‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 163 sur 263 · DURÉE. — PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

DURÉE. — PATHOGÉNIE

l;iirc qui se produit à la période où nous éludions hi dialhèse n'est jamais — sauf exceptions très rares — que momentané, temporaire. Il dure un certain temps, plus ou moins suivant les cas, suivant des conditions multiples de constitution, d'hygiène, d'intensité de maladie, de traitement, etc. ; puis il fait place au retour de l'état normal. C'est affaire en général de quelques mois pour que l'organisme réagisse, se remette de la secousse qu'il a subie, et revienne à sa vigueur première. Cette restauration des forces a donc pour habitude d'être à la fois rajnde et intégrale. Quelquefois cependant elle procède avec lenteur et exige une année, plusieurs années, pour s'accomplir. Elle peut même rester incomplète, et cela d'une façon définitive. C'est ainsi qu'en pratique vous entendrez certains malades se plaindre d'avoir été longtemps, très longtemps affaiblis par le fait de la vérole. Vous en entendrez même quelques-uns vous dire qu'ils « ne se sont jamais remis de leur vérole », qu'ils ne sont jamais « redevenus ce qu'ils étaient autrefois » , que cette maladie « les a vieillis de dix ans au point de vue de la vigueur, etc. ». Je me rappelle à ce sujet le fait d'un lutteur, homme doué d'une force véritablement herculéenne, lequel, à la suite d'une syphilis de forme asthénique, dut renoncer à sa profession ^ De même, un de mes anciens clients, qui fut affligé, il y a dix ans environ, d'une syphilis assez sérieuse, me disait récemment : « C'est égal, docteur, si vous m'avez guéri de ma vérole, vous ne m'avez pas rendu mes muscles. Cette maladie-là m'a transformé; je n'avais jamais connu la fatigue auparavant; à dater du jour où j'ai pris la vérole, je n'ai plus été le même; mes forces ne sont jamais redevenues ce qu'elles étaient autrefois. »

A quoi rattacher cette débilitation musculaire? Est-elle un effet direct de la diathèse sur les muscles? N'est-elle au contraire que médiate et dcrive-t-elle d'un trouble primitif du système nerveux? Ne serait-elle pas plutôt le résultat d'une action d'ensemble exercée par la maladie sur tout l'organisme, sur toutes les parties de l'être vivant? Certes j'inclinerais plus volontiers vers cette der-

1. Observation recueillie à l'Iiùpital du Midi (service de M. Ricordj.

nière opinion; mais il est impossible, comme vous le concevez sans peine, de rien affirmer d'absolu à ce sujet.

IV. Amaigrissement musculaire. — Il n'est pas rare, lorsque la syphilis prend une forme tant soit peu sérieuse, que le système musculaire soit affecté dans sa substance. Il maigrit alors; il maigrit comme à. la suite d'une affection aiguë, comme dans le cours d'une maladie chronique. Et cet amaigrissement, cela va sans dire, entraîne toujours à sa suite comme conséquence nécessaire un degré proportionnel d'affaiblissement. Le muscle peut bien être affaibli sans maigrir (c'est là le phénomène que nous avons étudié précédemment) ; mais il ne saurait maigrir sans perdre une partie de sa puissance.

L'amaigrissement musculaire d'origine syphilitique se rencontre chez la femme bien plus fréquemment que chez l'homme, et je n'ai qu'à vous répéter à son propos ce que je vous disais tout à l'heure relativement aux phénomènes de débilitation. On l'observe surtout chez les femmes jeunes, délicates, lymphatiques, nerveuses, dont la constitution est vivement impressionnée par la diathèse, et plus spécialement encore dans les cas où la maladie, affectant dès la période secondaire ce que j'appelle la forme splanchnique, exerce sur l'économie une double influence dépressive et dénutritive. Il est hors de doute que, dans ces conditions, le système musculaire participe souvent à la dénutrition générale.

Le phénomène est très simple en soi. Cliniquement il ne s'accuse que par ceci : une diminution de volume de la masse musculaire, et une diminution corrélative des forces. Toujours il coïncide avec un amaigrissement bien plus appréciable du tissu cellulo-adipeux.

