DOCTRINE DE L'EXPECTATION
tolérables en ce qu'elles sont pénibles, douloureuses, très douloureuses même pour quelques-unes d'entre elles: angines; — céphalée; — douleurs syphilitiques diverses à exacerbations nocturnes; — ténosites; — pcriostites; — névralgies, etc., etc.
La perspective seulement possible de tels accidents ne suffiraitelle pas déjà à légitimer l'opportunité d'une intervention thérapeutique? Mais patience, car nous voici en regard actuellement d'un troisième ordre de lésions, et celles-ci bien plus sérieuses en ce qu'elles intéressent et peuvent compromettre des organes importants. A ne citer que les plus communes, nous trouvons dans ce groupe : les affections oculaires (iritis, choroïdite, rétinite), susceptibles d'altérer la vision et même de l'éteindre; — les sarcocèles, pouvant amener la désorganisation, la disparition d'un testicule, des deux testicules, et conduire à l'impuissance; — les syphilides gommeuses, qui trop souvent ouvrent ou détruisent le voile du palais, pour laissera leur suite une double infirmité; — les paralysies (paralysies oculaires, paralysie faciale, hémiplégie, paraplégie); — les ostéites, les caries, les nécroses; — l'ozène, l'affaissement et la perte du nez, etc. ; — sans parler encore de la possibilité des transmissions héréditaires et de l'introduction de la vérole au foyer de la famille.
Est-ce tout? Non encore. Ouvrons un recueil d'anatomie pathologique, nous y verrons figurer nombre de lésions fatales imputables au seul fait de la syphilis. Multiples et variées, en effet, sont les causes de mort dans la vérole : mort par lésions hépatiques (cirrhose, hépatite gommeuse) ; — mort par lésions des méninges;
— mort par gommes cérébrales ou par encéphalopathies spécifiques ; — mort par lésions de la moelle (et celles-ci bien plus communes qu'on ne le croit en général); — mort par lésions osseuses, crâniennes, vertébrales ou autres; — mort par lésions des reins;
— mort par lésions du larynx, de la trachée ou du poumon;
mort par lésions, plus rares, de différents organes, œsophage, intestin, rectum, etc. ; — mort par consomption et cachexie progressive, etc., etc. — Et j'en oublie.
Telles sont, en abrégé, Messieurs, les conséquences possibles de la vérole; telle est la perspective qui s'ouvre devant tout malade venant de contracter la contagion.
El l'on a osé appeler bénigne une maladie susceptible d'aboutir à de tels symptômes ! Bénigne une maladie si chargée d'accidents de fout genre ; bénigne une maladie à anatomie pathologique aussi riche et aussi variée ! Et l'on a osé proposer aux sujets afTectés de ce mal de s'abandonnera l'expectalion, de « laisser aller les choses », d'attendre en patience les résultats possibles d'une telle infection sans chercher à s'en préserver !... En vérité, c'est à n'y pas croire.
Supposez pour un instant, Messieurs, en face du tableau que je viens de vous esquisser à grands traits, un malade récemment contaminé. Supposez-le envisageant pour son propre compte l'interminable série des accidents de la vérole, et demandez-lui s'il pense qu'il y ait intérêt pour lui à essayer par un moyen quelconque de se prémunir contre de telles éventualités, ou s'il préfère attendre de sa maladie ce qui peut en résulter. Que vous répondra-t-il, lui, juge intéressé? G'esl qu'à aucun prix il n'entend rester sous le coup d'un mal aussi grave; c'est qu'il lui semblerait dérisoire de ne pas chercher à se protéger ; c'est qu'il est fermement résolu à essayer de tous les remèdes, de toutes les méthodes, de tous les médecins, pour se guérir; c'est, en un mot, qu'il veut se traiter et qu'il se traitera.
Et nous-mêmes, Messieurs, pour être mieux éclairés que ce malade sur la nature et les risques de la syphilis, raisonnerionsnous autrement que lui, si nous venions à être affligés de son mal? Non, certes. C'est qu'en effet au-dessus de toutes les théories, il y a le simple bon sens qui dit à chacun : Quand on a la vérole, il est ])on de s'en défaire, et il peut être imprudent de la conserver.
Mais ici interviennent quelques-uns de nos adversaires pour nous dire : « Sans doute vous auriez raison de vous effrayer et de vouloir traiter vos malades, si toujours et invariablement la vérole aboutissait aux conséquences que vous venez de signaler; mais il y a vérole et vérole. Il est des véroles fortes et graves; il est des véroles faibles et bénignes. Traitez vos malades s'ils ont une vérole forte; vous pouvez avoir quelque raison de le faire. Mais ne les traitez pas s'ils ont une vérole faible; car, dans ce cas, votre traitement a pour le moins le tort d'êlrc superflu. »