‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 222 sur 263 · TROUBLES DE NUTRITION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE NUTRITION

de la mUrilion. C'est en elTcL ce qui a lieu. Les fonctions assimilatrices se trouvant en souffrance, l'équilibre est bientôt rompu, si je puis ainsi parler, entre les recettes et les dépenses de l'organisme. Celles-ci ne sont plus co mpensécs parcelles-là. La réparation devient insuffisante, et de là résulte un ensemble de phénomènes que vous avez déjà pressentis, à savoir : amaigrissement plus ou moins notable ; — perte de poids du corps ; — diminution des 'orces; — modification du teint, qui pâlit, qui perd son éclat ; — alanguisscment et appauvrissement général de l'économie ; — atonie fonctionnelle de tous les systèmes; — suppression des règles ; — chute des cheveux, etc. ; — bref, décadence vitale, altération de la santé, et, à un degré supérieur encore, imminence de dépérissement.

Ces troubles de nutrition, qui comportent tous les degrés, depuis les plus légers jusqu'aux plus graves, s'observent très fréquemment chez la femme, bien plus fréquemment que chez l'homme. Ils sont communs surtout chez les toutes jeunes femmes, qui prennent la vérole à peine nubiles, à peine formées, chez celles de tempérament lymphatique, de constitution atonique et molle, chez celles dont la santé est déjà débilitée par une mauvaise hygiène, par une nourriture insuffisante, par l'irrégularité des habitudes, le défaut de sommeil, les excès, la débauche, etc.

Or, sachez-le bien, Messieurs, ce sont les troubles de nutrition qui rendent lavérole parliculièrement grave chez certaines femmes, grave d'abord par elle-même, par ses dangers propres, grave aussi par ses conséquences indirectes. D'une part, en effet, l'organisme détérioré, épuisé par la vérole, se défend moins contre elle; d'autre part, il résiste m oins soit aux maladies étrangères qui viennent l'assaillir incidemment, soit aux germes morbides qu'il contient en puissance. C'est ainsi que, chez les sujets débilités par la diathèse, certaines affections intercurrentes revêtent parfois une gravité spéciale. C'est ainsi que, pour ces mêmes sujets, la vérole

tiques plus ou moins graves se produire dans la période secondaire ou du moins c oïnridcr, comme début, avec des manifestations d'ordre secondaire. Ces lésions seront mieux à leur place, je pense, dans l'étude de la syphilis hépatique lerliairc. •' • ne fais donc que les signaler ici, me réservant d'en parler tout au long dans la sénr de conférences qui feront suite à celles-ci.

SYPHILIS DÉNUTRITl VES, CONSOMPTI VES. 709

sert parfois, si je puis ainsi parler, d'embranchemcnL à la scrofule, à la chloro-anémie, à la luberculose, au nervosisme, à la dartre, aux étals cachectiques, aux dégénérescences morbides de tout genre. J'ai déjà longuement insisté sur ce point de vue si intéressant, si essentiel en pratique, dans l'une de nos précédentes réunions * ; je ne fais plus que vous le rappeler aujourd'hui.

La débilitation syphilitique, résultant de troubles apportés par la diathèse dans les fonctions assimilatrices, n'est habituellement que transitoire. Elle dure plusieurs mois en moyenne, puis s'évanouit. L'appétit renaît alors, les digestions se rétablissent, le teint se ranime, l'amaigrissement se répare, les forces reprennent leur taux normal. Bref, c'est un orage passé, après lequel l'économie revient à son état antérieur.

Mais en d'autres cas, qui sont loin d'être rares chez la femme, les choses ne se passent pas aussi heureusement. L'atonie nutritive se prolonge, et se prolonge pendant un laps de temps souvent considérable, huit, dix, douze, quinze mois, voire parfois davantage. De là résulte, bien entendu, un amaigrissement marqué, un affaiblissement excessif, un état de langueur continue, une détérioration véritable de l'organisme. En général, alors, ces troubles nutritifs se montrent singulièrement rebelles, et l'on n'arrive que difficilement à les modifier. On a beau mettre en œuvre les agents les mieux éprouvés de la médication tonique, souvent on ne parvient pas de longtemps à reconstituer les malades affectées de la sorte, à les relever de l'espèce de dépression vitale que leur a imprimée la diathèse.

Aussi, très positivement, la vérole aboutit-elle en nombre de cas à ruiner la santé de certaines femmes, et cela pour plusieurs années. Il est des malades que, sans exagération, elle change du tout au tout, qu'elle transfigure, qu'elle étiole, qu'elle vieilht avant l'âge. — Exemple : Je donne mes soins depuis longtemps à une jeune femme qui, il y a cinq ans environ, contracta la syphilis. L'accident initial fut un tout petit chancre qui guérit en trois semaines. Plus tard, se développèrent quelques syphilides cutanées et

\ . Voy. neuvième leçon, p. 252 et suivantes.

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muqueuses, do forme superficielle et bénigne. En revanche, dès les premiers temps de la maladie et avant même que le traitement •spécifique eût été institué (j'ai besoin de préciser cela pour les adversaires du mercure, qui ne manqueraient pas d'attribuer à ce remède les accidents dont je vais vous parler), des troubles nutritifs assez -sérieux se produisirent. La malade commença à perdre l'appétit et à pâlir. A plusieurs reprises, elle éprouva de véritables crises d'anorexie, pendant lesquelles aucun aliment n'était accepté par l'estomac; dans l'une de ces crises même, elle resta trois semaines sans presque rien manger. Peu à peu elle en arriva à cet état de' langTieur générale, dechloro-anémie, d'asthénie fonctionnë^\e,' û& dénutrition, de vitalité défaillante, que je vous décrivais il y a quelques instants sous le nom de débilitation syphilitique. Rien ne fut négligé, je vous l'assure, pour modifier cet état. Huile de foie de morue, fer, bains sulfureux, toniques de loutgenre, habitation à la campagne, séjour au bord de la mer, hydrothérapie, ôqTi'itation, massage, etc., etc., tout fut mis en œuvre, maispresquc muti}ement, pe7iclant jjIus de trois ans. Aujourd'hui, il est vrai, cette malade est mieux; elle mange, elle digère, elle a repris quelques forces; elle est sur la voie, assurément, d'un rétablissement prochain; mais combien elle est changée de ce qu'elle était autrefois! Assez grasse jadis, rosée de teint, bien portante, vive d'allure et d'humeur, elle est encore — même actuellement — chétive, maigre, pâle, languissante, abattue, attristée, « éteinte », suivant sa propre expression : « Je ne me reconnais plus moi-même, m'écrivait-elle récemment, et les gens qui ne m'auraient pas vue depuis cinq ans ne me reconnaîtraient certes pas... Cependant je vais bien... Mais comment cette maladie a-t-elle pu me changer de la sorte? Je ne suis plus que V ombre de moi-même, etc. »

C'est là en effet, je vous le répète, Messieurs, ce que fait parfois la' vérole sur certaines femmes. Elle ne se borne pas à les affliger de douleurs, d'exanthèmes, de symptômes extérieurs. Souvent elle les attaque dam leur vie splanchniqite, dans leurs fonctions nutritives; et, par l'intermédiaire des troubles qu'elle excite vers le svstème assimilateur, elle aboutit alors à miner sourdement les principes de la vie, à débiliter l'organisme, à transformer findividu, à lui conférer, si je puis ainsi dire, un tempérament nou-

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