AVORTE MENTS MULTIPLES
une quinzaine. Or, en remontant dans les commémoratifs, nous avons recueilli, relativement à la question qui nous occupe actuellement, les très intéressantes particularités que je vais vous transmettre.
Cette femme s*est mariée à dix-ueul' ans. Grande, vigoureuse, bien portante, elle a commencé par avoir trois « superbes enfants » (ce sont ses propres expressions). Ces trois enfants sont venus à /mne. Deux sont vivants et jouissent d'une excellente santé; le troisième est mort en nourrice et paraît n'avoir succombé qu'à une maladie incidente de forme aiguë.
Après ses trois premières couches, cette femme a contracté la syphilis du fait de son mari. Inutile d'entrer dans le détail des divers accidents qu'elle a éprouvés ; je me bornerai à vous dire que ces accidents ont été nombreux, très nombreux, assez sérieux même pour quelques-uns, et toujours insuffisamment traités.
Depuis lors, cette femme estdevenue enceinte sept fois. Or, quelle a été la terminaison des sept grossesses postérieures à la contagion? La chose est curieuse et lugubre. Jugez-en.
Première grossesse (après la contagion) : avortement au cinquième mois.
Seconde grossesse : accouchement prématuré, à sept mois et demi. L'enfant, très chétif, rabougri, « sorte de petit vieux », meurt à quinze jours.
Troisième grossesse : accouchement « presque à terme » d'un enfant mort-né.
Quatrième grossesse : accouchement prématuré à sept mois ou sept mois et demi. — Enfant mori-ne,ayantle corps couvert détaches.
Cinquième grossesse : accouchement prématuré d'un enfant mort.
Sixième grossesse : avortement à trois mois et demi.
Septième grossesse : avortement à six semaines environ.
Résumé : dix grossesses, dont trcis antérieures et sept postérieures à la contamination syphilitique. — Les trois premières se terminent à terme et donnent des enfants bien portants ; — les sept autres aboutissent à quatre accouchements 2Jyématurés et trois avortements\f
1. Voyez la relation in extenso de ce fail curieux clans l'une de mes récentes publica-
Quel fait plus inslructif, quel lémoignage plus probant à l'appui du pouvoir abortif de la vérole?
Eh bien ! Messieurs, les cas d'avorlements multiples d'origine syphilitique ne sont pas rares. Ils se présentent tout au contraire avec une certaine fréquence. Tant à l'hôpital qu'en ville j'en ai déjà observé près d'une quarantaine pour ma seule part.
De tels faits, vous le concevez sans peine, comportent un intérêt pratique considérable. C'est qu'en effet, Messieurs, la tendance à l'avortement est justiciable de Vart, alors qu'elle dérive d'une influence syphilitique. Cette tendance, cette disposition morbide, il dépend de l'art de la corriger, de l'atténuer, de la supprimer. L'art la domine, en un mot. Soumettez à un traitement spécifique telle femme qui, une ou plusieurs fois, a avorté de par la syphilis, et vous aurez toutes chances pour que cette femme, devenant enceinte derechef, accouche à terme, accouche d'un enfant vivant et sain'.
lions {Syphilis et mariage, leçons professées à l'hôpital Saint-Louis, Paris, 1880; Pièces justificatives, note II, p. 243).
D'autres faits analogues se trouvent cités dans ce même ouvrage, tels que les deux suivants :
j Une dame de mes clientes, jeune, bien constituée, contracte la syphilis de son mari dans les premiers temps de son mariage. Elle devient enceinte quatre fois en trois ans, et avorte quatre fois.
« Une de nos malades actuelles de l'hôpital Saint-Louis a reçu, il y a quelques années, la sypiiilis de son mari. Depuis lors, elle est devenue enceinte sur fois; or, elle aavorlé six fois dans les trois, quatre ou cinq premiers mois de ses grossesses. »
Et ainsi de tant et tant d'autres cas que je pourrais produire.
1. Ce sujet comporte en pratique une importance considérable. Je l'ai longuement discuté dans mon livre sur la si/philis et le mariage, en m'atlachant à combattre les objections opposées à la seule règle de conduite qui puisse sauvegarder en pareil cas la mère et l'enfant. Qu'il me soit permis de reproduire ici un des chapitres de l'ouvrage auquel je viens de faire allusion. Peut-être les jeunes praticiens y trouverontils quelques utiles enseignements.
«... En semblable occurrence, traiter la. mère est Tindication capitale qui se présente à rcm])lir,
» Eh bien ! Messieurs, celle indication si simple, si rationnelle, cl d'ailleurs <i complètement légitimée par l'expérience, n'allez pas croire qu'elle soit acceptée de tous. Elle a soulevé des objections, elle a donné lieu à des controverses, qui récemment encore agitaient l'une de nos sociétés savantes.
»Ona dit : « Quoi! Cette femme enceinte, vous allez la traiter, et la traiter comment? Vous allez lui prescrire du mercure? Mais ce mercure, no craignez-vous pas (|u'à des titres divers il ne lui devienne singiilièromenl préjudiciable '.' Est-ce que d'abord il ne va pas augmenter, coinpli(iuer les troubles gastriques de la gros-