SYPHILIS VISCÉRALE SECONDAIRE
tenu à me rendre un compte exact du phénomène, et le sphygmographe m'en a fourni les moyens, grâce à ses précieuses indications. Dans ce but j'ai pris à tâche, depuis plusieurs années, de recueillir les tracés sphygmographiques fournis par le pouls de la plupart des malades syphilitiques admises dans mon service. Or ce travail n'a pas été infructueux, je crois, car il m'a conduit à quelques résultats matériellement irréfutables qui me semblent dignes d'un certain intérêt. Réservant encore sur nombre de points les conclusions à tirer de ces recherches, je puis cependant dès ce jour vous donner ceci comme démontré pour moi :
i° Il n'est pas rare (chez la femme du moins) que la syphilis secondaire éveille, en dehors de l'anémie, des troubles circulatoires de divers ordres, troubles qui se traduisent au sphygmographe par des irrégularités très manifestes du pouls radial.
Et, en effet, sur nombre de malades, dont j'ai observé l'état de la circulation depuis le début même de l'accident primitif, du chancre, jusqu'à une époque plus ou moins avancée de l'infection, j'ai vu le pouls, très normal, très régulier tout d'abord, présenter dans la période secondaire, des irrégularités sphygmographiques des plus accentuées.
2° Ces irrégularités secondaires du pouls ne sont jamais que temporaires. Elles ne persistent jamais au delà d'un certain laps de temps, après lequel le pouls revient à sa teneur normale, à son type antérieur.
3° Elles sont essentiellement intermittentes. Si l'on recueille le pouls plusieurs jours de suite ou même plusieurs fois de suite dans la même journée, on constate le plus habituellement des différences très accentuées d'un tracé à un autre. Aujourd'hui le pouls donne un tracé normal; demain il sera irrégulier; après demain il pourra offrir indifféremment un type physiologique ou morbide. Irrégulier ce matin, vous pourrez le trouver d'une régularité parfaite à une autre heure de la journée.
Disons toutefois que, dans les cas bien accentués, la modalité morbide du pouls est assez persistante, assez uniforme dans son irrégularité, pendant un certain temps de la période secondaire.
4° Les irrégularités sphygmographiques du pouls, — remarquez
ceci, Messieurs, — ne se rencontrent pas seulement chez les femmes, dont la circulation est troublée d'une l'açon consciente; elles s'observent aussi parfois en dehors de tout trouble perçu, indépendamment de tout désordre fonctionnel, de tout état de souffrance des organes circulatoires.
Au début de mes recherches, j'avais cru d'abord qu'il n'existait de troubles circulatoires, dans la période secondaire, que chez les malades affectées de palpitations, de dyspnée, d'étouffements ou autres phénomènes de même ordre. L'expérience m'a détrompé- M'étant astreint pendant un certain temps à observer, à l'aide du sphygmographe, l'état de la circulation chez toutes les femmes syphilitiques de mon service, indistinctement, je n'ai pas tardé à reconnaître que le pouls présentait parfois des irrégularités notables chez des malades qui ne se plaignaient de rien et qui même, interrogées avec insistance, affirmaient n'éprouver aucun trouble cardiaque.
Ces irrégularités du pouls ne s'accorapagnant d'aucun phénomène conscient ne sont même pas rares dans la période secondaire, chez la femme du moins, et j'ai eu l'occasion déjà d'en constater de nombreux exemples. Elles n'offrent rien de fixe ni dans leur apparition ni dans leur durée. Tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'elles sont passagères et qu'elles coïncident généralement, soit avec des poussées plus ou moins intenses de syphilis, soit avec des manifestations spécifiques affectant de préférence le système nerveux.
11 n'est donc pas douteux pour moi que la syphihs secondaire puisse produire des troubles circulatoires qui, ne s'accusant par aucun symptôme pénible, restent ignorés des malades et échappent presque nécessairement à l'attention du médecin. Le palper minutieux du pouls ne suffit pas toujours — tant s'en faut — à révéler ces troubles latents, et le sphygmographe est seul capable de les mettre en évidence. C'est là un fait curieux, car il démontre une fois déplus l'influence de la syphilis sur la vie splanchnique à une période de la diathèse où l'on ne supposait pas jusqu'ici que les viscères dussent être affectés.
A l'appui des diverses assertions qui précèdent, je vais faire