CHANCRES GÉNITAUX
chancre de la fourchette et avant ceux du clitoris, de l'entrée du vagin, du méat, de l'urètre, etc.
D'après moi, donc, le chancre utérin est un chancre bien plus commun qu'on ne le suppose généralement. S'il n'est pas d'observation journalière, comme celui des grandes ou des petites lèvres, il se rencontre du moins avec une certaine fréquence. Il ne se passe guère de trimestre où nous n'en ayons au moins un exemple dans nos salles. Dès aujourd'hui je vous en montrerai deux cas à la fin de cette conférence.
Et j'ajoute : la fréquence réelle de ce chaiicre est certainement bien supérieure à sa fréquence apparente. Sans aucun doute, en effet, c'est là une lésion qui doit passer inaperçue en un très grand nombre de cas, et cela pour deux ordres de raisons que voici : parce que d'abord elle n'est ni visible, ni sensible pour la femme, parce qu'elle ne détermine aucune souffrance et qu'elle ne donne l'éveil par aucun symptôme; — parce qu'en second lieu, comme je vous le dirai plus tard, elle a pour caractère de se modifier spontanément et de guérir spontanément avec une rapidité merveilleuse. Il faut, pour la constater, arriver juste à point et la surprendre dans sa courte période d'existence; sinon, ou bien elle n'a plus déjà de caractères suffisants pour permettre de la reconnaître, ou bien même c'en est fait, déjà elle n'existe plus.
Second point. Un fait a dû vous surprendre, messieurs. En vous énumérant les localisations si multiples et si diverses dont est susceptible le chancre, je ne vous ai pas encore parlé du vagin. C'est qu'en elTet, de l'aveu de tous les observateurs, le chancre du vagin (j'entends du vagin proprement dit) est excessivement rare, voire tout à fait exceptionnel. Jetez les yeux, pour vous en convaincre, sur le tableau qui résume nos observations. Sur un total de 249 chancres vous ne trouvez mentionné qu'un seul cas de chancre vaginal. Encore ce cas nous a-t-il paru assez suspect, assez incertain, pour que nous l'ayons marqué d'un point de doute *.
1. Do, nirme fl.'ins la stalisfique dn M. Clerc il n'est pas fait mention fl'un senl cas de chancre vajiinal. — Le relevé de M. Carrier signale 12 chancres de l'e/iiree du vagin, mais pas un seul chancre des portions moyenne ou supérieure de cet organe.
CUANCr.E DU VAGIN. 55
Cela n'est-il pus extraordinaire? 11 semblerait qu'en raison de sa forme, de son étendue, de ses fonctions, le vagin dût être très fréquemment affecté par le chancre; — en raison de sa forme, qui est celle d'un cylindre rétréci dans sa portion inférieure, et tout au contraire évasé supérieurement de façon â constituer une ampoule qui favorise la stagnation des liquides ; — -en raison de son étendue qui est considérable; déplissée, sa muqueuse offrirait une surface dix fois supérieure à celle de toute la ndve; — en raison enfin .et surtout de ses fonctions. N'est-ce pas lui qui embrasse la verge dans l'acte sexuel et qui, â ce moment, se trouve en contact immédiat avec les parties qui •chez l'homme sont le siège le plus habituel des lésions contagieuses? — A tous ces titres c'est lui <qui, semble-t-il, devrait recevoir le plus fréquemment la contagion. Eh bien, chose bizarre, c'est lui qui la reçoit le plus rarement. Il n'est guère affecté jamais que dans sa portion la plus inférieure, au niveau de ce qu'on îippellc l'anneau vaginal, c'est-à-dire en oan point où le chancre est tout aussi bien vulvaire que vaginal, à proprement parler. Très rarement, très exceptionnellement on le trouve ;atteint dans son ampoule supérieure. Enfin, pour ma part, je n'ai jamais constaté le chancre dans toute l'étendue de sa portion moyenne, quelque soin que j'aie pris à le chercher là.
Quel est le secret de cette étonnante immunité? Faut-il la rapporter à quelque condition anatomique, telle que la résistance de la muqueuse vaginale, laquelle, comme vous le savez, est formée d'un tissu conjonctif très dense, très riche en fibres élastiques, et doublée en outre d'un épithélium très épais? Faut-il l'attribuer à ce que le vagin est moins exposé aux froissements et aux déchirures que la vicilve et le détroit vulvaire ? Peut-on supposer encore que les liquides de provenance utérine ou vaginale qui baignent habituellement cet organe constituent pour lui un enduit protecteur, ou bien que les sécrétions de l'acte sexuel contribuent par elles-mêmes à déblayer le vagin des produits virulents qu'elles entraînent vers la vulve, etc.? Tout cela est bien hypothétique et peu satisfaisant, en vérité. Mais, si l'explication nous manque, le fait n'en est pas moins réel, et cette excessive rareté du chancre
vaginal est une particularité des plus curieuses que je signale û votre attention.
Une dernière question nous reste à traiter avant d'aborder la symptomatologie du chancre; c'est le nombre des lésions par lesquelles se traduit chez la femme l'infection syphilitique primitive. Ici encore, je l'espère, vous allez trouver quelques considérations dignes d'intérêt.
Vous savez que, chez Thomme, l'infection syphilitique se fait toujours par un très petit nombre de lésions, le plus souvent même par un accident unique, isolé. « C'est le propre du chancre induré d'être le plus habituellement solitaire », a dit M. Ricord; et cette assertion, confirmée par l'expérience, ne compte plus d'opposants aujourd'hui. Pour ma part, je trouve dans mes relevés que, sur 556 cas de chancres syphilitiques observés sur l'homme, 402 fois le chancre était unique, « solitaire», suivant l'expression consacrée, et multiple seulement 154 fois; cequidonneen chiffres ronds cette proportion : 3 cas d'infection à chancre unique contre un cas d'infection à chancres multiples.
Ne prenez pas cela, messieurs, pour une simple curiosité de statistique. Un intérêt diagnostique très sérieux se rattache à ce fait du petit nombre habituel ou de l'unicité fréquente des lésions syphilitiques'primitives. C'est qu'en effet, si le chancre de Ksyphilis est le plus souvent solitaire, le chancre simple, le chancre non syphilitique, aucontraire, estleplus communément multiple. Vous concevez aussitôt le parti que nous pouvons tirer en clinique de ces caractères opposés, parti tel que très souvent, d'après la seule constatation numérique des lésions, le diagnostic différentiel des deux variétés du chancre peut être sûrement établi.
Or, si les choses se passent ainsi chez l'homme, en est-il de môme chez la femme?
Oui; — mais avec de certaines réserves, comme vous allez le voir.
Oui, chez la femme comme chez l'homme, l'infection syphilitique primitive ne se traduit en général que par \\\\ petit nombre de lésions. Ainsi, ce que nous observons le plus communément chez nos malades, c'est l'existence d'un ou de quelques chancres,