et disparaîten un septénaire environ, dix à quinze jours au plus, sans laisser de traces.
Sans contredit, le meilleur traitement à opposer aux deux ordres de lésions qui viennent de nous occuper consiste dans l'administration de ce qu'on appelle le traitement mixte, c'est-à-dire du mercure associé aux iodiques (5 à 10 centigrammes de prolo-iodure d'hydrargyre, et concurremment 1 à 2 grammes d'iodure de potassium, comme doses quotidiennes). — Localement, quelques onctions mercurielles ou de larges badigeonnages à la teinture d'iode ne sont pas inutiles pour éteindre hâtivement la douleur. Dans le même but, j'ai souvent eu à me louer de petits vésicatoires volants, appliqués au niveau de la tumeur.
Le traitement spécifique est ici le sédatif par excellence de la douleur. ^^L' opium et les narcotiques vulgaires, administrés intus et extra,Ti'ont presque aucune action ou ne produisent qu'un soulagement artificiel et éphémère. C'est là un fait pratique mille et mille fois démontré, dont la connaissance remonte jusqu'aux premiers temps du Mal français ^
Les périostoses secondaires se rencontrent en des points très variés. Mais il est certains sièges qu'elles affectent avec une sorte .de prédilection et que je dois vous indiquer, à savoir :
1° la face interne du tibia;
2° les os du crâne ;
3° le sternum et les côtes.
Quelques mots sur les particularités qu'elles présentent en ces divers points.
1° C'est à la face interne ou sur le bord antérieur du tibia
1. Exemple ce passage de G. Torclla «... Les narcotiques ne s'adressent pas à l.i cause des douleurs du Mal français; ils ?ie soulaqeul qw dune façon nmmngere, en émoussanl la sensibilité... Le véritable (railenienl de ces douleurs consiste dans la médication générale qui combat le principe môme du mal, qui attaque la maladie dont la douleur n'est qu'un phénomène, une manifestation, etc.. »