‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 158 sur 263 · ARTHRITE SÈCHE CONSÉCUTIVE · texte numérisé non relu

ARTHRITE SÈCHE CONSÉCUTIVE

anli-dialhésique. — Ces dernières particularités, jointes d'ailleurs .aux conditions spéciales dans lesquelles se produit cette hydartlirose, ne sauraient laisser le moindre doute sur l'origine spécifique de l'affection.

C'est au genou, presque exclusivement, que se rencontre cette seconde variété d'arthropathie.

Quelle que soit la forme qu'elles affectent, les arthropathies secondaires ne sont en général que très peu persistantes. Sous l'influence du traitement interne, du repos et de quelques applications externes appropriées (ventouses scarifiées et cataplasmes, contre l'arthrite; vésicatoire, teinture d'iode et compression, contre l'hydartlirose), je les ai toujours vues disparaître en quelques semaines, souvent même en huit à douze jours.

Ajoutons que, dans leurs formes bénignes, ces arthropathies passent quelquefois inaperçues. Plusieurs fois il m'est arrivé de découvrir sur les malades de cet hôpital de très légers épanchements du genou qui étaient restés complètement ignorés, qui ne gênaient en rien les mouvements, et qui se dissipaient ensuite dans l'espace de quelques semaines sous la seule influence de la médication spécifique, sans aucune application locale, voire sans la précaution du séjour au lit.

Enfin il faut savoir que ces arthropathies peuvent laisser à leur suite (mais cela d'une façon tout à fait exceptionnelle) des craquements plus ou moins intenses, plus ou moins rebelles. Comme exemple, je vous présenterai cette femme. Affligée d'une syphilis assez sérieuse, elle entra une première fois dans nos salles il y a deux ans. Entre autres phénomènes elle fut affectée à cette époque d' arthropathies subaiguës qui envahirent successivement diverses jointures : les genoux, l'un des coudes, les articulations temporomaxillaires. Ces arthropathies guérirent fort bien, en même temps que les autres manifestations diathésiques ; mais elles laissèrent à leur suite de très forts craquements. Or ces craquements persistent encore aujourd'hui et témoignent en toute évidence d'un état rugueux permanent des surfaces articulaires. Ils ne sont pas seulement perceptibles au toucher; ils s'enlendent, Qiyoxxs, dX\Q,z les

534 ARTHROPATHIES SECONDAIRES.

entendre à distance, ceux de la mâchoire notamment. Lorsque celte femme exerce des mouvements de mastication, on croirait volontiers qu'elle casse des noisettes entre ses dents.

C'est l'articulation du genou qui est le siège le plus habituel de cette sorte d'arthrite sèche consécutive aux arthropathies secondaires.

Certes, Messieurs, ces manifestations articulaires de la vérole ont avec le rhumatisme simple une ressemblance symptomalologique des plus marquées. Et comment en serait-il autrement? Le siège de ces accidents est celui du rhumatisme ; leurs lésions sont celles du rhumatisme; comment leur mode d'expression clinique ne serait-il pas celui du rhumatisme vulgaire? On pourrait donc croire — et cette objection se présente naturellement à l'esprit — que ces arthropathies prétendues spécifiques ne sont rien autre en réalité que des phénomènes rhumatismaux développés par hasard sur des sujets syphilitiques. Cela serait une erreur. Les accidents que je viens de vous décrire constituent certainement des manifestations d'origine et d'essence spécifiques. Ce qui le démontre, c'est, d'une part, leur production chez des sujets syphilitiques à une certaine époque, à une époque déterminée de la diathèse; — c'est, d'autre part, leur coïncidence fréquente avec des arthralgies indubitablement syphilitiques; — c'est, non moins fréquemment, leur coïncidence avec d'autres symptômes spécifiques, tels que syphilides cutanées, syphilides muqueuses, céphalée, iritis, etc. ; — c'est leur résolution relativement facile sous l'influence du mercure et des iodiques; — c'est leur apparition en dehors des causes habituelles du rhumalisme, chez des sujets non rhumatisants, non rhumatisants ni par eux-mêmes ni par disposition héréditaire; — ce sont enfin certains détails de leur symptomatologie propre, qui les difTérencient du rhumatisme vulgaire, tels que fixité sur les jointures envahies, défaut de tendance à la dissémination, exacerbations nocturnes des douleurs, évolution rapide des lésions, absence de réaction sur les séreuses cardiaques, etc..

