NÉVRALGIE UTÉRINE. —TROUBLES MENSTRUELS. 71'J
phénomène de la chloro-anémie ou de l'éréthisme nerveux secondaire.
Quoi qu'il en soit de cette interprétation, toujours est-il que certaines femmes syphilitiques, qui jamais au préalable n'avaient souffert de l'utérus, accusent tout à coup, dans le cours de la période secondaire, des douleurs utérines plus ou moins vives, rappelant tout à fait par l'ensemble de leurs caractères Vhysléralgie commune. Ce sont des douleurs continues, exacerbantes, partant d'un point fixe que les malades localisent très bien dans la région médiane et inférieure du ventre, s'exaspérant par la marche, devenant surtout très vives par le toucher du col, s'irradiant vers les lombes, le sacrum, les cuisses, redoublant d'intensité au moment des règles, etc. Aucune lésion ne venant d'ailleurs rendre compte de tels phénomènes, force est bien de les considérer comme purement névralgiques et d'en faire une névrose utérine.
Quant à la connexion de celte névrose avec la syphilis, elle ressort des conditions mêmes où se sont produits les accidents, comme aussi des symptômes contemporains. Quoi d'étonnant, d'ailleurs, à ce qu'une manifestation de cet ordre dérive d'une influence diathésique? Chacun sait, d'une part, quelle impressionnabilité singulière acquiert le système utérin chez les femmes chloro-anémiques ou débilitées par une raison quelconque; et, d'autre part, je n'ai plus à vous dire quel éréthisme morbide la syphilis imprime souvent à tout l'organisme féminin.
III. — En troisième lieu, je vous signalerai, Messieurs, les troubles menstruels de la période secondaire.
Déterminer l'influence de la syphilis sur la menstruation constitue, certes, un problème des plus délicats. Il est souvent très difficile, en effet, de démêler ce qui revient à l'action propre de la diathèse au milieu des causes multiples et variées qui, chez toutes les femmes et chez nos malades de cet hôpital en particulier, peuvent modifier le cours des règles : causes générales dérivant de la constitution, du tempérament, de la santé habituelle, de l'anémie, de lachlorose, des influences professionnelles, etc.; — causes locales relevant de l'état utérin, des excitations génitales, de la dé-
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bauche, des habitudes vicieuses, etc.,elc. ; — sans parler encore de ces idiosyncrasies singulières qui souvent impriment aux règles telle ou telle modalité anomale.
J'ai tenté cependant d'élucider la question. Pour me tenir en garde le mieux possible contre toute chance d'erreur, je me suis astreint h ne prendre comme sujets d'observation que les femmes dont leS' règles avaient été parfaitement régulières jusqu'à l'époque de leur maladie, et celles qui, séjournant un certain nombre de mois à l'hôpital, se trouvaient nécessairement soustraites aux excitations de la vie extérieure. Procédant de la sorte et réunissant âmes observations d'hôpital celles que j'avais pu recueillir en ville dans des conditions meilleures, je crois être arrivé à quelques résultats qui me paraissent entourés de certaines garanties d'exactitude.
Ces résultats, je vais. Messieurs, vous les formuler tout d'abord, me réservant de les légitimer par une discussion subséquente.
1° Sur le plus grand nombre des femmes, la syphilis, dans ses formes habituelles, c'est-à-dire dans ses formes légères ou moyennes, ne trouble pas sensiblement les règles.
2° Sur quelques malades toutefois, même dans ses formes communes, elle détermine certains troubles bien manifestes; — et, de ces troubles, les plus habituels consistent en retards, irrégularités, appauvrissement, suppression plus ou moins complète du flux menstruel.
3° Si les troubles menstruels sont assez rares dans les syphilis de gravité moyenne, ils deviennent au contraire fréquents et intenses dans la plupart des cas où la maladie prend une gravité supérieure et revêt, dès la période secondaire, la forme que nous avons qualifiée de viscérale.
Quelques développements.
I. — La première despropositions qui précèdentn'estguèrc sujette à contestation. Chez le plus grand nombre de nos malades, simplement éprouvées par des manifestations légères et superficielles, nous avons noté que la menstruation n'était pas sensiblement troublée, ne semblait même en aucune façon inlluencée par l.i diatlièse. — Inutile de citer, à ce point de vue, des observations
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juslificalives. C'est là un fait banal qui ressort de la pratique journalière.
II En revanche, il est certaines malades chez lesquelles la
syphilis, même dans ses formes légères ou moyennes, détermine des troubles menstruels d'intensité variable. Les plus fréquents de ces troubles consistent en ceci : retards et irrégularilés des règles.
Telle femme, par exemple, très exactement réglée tous les vingthuit jours, devient syphilitique. Dès le sixième mois de l'infection, ses règles retardent, c'est-à-dire n'apparaissent plus que toutes les six semaines, toutes les sept semaines, tous les deuxmois.
Telle autre, tout aussi ponctuellement menstruée avant de contracter la syphilis, n'a plus, dès qu'elle est sous le coup de la diathèse, que des règles très irrégulières, se manifestant à des intervalles de 18, 21, 35, 44, M, 52 et 65 jours, etc.
Et ainsi de cent autres exemples analogues, qu'il serait, je crois, superflu de citer.