Il comporte différents degrés. Léger, il passe inaperçu. Plus accentué, il ne manque pas d'éveiller l'attention des malades, qui se plaignent au médecin de « maigrir et de perdre leurs forces ». Si l'on a affaire à un sujet inconnu, il n'est guère possible de se rendre un compte exact de l'amaigrissement subi par le système musculaire; mais sur un sujet connu, dont on a eu l'occasion de

constater la musculature à l'état de santé, il est facile d'apprécier comparativement le déchet subi parles muscles. On constate alors que les chairs sont devenues plus molles, plus flasques, que certains reliefs se sont effacés ou amoindris, etc. Ces différences sont surtout notables au niveau des grosses masses musculaires, aux mollets, à l'épaule, à la cuisse, au bras, à l'avant-bras. — A un degré supérieur, le phénomène devient bien plus frappant et saute aux yeux, si je puis ainsi dire. Je donne mes soins actuellement à une jeune femme qui, grasse et bien musclée avant de contracter la syphilis, a prodigieusement maigri sous l'influence de la diathèse, et cela en dépit d'une hygiène des plus confortables, en dépit de toutes les médications toniques. Elle a maigri à ce point qu'elle « n'ose plus se décolleter ». Certes, une fièvre typhoïde ou la première période d'une phthisie pulmonaire ne l'eût pas étiolée davantage.

Enfin, à un degré extrême, ce n'est plus seulement de l'amaigrissement qu'on observe, c'est de l'émaciation, c'estdu marasme, c'est une wérilahle phthisie musculaire. Dans la cachexie syphilitique, dont j'aurai l'occasion de vous entretenir plus tard, les membres et le tronc sont absolument décharnés. Les muscles sont grêles, petits, sans relief, et l'autopsie montre qu'en effet ils ont subi une atrophie réelle, considérable.

V. Tremblement. — En dernier lieu, il est un autre phénomène des plus intéressants — celui-ci fort peu connu — que détermine parfois la syphiUs sur le système musculaire et que je dois signaler à votre attention; c'est le tremblement K

Le tremblement est une manifestation assez rare de syphilis secondaire. Toutefois, lorsqu'on observe sur un public nombreux et dans des services spéciaux, il ne laisse pas de se présenter de temps à autre. Depuis quatre années, j'ai pu en recueillir ici une trentaine de cas ^

•El tout d'abord, pas d'équivoque en l'espèce. Messieurs. Ce que

1. Voir un consciencieux travail publié sur ce sujet par un de mes élèves, le docteur M. Aparicio {Elude sur le Iremhletnenl syphililique . Tiièse de Paris, 187^.)

2. J'en compte plus d'une centaine d'observations actuellement.

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je vais vous décrire comme tremblement de la période secondaire n'offre aucun rapport avec le tremblement qui, à une époque bien plus reculée de la diathèse, peut résulter des lésions tertiaires de l'axe encépbalo-rachidicn*. Ce dernier a son origine dans des altérations graves des centres nerveux; il coïncide presque nécessairement avec des paralysies, des troubles intellectuels, des symptômes cérébraux divers. Tout autre est le tremblement secondaire. €elui-ci constitue à lui seul toute l'affection. Il ne comporte, ni comme origine une désorganisation cérébrale, ni comme phénomènes associés des accidents sérieux. C'est un simple trouble fonclionnel, isolé, essentiellement temporaire, nécessairement bénin.

Ce tremblement, je le répèteencore pour éviter toute confusion, ■est une manifestation secondaire. C'est même une manifestation secondaire assez précoce, je crois, à en juger du moins par les cas que j'ai pu observer jusqu'à ce jour. Toutes les malades sur lesquelles je l'ai rencontré (sauf une seule) ne comptaient pas plus de trois à neuf mois d'infection.

Immédiatement j'ajouterai que c'est là surtout un symptôme de syphilis féminine. A une seule exception près, toutes les observations que j'en ai recueillies, soit à l'hôpital, soit en ville, sont relatives à des femmes.

Le tremblement secondaire consiste simplement en une agitalion convulsive de certaines parties du corps sous forme de rapides secousses, résultant d'une série alternative de contractions €t de relâchements musculaires.

Il se produit d'une façon assez brusque, sans être précédé d'aucun phénomène qui l'annonce. Du jour au lendemain les malades s'aperçoivent, non sans étonnement, que leurs mains tremblent. Je dis « leurs mains », parce que le tremblement débute toujours par les membres supéi-ieurs. .lamais il n'alYccte du premier coup les membres abdominaux. ^

Il est toujours partiel. Dans aucun rasje ne l'ai vu se généraliser.

l. Voir mes Leçons sur la syphilis du cerveau, Pans, 1879.

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