LÉSIONS TENDINEUSES.

De ces arthropathies rapprochons immédiatement les lésions tendineuses de la même période, lesquelles présentent avec ces dernières une analogie des plus marquées et coïncident même parfois avec elles.

Les affections tendineuses de la syphilis secondaire étaient restées méconnues jusqu'à ces derniers temps, lorsque l'attention fut appelée sur elles presque simultanément par mon savant maître M. le professeur Yerneuil et par moi'. Sans être fréquentes, elles sont cependant plus communes que ne le donnerait à supposer le silence gardé sur elles jusqu'ici par les observateurs.

De même que les affections osseuses et articulaires étudiées précédemment, elles se rencontrent bien plus fréquemment chez la femme que chez l'homme. Les quatre observations citées par M. Yerneuil sont toutes relatives à des sujets du sexe féminin. Les miennes, pour la plupart également, ont été recueillies chez la femme.

Au point de vue clinique, les lésions des tendons, dans la période secondaire, se présentent sous les deux formes suivantes :

1° Hydropisie simple des synoviales tendineuses;

2° Inflammation véritable, plus ou moins aiguë, de ces synoviales {Ténosite ou Synovite tendineuse).

Spécifions les caractères propres à chacune de ces formes.

I. V hydropisie simple consiste dans l'épanchement d'une certaine quantité de liquide, quantité généralement minime, à l'intérieur de la cavité séreuse où glisse le tendon. Je qualifie cette première forme dunomd'%c?ropme,pour cette raison que l'épan-

1 . Vcrneuil, De l'hydropisie des gaines tendineuses des extenseurs des doigts dans la syphilis secondaire. (Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 25 septembre 1868.)

A. Fournicr, Note sur les lésions des gaines tendineuses dans la syphilis secondaire . fMêrne recueil, 9 octobre 1868.)

536 LÉSIONS DES SYNOVIALES TENDINEUSES.

chement séreux se produit sans processus inflammatoire, sans rougeur des téguments, sans douleur ou avec une douleur insignifiante, sans troubles fonctionnels véritables. A ce point de vue, en effet, elle se distingue nettement de la ténosite vraie que nous étudierons en second lieu.

Distension d'une gaine tendineuse par un épanchement liquide, tel est à peu près l'unique phénomène qui se présente à constater ici. Cette distension s'accuse[extérieurement par une intumescence, une saillie légère, une sorte de bosselure, laquelle a nécessairement pour caractère de se produire sur le trajet d'un tendon. — La tuméfaction constituée de la sorte suit le tendon dans une certaine étendue; elle est habituellement bien circonscrite. — Elle est indolente ; indolente d'abord spontanément (ce qui fait que les malades ne s'en plaignent pas et qu'elle peut facilement passer inaperçue du médecin); indolente même au palper, à la pression. — Elle ne s'accompagne non plus d'aucune coloration morbidedcs téguments, et c'est à peine si elle détermine une gêne très légère dans les mouvements dévolus aux tendons. — Enfin, elle est habituellement fluctuante; quelquefois néanmoins elle n'offre qu'une fluctuation obscure, vague, ou malaisément appréciable.

Au reste, pour mieux fixer vos idées sur les caractères cliniques de cette petite lésion, je puis immédiatement en placer deux exemples sous vos yeux.

' Voici d'abord une jeune femme qui est entrée dans nos salles, il y a une quinzaine environ, pour divers accidents de syphilis secondaire (syphilides cutanées, syphilides muqueuses de la bouche et de la vulve, adénopathics, céphalée, arthralgies, névralgies nocturnes, insomnie, etc.). Or, ces derniers jours, cette malade s'est plainte à nous « d'une grosseur qui lui était poussée sur le poignet ». Elle ne souffrait pas de cette grosseur, nous disait-elle; elle pouvait môme en toute liberté se servir de la main et des doigts pour s'habiller, pour coudre, pour écrire; mais « elle avait peur que cette grosseur n'augmentât, sans quoi elle ne nous en aurait pas parlé ». Et, en effet, nous constatâmes ce que vous voyez encore aujourd'hui, c'est-à-dire, sur la face dorsale du poignet, une petite tumeur bien circonscrite, étalée, aplatie, triangulaire de forme et à base tournée vers les doigts. Celte lu-

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