AVORTEMENTS MULTIPLES
L'expérience est acquise de longue date sur cepoiaL Des centaines d'exemples consignés dans la science démontrent d'une façon péremptoire l'influence puissante de la médication antidiathésique
sessc ? Est-ce qu'il ne va pas ajouter son action anémiante propre, spéciale, à
l'anémie, à l'hyilroliémie de la grossesse? — Et surtout, danger capital, ue court-il pas risque de provoquer l'avortement ? Car on voit d'une façon journalière l'avortement se produire sur des femmes sypliilitiques traitées par le mercure. Etc, etc.. «
» A tout cela. Messieurs, notre réponse sera aussi formelle, aussi catégorique que possible.
» Oui, sans doute, dirons-nous, le mercure mal administré serait passible de telles objections. Oui, sans doute, avec le mercure donné sous de certaines formes ou à de certaines doses, nous pourrions produire les accidents précités, c'est-à-dire exaspérer les troubles gastriques, accroître l'anémie, voire à la rigueur favoriser ou déterminer l'avortement. Mais là n'est pas la question, et nous n'avons en rien à nous préoccuper des résultats possibles de l'usage toxique ou de l'abus du mercure. Ce qui seulement se trouve en cause ici, c'est une administration sagace et prudente du mercure comme remède, c'est un traitement mercuriel approprié aux forces et aux conditions spéciales de la malade. Or, non seulement un traitement de ce genre, méthodiquement institué et surveillé, restera innocent des dangers qu'on lui suppose, mais encore il constituera en l'espèce le meilleur et le plus sûr moyen dont nous disposions pour mener à terme la grossesse et sauvegarder le fœtus.
» D'ailleurs, entrons dans les détails et discutons point par point les diverses objections qui précèdent. La chose en vaut la peine, puisque l'existence d'un enfant se trouve en jeu ici et dépend de l'intervention ou de la non-intervention médicale.
» 1. — D'abord, en ce qui regarde les troubles gastriques, l'expérience démontre que nous pouvons les éviter facilement. Nous nous garderons d'administrer à nos malades le sublimé, le biiodure, le sirop de Gibert, ou toute autre préparation analogue mal tolérée par les femmes en général, mal tolérée surtout par les femmes en état de grossesse. Nous aurons soin de prescrire d'autres composés mercuriels qui ne risquent pas d'offenser au même degré les fonctions digeslives. Nous prescrirons par exemple le protoiodure, remède plus doux, qui à dose moyenne de cinq à huit ou même dix centigrammes par jour, est habituellement bien accepté par l'estomac. D'une façon courante, journalière, nous administrons ici le protoiodure à nos femmes syphilitiques en état de grossesse, et, neuf fois sur dix, nous le voyons rester inoffensif sur les fonctions gastro-intestinales. Détermine-t-il par exception quelque malaise, quelque désordre gastrique ou intestinal, nous arrivons presque toujours à le faire tolérer par un expédient quelconque, soit en le donnant avant les repas ou dans le cours des repas, soit en lui associant une petite dose d'opium, soit en prescrivant quelque adjuvant digestif, tel que le vin de quinquina, le vin de gentiane, le café, etc.
» Que si, d'ailleurs, l'estomac se montrait rebelle à ce remède, que si des troubles gastriques ou intestinaux venaient à être déterminés par lui, resterait toujours une ressource pour faire bénéficier la malade de l'influence mercurielle sans nuire aux fonctions digestives. Cette ressource, vous l'avez désignée d'avance : c'est le recours aux friclions mer cur telles, mode de traitement dont l'énergique action n'est plus à démontrer d'une façon générale et qui a été vivement préconisé d'une façon spéciale par quelques médecins, comme particulièrement favorable aux femmes syphilitiques en état de gestation.
