‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 253 sur 263 · SYPHILIS TRAITÉES · texte numérisé non relu

SYPHILIS TRAITÉES

le moins, la syphilis traitée est réellement bénigne. La presque totalité des malades qui se soignent sérieusement travei-sent la vérole à peu de frais, ne présentant guère qu'un petit nombre d'accidents sans gmvité, tels que les suivants : syphilides cutanées, de forme superficielle et sèche (roséole, syphilide papuleuse ou papulo-squameuse) ; — syphilides muqueuses, se renouvelant parfois à plusieurs reprises parce qu'elles sont provoquées par une excitation locale (exemple, les plaques de la bouche chez les fumeurs), mais n'ayant en somme d'autre importance que celle d'érosions plus ou moins rebelles ; — quelques adénopalhies; — quelques douleurs passagères (céphalée, artliralgies, etc.); — un éclaircissement temporaire de la chevelure, et quelques autres manifestations tout aussi légères. Nombre de nos malades sont quittes à ce prix de la vérole, alors même qu'on les observe de longues années après le début de l'infection. Je compterais par milliers, pour ma part, ceux que j'ai vus ainsi relativement épargnés par la diathèse, grâce à un traitement convenablement suivi. Et il n'est pas de médecin qui n'ait en souvenir quantité de cas où ses malades en ont fiai avec la vérole à tout aussi bon marché.

Chez les syphilitiques traités, les accidents sérieux ou graves de la vérole sont chose rare, très rare. On ne compte certainement pas 5 malades sur 100 qui, en dépit d'un traitement méthodique et prolongé, soient rudement maltraités par la diathèse.

Et c'est môme là — soit dit incidemment — la rai«on qui rend la vérole que nous voyons en ville si différente de celle que nous observons à Vhôpital. A l'hôpital, la vérole est affreuse, immonde. Ici, les manifestations que nous apportent souvent nos malades à leur entrée dans nos salles sont véritablement hideuses, révoltantes, et parfois plus ou moins graves. La vérole de ville, celle de la clientèle privée, a une tout autre physionomie. Elle se présente sous un aspect cent fois plus bénin. Jamais, par exemple, vous ne rencontrerez chez une femme du monde cette syphilide muqueuse éléphantiasique que nous voyons si souvent ici couvrir la vulve et les régions péri-vulvaires d'énormes tumeurs végétantes, excoriées, ulcéreuses et fétides. Réserve faite pour

SYI'HILIS TRAITÉES

quelques cas assez rares, jamais encore vous ne verrez dans voire clientèle la syphilis affecter celte incroyable multiplicité de foi-rnes et de phénomènes que vous observez fréquemment à l'hôpital. Or, pourquoi ces différences? C'est que la plupart des malades de ville, à la première apparition de leur mal, accourent chez un médecin; c'est qu'ils ont soin de leur personne, c'est qu'intelligents et soucieux d'eux-mêmes, ils comprennent la nécessité de se traiter et se Iraitenl, les uns très bien, les autres d'une façon passable, mais suffisante du moins à atténuer les manifestations de la diathèse. Tandis qu'au contraire les sujets, hommes ou femmes, qui composent le public des salles d'hôpital, ne se soignent pas, n'arrivent à nos consullalions qu'à la dernière extrémité, laissent le mal évoluer sur eux à loisir, et finissent par aboutir à ces formes graves d'accidents qui sont le résultat complexe de la maladie, de la négligence, de la misère, de l'absence absolue d'hygiène et de traitement.

Mais pardon de cette parenthèse. Je reviens à mon sujet.

Je vous ai dit ce qu'est, en général, la vérole traitée. Voyons en second lieu ce qu'est la vérole livrée à son impulsion propre, abandonnée à son évolution naturelle.

C'est alors surtout qu'elle n'est pas traitée, messieurs, que la vérole devient sérieuse et redoutable, qu'elle multiplie ses coups, qu'elle s'épanouit en accidents de tout genre, de tout siège, de toute gravité, qu'elle détermine des lésions menaçantes ou des infirmités incurables, qu'elle peut même aller jusqu'à compromettre l'existence. Ce qu'on la voit produire dans ces tristes conditions, ce sont : pour la période secondaire, des éruptions cutanées de toute espèce, sèches d'abord, puis humides, suppuratives et ulcéreuses; — des syphilides muqueuses; — des adénopalhies multiples, dégénérant parfois en cette variété de bubons que nous avons décrits sous le nom de strumoïdes ; — des alopécies qui peuvent dénuder le crànc, voire des dépilalions générales; — des douleurs aussi variées que possible (céphalées atroces, névralgies, périoslites, myosalgies, arthralgies, etc.); — des iritis, des choroïdites, des rétiniles susceptibles de troubler à jamais ou d'abolir la vision ; — des sarcoccles, d'où résulle trop

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