‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 181 sur 263 · TnOUHLES DK SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

TnOUHLES DK SENSIBILITÉ

assigner une solution que nous ne sommes pas en mesure de lui donner scientifiquement.

V. — Troubles de sensibilité; analgésie. — La syphilis secondaire ne lait pas, Messieurs, que surexciter la sensibilité de façon à éveiller des névroses douloureuses. En d'autres cas, et cela d'une façon fréquente, très fréquente, elle l'affecte suivant un mode tout différent, absolument opposé.

Au lieu de phénomènes douloureux, ce qu'elle produit alors, c'est une diminution, une obtusion, voire une abolition complète de la sensibilité.

Et, chose curieuse, lorsqu'elle s'adresse ainsi à la sensibilité pour l'amoindrir ou l'éteindre, c'est dans l'un de ses modes particuliers, la perception de la douleur, qu'elle l'affecte le plus ordinairement, donnant lieu de la sorte à des accidents analgésiques, déterminant une véritable analgésie secondaire.

Ces troubles de sensibilité, à la période secondaire de la diathèse,sont des plus curieux. Ils n'ont pas encore, que je sache, été décrits; ils sont presque ignorés. Il importe, en conséquence, que je vous en fasse l'histoire avec quelques détails, d'autant qu'ils sont presque spéciaux à la femme

Avant tout, établissons l'authenticité de ces troubles par un exemple emprunté à la clinique.

Voyez cette jeune femme. Elle a contracté la syphilis il y a cinq mois environ, et elle en présente aujourd'hui de nombreuses manifestations, à savoir : unesyphilidcpapuleuse, des croûtes du cuir chevelu, des adcnopathics cervicales, un certain degré d'alopécie, des douleurs arthralgiques, de la céphalée vespérine, etc. Je vai> la piquer avec une épingle sur les divers points du corps, et l'ex-

1. Les premiers résultats de mes rcchcrclics sm- les troubles de sensibilité dans la période secondaire ont été publiés en IMîD, dans le tome I des Annales de dermatologie et de syphiligraphie. — Plus lard, un de mes élèves a fait de celte question bsujet de sa dissertation inaugurale. .!c recommande ce dernier travail à Taltcntion de mes lecteurs [Des troubles de la sciviibilité générale dans la période secondaire de la syphilis, et mtamment de l'analgésie syphilitique, par le docteur Moustapha Faïd. Thèses de Paris, 1870).

ANALGÉSIE SECONDAIRE. .VJS

pression de son visage vous dira suffisamment si je détermine ainsi quelque douleur. J'enfonce d'abord l'épingle profondément dans la peau de la main droite; la malade reste impassible. Je traverse de part en part la peau de l'autre main; encore aucun signe de souffrance. J'implante de même l'épingle dans les téguments des avant-bras, des bras, du cou, de la face, du crâne, des cuisses, des jambes, des pieds, delà poitrine, du sein, de l'abdomen, du dos, et partout je constate la même insensibilité à la douleur. Cette femme est donc profondément analgésique, et analgésique sur tous les points de l'enveloppe cutanée.

Or, notez bien ceci : en entrant dans cet hôpital il y a quelques semaines, cette maUde sentait parfaitement la douleur déterminée par l'épingle, comme nous nous en sommes assurés à diverses reprises; elle n'est devenue analgésique que tout récemment, et je puis être facilement prophète en vous annonçant que, dans un temps plus ou moins rapproché, elle aura recouvré complètement sa sensibilité normale.

Donc, cette femme, comme j'espère vous le démontrer parce qui va suivre, est actuellement analgésique par le fait de la syphilis; et, lorsque chez elle'la syphilis, soit par l'effet du temps, soit sous l'influence du traitement spécifique, se sera modifiée, amendée, voiis verrez ce symptôme analgésie s'atténuer et disparaître avec les autres manifestations de la diathèse.

Eh bien, gardez-vous, Messieurs, de considérer comme exceptionnel le phénomène dont vous venez d'être témoins. Déjà je vous ai présenté plusieurs de nos malades affectées de divers troubles de la sensibilité générale, analgésie, anesthésie, diminution du sens de la température, etc. Je vous en montrerai quelques autres encore dans le cours de cette conférence. C'est qu'en effet ces altérations de la sensibilité pendant la période secondaire sont très < communes chez la femme. Constamment ici, dans nos salles, nous en avons plusieurs exemples. J'en ai observé plus de deux cents ( cas depuis cinqans^

C'est l'analogie pathologique qui m'a conduit, ces dernières

1. Depuis l'époque où ces leçons ont ôtc professées, les cas de cet ordre se sont lel- I lement multipliés sous mes yeux que je ne les ai plus comptés. Je puis dire que l'anal- ; gésie est un symptôme banal de syphilis secondaire chez la femme.

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années, à rechercher quel élail l'élat de ki sensibilité générale chez les femmes syphilitiques. Voyant que bon nombre d'intoxications avaient pour résidtat de troubler cette sensibilité à des degrés divers et sous des modes différents, je me suis demandé si le poison syphililique ne déterminait pas de phénomènes semblables. J'ai établi une enquête scrupuleuse sur ce point, et j'ai été stupéfait de constater qu'en effet, sur un très grand nombre de nos malades, la sensibilité était altérée d'une façon très remarquable. Je dis stujjéfait, parce que des phénomènes aussi accentués et aussi facilement saisissables que ceux dont je vais vous entretenir ne me semblaient guère de nature à avoir pu échapper jusqu'ici à l'attention des observateurs. Encouragé par les premiers résultats obtenus, j'ai continué cette étude, et je puis vous donner aujourd'hui comme certain que la syphilis secondaire détermine d'une façon commune chez la femme des troubles divers de la sensibilité générale.

Ces troubles sont variés quant à leur forme. Ils affectent la sensibilité de différentes façons, suivant différents modes.

Tantôt ils ne portent que sur la perception de la douleur, c'està-dire neconsistentqu'en ce qu'on appelle V anal g èsie.Tsmiàl, mais d'une façon bien moins commune, ils intéressent à la fois et le sens des perceptions douloureuses et le sens du tact, de façon à rendre les malades simultanément analgésiques et anesthésiques. D'autres fois encore ils allèrent simultanément le sens de la température.

Première forme : analgésie simple.

L'analgésie simple, isolée, avec conservation de la sensibilité au contact et à la température, constitue la forme la plus habituelle sous laquelle s'observent ces troubles. Tel est, par exemple, le cas delà malade que je vous présentais il n'y a qu'un instant. Cette femme est, comme vous l'avez vu, profondément analgésique. Mais, ne sentant pas la piqûre et n'en souffrant en aucune façon, elle sent très bien le contact de répingie. Lorsque vous la l»iquez sur une région quelconque du corps, elle n'accuse là nucunc douleur, mais elle sent parfaitement, suivant son exprès-

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