» II. — La seconde objection est toute théorique. Jamais, pour ma part, je n'ai vu l'anémie de la grossesse s'accroître sous l'influence d'un traitement mercuriel sagement conduit. Et, quant à l'anémie spéciale de la syphilis, il est actuellement bien
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sur la terminaison de la grossesse dans la syphilis. Inutile même, je crois, d'ajouter à celte collection de faits ceux que pourrait me fournir mon observation personnelle,
démontré qu'elle a son vérilaLle remède dans le mercure. On a dit avec toute raison qu'au point de vue des phénomènes d'anémie spécifique « le mercure est le fer de la vérole ».
» m. — Enfin, il est absolument faux que le mercure favorise l'avortement dans la sypliilis, comme le redoutent certains médecins.
I) De ce qu'il n'est pas rare de voir des femmes syphilitiques avorter dans le cours ou à la suite d'un traitement mercuriel, on a induit qu'en pareil cas ravortement est imputable au mercure. L'induction, en vérité, n'est rien moins que très illégitime ; elle est môme, dirai-je, dénuée de tout fondement, car elle néglige, elle met hors de cause un facteur plus qu'essentiel en Tespèce, à savoir, la maladie même, la svphilis. Elle attribue au traitement ce qui est un résultat de la maladie. Inutile, en effet, de vous rappeler que la syphilis constitue une prédisposition des plus puissantes à l'avortement: il est même peu d'états morbides qui lui soient comparables à ce point de vue et qui fournissent un contingent au:.;si considérable à la sommé totale des avortements. Aussi bien, lorsqu'une femme syphilitique soumise au traitement mercuriel vient à faire une fausse couche, est-on autorisé à rapporter cette fausse couche non pas à l'influence du mercure, mais à la seule influence de la diatbèse spécifique.
il De cela voulez-vous la preuve ? Cette preuve, nous la trouvons dans ces dcu.\ résultats de l'expérience clinique, à savoir :
» l» Que quantité de femmes syphilitiques avortent sans avoir pris un atome de mercure. Ce premier fait est banal à force d'être fréquent.
» 2" Que nombre de femmes syphilitiques qui, laissées sans traitement, ont fait une série de fausses couches, n'aboutissent à mener une grossesse à bon terme qu'après a\oir subi un traitement mercuriel. C'est là un point sur lequel j'ai déjà insisté longuement dans ce qui précède et qu'il suffira, je pense, d'énoncer à nouveau sans i)lus amples iléveloppemcnts.
B Aussi l'opinion qui considère le mercure comme une cause d'avortement dans la syphilis ne saurait-elle prévaloir contre ce que j'appellerai l'évidence clinique, c'està-dire contre la masse imposante de faits cliniques qui, recueillis de toutes parts, relatés par des observateurs exerçant leur art sur les théâtres les plus diflercnts, s'accordent tous néanmoins, non pas seulement à disculper le mercure de cette accusation spéciale, mais encore à le présenter comme la meilleure sauvegarde que nous possédions contre les tendances abortives de la syphilis. Cette opinion, je la condamne énergiquement pour ma part ; je n'hésite même pas à la ([ualilicr de désastreuse en l'espèce, car elle a pour conséquence logique de priver du bénéfice d'un remède puissant les femmes syphilitiques en état de gestation, ce qui réalise le plus sùr moyen de les condamner aux chances probables de l'avortement.
» Au reste, à de très rares exceptions près, l'accord est fait aujourd'hui sur la question ; et, sans insister davantage, je résumerai ce qu'on peut appeler l'état actuel de la science relativement au sujet qui nous occupe, en formulant les deux propositions suivantes :
ni" Le mercure n'empêche pas toujours l'avortement de se produire chez les fennno? syphilitiques; mais rien ne démontre qu'il y contribue jamais, alors du moins qu'il est administn; à doses thérapeutiques, non excessives, non toxiques;
» 2" D'une façon très évidente, il réussit souvent à prévenir l'avortement, à prolonger la grossesse, à la conduire jusqu'à son terme normal.
» Donc, alors ([uc nous rencontrerons dans la pratique une femme syphilitique en état