En certains cas plus rares, les troubles de menstruation s'accentuent davantage. Les règles alors se suppriment complètement, et cela pour une période plus ou moins longue, pour deux mois pour trois mois, voire pour cinq mois et plus. Dans ces conditions, c'est à une véritable aménorrhée syphilitique que l'on a affaire.
Je n'aurais pas été conduit par l'observation à constater cette aménorrhée spécifique qu'une remarque indirecte me l'eût fait reconnaître. C'est une particularité fréquente, en effet, que les femmes syphilitiques se croient enceintes sans raison. Maintes et maintes fois il m'est arrivé d'être consulté par mes malades au sujet de prétendues grossesses que rendait probables à leurs yeux une suppression de règles plus ou moins prolongée. Or, examen fait, la plupart de ces femmes n'étaient pas enceintes; elles étaient simplement aménorrhéiques,et aménorrhéiques de par la syphilis. L'une d'entre elles, guérie actuellement, me disait ces derniers jours qu'elle « ayait passé quinze mois de sa vérole h se croire enceinte à tout moment. »
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En môme temps que les règles se troublent au point de vue de la i)ériodicité, il n'est pas rare qu'elles s'appauvrissent. D'abord, elles diminuent comme durée. La plupart des malades auxquelles j'ai fait allusion précédemment, au lieu d'avoir leurs menstrues pendant 4, 5 ou 6 jours, ne perdaient plus que 3 jours, 2 jours, vingt-quatre heures, quelques heures même en certains cas. Parfois aussile flux menstruel, au lieu de se produire d'une façon continue et égale, procède par poussées intermittentes, c'est-à-dire apparaît et disparaît plusieurs fois de suite pendant quelques jours, et cela delà façon la plus irrégulière. — En second lieu, les règles s'appauvrissent comme quantité de sang perdu. Les malades s'en aperçoivent et s'en étonnent. Elles vous disent « perdre beaucoup moins que d'habitude, la moitié, le tiers, le quart de ce qu'elles perdaient auparavant Quelques-unes en arrivent à ne plus avoir besoin de se garnir, à lâcher à peine leur linge, etc., et ce qu'elles appellent « leurs règles » est moins du sang véritable que de la sérosité rosée, à peine sanguinolente.
Parfois encore (mais cela est plus rare), à plusieurs suppressions consécutives succèdent des hémorrhagies plus ou moins abondantes, qu'on pourrait presque qualifier de métrorrhagies. Ces métrorrhagies, généralement accompagnées de coliques et de névralgies utérines, ne laissent pas de fatiguer les malades, dont elles contribuent à accroître l'état anémique.
Il n'est pas douteux, Messieurs, que les divers troubles menstruels dont je viens de parler ne soient, dans la plupart des cas, une conséquence de l'influence générale exercée par la dialhèse sur l'économie. Le plus souventen effet il existe entre ces troubles et l'état de santé des femmes syphilitiques une relation intime qu'un clinicien attentif ne saurait méconnaître. La syphilis ayant pour résultat assez habituel, chez les femmes spécialement, d'aflaiblir et d'anémier l'organisme, rien de plus naturel que, dans ces conditions, les règles se troublent, s'appauvrissent el lînisscnt même par se tarir provisoirement. Ce ne sont là, comme ont le sait, que des phénomènes communs à toutes les anémies, à toutes les déglobulisations du sang, quelles qu'en soient d'ailleurs l'origine et la nature.
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Mais ce qui n'est pas moins intéressant à préciser, c'est qu'en d'autres cas de semblables troubles menstruels se manifestent et affectent même une intensité notable sans être provoqués par un état de souffrance générale de l'économie. J'en ai vu de ce genre chez des femmes syphilitiques dont la santé ne paraissait pas sensiblement altérée. J'ai plus d'une fois observé par exemple — et cela non sans étonnement — des retards et des aménorrhées rebelles chez des malades qai ne semblaient en rien anémiques, qui ne présentaient ni l'habitus extérieur ni les signes stéthoscopiques de l'anémie. Il serait donc exagéré, je crois, de rapporter exclusivement à l'anémie les troubles menstruels de la période secondaire; ces troubles en quelques cas semblent très positivement constituer une expression directe, un effet immédiat de la dialhèse.
III. — J'ai dit en troisième lieu: Si les troubles menstruels sont assez rares dans les syphilis d'intensité moyenne, ils deviennent tout au contraire communs, habituels même, dans la plupart des cas où la maladie prend une certaine gravité et revêt la forme que nous avons appelée viscérale.
Cela encore est incontestable, et sur ce point il n'est pas de désaccord possible. Toutes les fois que la syphilis devient grave, elle trouble les règles. Elle commence par les retarder, les appauvrir, les rendre irrégulières; plus tard, elle les suspend pour des laps de temps de plus en plus considérables ; finalement elle les supprime.
Deux exemples. — Au n° 1 de notre salle Saint-Clément, vous verrez couchée une jeune femme qu'une syphilis des plus graves a conduite presque au seuil de la cachexie. Or, cette femme n'a eu que deux fois ses règles depuis onze mois, à savoir : une première fois il y a dix mois, et une seconde six semaines plus tard. Encore ces deux dernières menstruations ont-elles été si pauvres, qu'elles méritent à peine le nom de règles; le sang n'a coulé que quelques heures, au dire de la malade, et n'a pas fait sur le linge une tache plus grande que « le creux de la main ».
Dans la même salle Saint-Clément vous pourrez observer aussi