‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 188 sur 263 · TROUBLES INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

TROUBLES INTELLECTUELS

A un degré supérieur, plus rare encore que le précédent, celte atonie de l'intelligence dégénère en une véritable torpeur. J'ai eu dans mon service, en l'espace de six années, quatre femmes qui, concurremment avec des accidents spécifiques multiples du système nerveux, présentèrent pour un certain temps des phénomènes très bizarres de dépression cérébrale. Elles étaient comme à moitié stupides. IndifTérentes à ce qui les entourait, ne parlant pas ou ne répondant que d'une façon très brève aux questions qu'on leur adressait, elles gardaient assidûment le lit, dormaient une partie du jour, et auraient dormi constamment, je crois, si on les eût abandonnées à elles-mêmes. On ne parvenait qu'à grand'peine à les faire lever, et, debout, elles étaient encore somnolentes, aussi engourdies moralement que physiquement. On eût dit des malades en incubation de" quelque lésion grave du cerveau, par exemple d'une méningite tuberculeuse. Ces femmes restèrent plusieurs semaines dans ce singulier état de prostration mentale, qui nous alarmait d'autant plus que nous n'avions aucune cause pour l'expliquer. Puis, il se fit en elles un réveil progressif des facultés ; le voile qui semblait obscurcir fintelligence se leva peu à peu, et l'équilibre cérébral se rétablit complètement.

Enfin, en deux autres cas, sur des malades présentant des désordres de ce genre, j'ai vu s'ajouter à la scène précédente quelques phénomènes témoignant d'une véritable perversion des facultés. Les deux malades en question semblaient ne plus avoir qu'une conscience vague de ce qui se passait autour d'elles. Elles étaient dans un état presque continu de demi-sommeil, ne répondant pas ou répondant mal aux questions qu'on leur adressait, prononçant parfois, surtout la nuit, des mots sans suite, s'agitant sans motif, s'habillant et se déshabillant au même instant, prenant un objet pour un autre, incapables de se diriger quand elles se levaient, désordonnées d'allures et d'actions, privées de mémoire, indifférentes, négligées, incultes, etc. L'une urinait dans son verre; l'autre se couchait en travers de son lit; toutes deux paraissaient comme égarées et passaient pour folles aux yeux de leurs compagnes. Ces phénomènes étranges s'étaient produits sans fièvre, sans réaction, sans le moindre symptôme permettant de

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