FONCTIONS DE REPRODUCTION
la malade dont je vous ai parlé précédemment comme convalescente d'une cachexie syphilitique. Cette femme a revu ses règles pour la première fois il y a quinze jours, après une suppression qui n'a pas duré moins de treize mois.
IV. — Mais c'est surtout, Messieurs, au point de vue des fonctions de reproduction que le système utérin offre, dans la période secondaire, des troubles dignes de l'attention la plus sérieu'^e. De nombreuses questions, toutes éminemment pratiques, vont se présenter ici à notre élude.
Tout d'abord, quelle est l'influence de la syphilis secondaire sur la faculté de conception?
On a prétendu que la syphilis peut produire la stérilité. Certains médecins ont avancé que, du fait seul de la vérole, la femme devient parfois impropre k la fécondation. A l'appui de ce dire on a cité quelques observations se résumant en ceci : une femme veste stérile pendant plusieurs années ; on recherche la cause de cette stérilité, et l'on ne trouve, après mûr examen, que la vérole à incriminer. Un traitement spécifique est alors prescrit, et, consécutivement, la femme devient grosse. — Je n'insisterai pas sur ce que de tels faits présentent de vague et de controversable; car vous avez déjà pressenti les objections nombreuses qu'on est en droit de leur adresser. De l'aveu général, les conditions d'où résulte l'aptitude ou l'inaptitude à la reproduction ne sont encore que très imparfaitement connues. Et d'ailleurs, s'il arrive qu'une fsmme syphilitique ne devienne enceinte qu'après avoir suivi un traitement spécifique, cela démontre-l-il qu'avant ce traitement elle était stérile de par la syphilis et qu'elle serait restée stérile sans le mercure?
Il se peut assurément qu'en vertu de certaines lésions ou même par une simple influence dynamique la vérole rende certaines femmes infécondes. Mais si cela est, cela en tout cas doit être bien rare, bien exceptionnel même. Car les femmes syphililiqucs enceintes abondent et surabondent. Nous en avons toujours une
(JllOSSKS.SK. 725
dcrili-doiiz.'line au moins dans nos salles d'une façon permanente. El, d'autre part, si la syphilis était une cause de stérilité, rencon- Ircrions-nous tant et tant de malheureux nourrissons syphilitiques, héritiers de la vérole de leurs mères?
Passons donc sur ce premier point, pour aborder une question bien autrement digne d'intérêt.
Quelle influence exerce la syphilis sur la grossesse?
Il est positif que, chez un certain nombre de femmes syphilitiques, la |>rossesse évolue sans incident spécial. Elle est alors, ou peu s'en faut, ce qu'elle serait à l'état sain.
Malheureusement, les choses sont bien loin de se passer toujours ainsi, et pour la plupart, pour l'immense majorité des femmes (je parle ici de malades à la période secondaire et de malades non traitées ou insuffisament traitées), la grossesse est l'occasion d'une série de troubles et d'accidents plus ou moins sérieux, plus ou moins graves.
Localement, d'abord, la grossesse prédispose la région génitale à des poussées de syphilides muqueuses qui prennent, je ne dirai pas une gravité, mais une importance particulière, en raison même des conditions physiologiques que confère la gestation à tout l'appareil génital. L'état congestif anormal de la vulve est pour ces accidents une cause d'appel et d'entretien. — Les papules muqueuses, par exemple, ne se bornent pas à être très communes chez les femmes enceintes; elles se développent sur elles avec une exubérance singulière, prennent rapidement la forme bourgeonnante, végétante, hypertrophique, et arrivent souvent à constituer de nombreuses tumeurs qui envahissent et déforment toute la vulve. De plus, elles sont toujours rebelles, bien plus rebelles que d'habitude, et se résorbent plus difficilement, plus lentement qu'elles n'ont coutume de le faire en toute autre circonstance. — •De même, et pour une raison identique, les syphilides de forme ulcéreuse sont assez fréquentes chez les femmes grosses. Livides, violacées, creuses et rendues plus creuses encore par la turgescence vasculaire des parties, elles persistent en général plus ou moins longtemps et tendent souvent à progresser. On a même
parfois toutes les peines du monde à en obtenir la cicatrisation avant l'accouchement
En second lieu, les conditions générales qu'importe la grossesse dans l'organisme forment un appoint singulièrement défavorable à la diathèse. Elles deviennent, en nombre de cas, l'occasion de troubles qui, sans elles, ne se seraient pas produits, qui tout au moins auraient eu chance de ne pas se produire. La grossesse, assuré-ment, complique la vérole. Elle la complique en lui ajoutant son anémie propre, son influence débilitante, sa disposition aux névroses, ses troubles dénutrition, etc. Aussi, beaucoup de femmes syphilitiques, qui conservaient une santé moyenne ou passable tant qu'elles n'étaient que syphilitiques, voient-elles leur état général péricliter dès qu'à la syphilis s'adjoint une grossesse. Elles deviennent alors pâles, chlorotiques, hydrohémiques, faibles, alanguies, nerveuses, maladives en un mot (peut-être même vaudrait-il mieux dire malades). La syphilis a beau jeu, en pareille occurrence, pour donner carrière à ses manifestations propres, et elle ne s'en fait guère faute le plus souvent. C'est ainsi que, sous la double influence de la syphilis et de la grossesse, certaines femmes sont affligées parfois de symptômes aussi multiples que variés et, plus spécialement encore, de symptômes d'ordre splanchnique : asthénie fonctionnelle générale; — langueur digestive, inappétence, troubles dyspeptiques, vomissements ; — palpitations, intermittences cardiaques; — accès fébriles, ou bien fièvre continue paroxystique, quelquefois assez intense pour mériter le nom de typhose ; — accidents nerveux, tels que céphalée, névralgies, insomnies, vapeurs, algidités périphériques, spasmes musculaires, névroses convulsives, etc. ; — douleurs diverses, variables de -siège et de nature, et spécialement douleurs abdominales mal définies, vagues ; — hystéralgie avec irradiations lombaires, pelviennes, inguinales, etc.
En un mot, il est bon nombre de femmes syphilitiques qui ont
1. Voy. Jules Morct.Dcs manifeslations syphilitiques chez la femme enceinte et les nouvelles accouchées (Thèses de Paris, 1875). — Jean Ccrnalcsco, De la marche et de la durée du chancre syphilitique et des syphilides vulvaires pendant le cours de la gestation, (Thèses de Paris, 1875). — Etc, etc.