‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 19 sur 263 · SYPHILIS PAR CONCEPTION · texte numérisé non relu

SYPHILIS PAR CONCEPTION

3° Bien plus important à déterminer serait le dernier mode de contagion dont il me reste à vous entretenir et que j^ai eu l'occasion de signaler incidemment dans notre dernière réunion. Est-il vrai qu'un fœtus, procréé syphilitique par le fait de son père, puisse, dans le sein maternel, transmettre l'infection à sa mère? Est-il vrai, en d'autres termes, qu'une femme saine puisse devenir syphilitique parce qu'elle porte dans son sein un enfant héritier d'une vérole paternelle? Quelques auteurs ont résolu cette question par l'affirmative. D'autres ont nié la possibilité d'une telle transmission. A ne parler que des faits écrits, que trouvons-nous dans la science qui puisse fixer notre jugement? Des observations en certain nombre se résumant toutes à peu près en ceci : « Une femme devient enceinte au contact d'un époux syphilitique et procrée un enfant syphilitique; saine jusqu'alors, elle présente tout à coup, soit pendant sa grossesse, soit quelque temps après son accouchement, des accidents non douteux de syphilis secondaire. » Donc, dit-on, la syphilis de la mère est une conséquence de la syphilis de l'enfant, et la contagion s'est transmise in utero de l'enfant à la mère. Il est possible certes que cette interprétation soit juste, et je suis tout disposéàla bien accueillir, pour ma part; mais que d'objections, que de fins de non-recevoir peuvent lui être adressées ! Est-il bien certain que dans les faits de ce genre la femme ait reçu l'infection de son enfant? N'a-t-elle pu être contagionnéeparson mari? N'a-t-elle pu contracter de ce dernier, soit avant, soit pendant sa grossesse, un accident qui soit resté méconnu? Ne voit-on pas journellement des femmes, en dehors de la gestation, présenter des manifestations secondaires dont l'origine estimpossible à découvrir, etc., etc.? Toutefois, il faut le reconnaître, ce mode de transmission n'a rien d'irrationnel théoriquement, et les observations sur lesquelles il s'appuiô méritent considération. Réservons donc quant à présent tout jugement à son égard. C'est là un point à l'étude, auquel nous ne sommes pas en mesure de donner une solution actuelle

1. Inutile do répéter ce que j'ai dit plus liant (page .30). Depuis l'époque où ces leçons ont été professées, l'expérience a fait mon éducation sur ce point spécial, et je SUIS alisoliiiiient convaincu aujourd'hui de l'indéniable authenticité de celte syphilis transmise iv utero de l'enfant à la mère (syphilis ditc^jflr conception).

SIÈGE DU CHANCriK. 47

Tel est, messieurs, l'étal de la science contemporaine sur les origines de la contagion syphilitique chez la femme.

Cela connu, abordons actuellement une autre question qui n'est, comme vous le verrez, qu'un corollaire de la précédente; je veux parler des locaUsations qu'affecte le chancre dans le sexe féminin.

Négligeant les détails secondaires, je puis vous résumer en trois propositions très simples ce que présente de plus important le sujet que nous allons étudier :

1° Chez la femme comme chez l'homme, le chancre syphilitique peut s'observer sur toute l'étendue du système tégumentaire, cutané ou muqueux, accessible à notre investigation ;

2° Chez la femme comme chez l'homme, le siège le plus habituel du chancre est la région génitale ;

3° Mais, chez la femme bien plus souvent que chez l'homme, le chancre peut être extra-génital ou, en d'autres termes, affecter tel ou tel siège autre que la région sexuelle.

Justifions en quelques mots ces trois propositions.

I. Le chancre, ai-je dit tout d'abord, peut se rencontrer sur toute V étendue de l'enveloppe tégumentaire, cutanée ou muqueuse.

Cela était facile à prévoir théoriquement. Car, si la contagion peut porter partout, sur tous les points de la peau ou des muqueuses accessibles au virus, il est nécessaire que le chancre, qui la traduit là où elle s'exerce, doive s'observer partout, ne connaisse pas d'exclusion possible.

Aussi bien est-ce là ce que démontre la clinique. Ainsi, l'on a rencontré le chancre, chez la femme comme chez l'homme, sur toutes les régions du corps, de la tête aux pieds, si je puis ainsi dire. Non seulement on l'observe d'une façon très commune sur les parties sexuelles et les téguments du voisinage, sur le périnée, sur le mont de Yénus, sur la partie supérieure des cuisses, à l'anus, à la marge de l'anus, aux lèvres buccales, à la langue, etc.; non seulement on le surprend encore assez souvent sur le sein, et de temps à autre sur les doigts, aux gencives, à la face, etc. ; mais de plus on le voit parfois affecter des localisations insolites et surprenantes, telles par exemple que le cou, le tronc, les

membres, les paupières, les amygdales, le palais, l'oreille, l'arl'ière-gorge, etc. !

Cette faculté singulière que possède le chancre de s'accommoder à tout siège, à tout terrain, ressort d'ailleurs des faits de syphilis expérimentale dont je vous ai si souvent entretenus. La lancette a été portée par les inoculateurs sur les points du corps les plus divers, tant chez la femme que chez l'homme; et sur tous les points le chancre s'est développé avec l'ensemble des caractères qui lui sont propres.

Bien vrai donc est le mot de M. Ricord : « Le chancre syphilitique est une graine qui peut germer partout, sur tous les terrains où le hasard la dépose. »

De là, messieurs, ce précepte de pratique : Un cas de syphilis étant donné, si vous avez à en déterminer l'origine, ne vous contentez pas d'explorer les régions où le chancre a coutume de se produire le plus communément, c'est-à-dire les régions génitales. Si vous ne trouvez pas le chancre en ce point, cherchez-le ailleurs, puis ailleurs, puis ailleurs encore, bref cherchez-le partout, car il peut être là où vous soupçonneriez le moins sa présence. — Ce précepte, comme vous le verrez bientôt, trouve surtout son application chez la femme.

II. Second point : Chez la femme comme chez l'homme, le siège lephis habituel du chancre est la région génitale.

Cette proposition ne soulève pas le moindre doute. Elle est la conséquence naturelle et nécessaire de ce que nous avons établi précédemment, à savoir : que, de toutes les sources de la contagion syphilitique, la plus féconde, pour la femme comme pour l'homme, est le commerce vénérien.

A lui seul, donc, le chancre génilal est plus commun que tous les autres dans une proportion considérable. Jugez-en par les quelques chiffres suivants.

Deux statistiques, que j'emprunte à MM. Clerc et Carriei', nous montrent que, sur un total de 238 chancres :

178 siégeaient aux parties génitales ou dans leurs environs;

19 à l'anus;

41 sur divers points éloignés des parties génitales.

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