DERNIER CONSEIL A DONNER AUX MALADES
efforts, en dépit de votre long et actif traitement, il ne serait pas impossible que ce malade fût exposé quelque jour, dans un avenir plus ou moins éloigné, à un accident nouveau, à une manifestation ultérieure de la dialhèse. Car, bien malheureusement, il n'est aucun signe qui nous permette, en syphilis, affirmer la guérison; car il n'est, ainsi que l'a écrit M, Ricord, « ni dose, ni forme pharmaceutique, ni durée de traitement, qui confère à coup sûr l'immunité, qui soit la garantie de l'extinction complète, absolue, radicale, de la vérole ». — Or, cela aussi. Messieurs, il faut le dire, il faut le répondre à votre malade.
Qu'à un malade condamné, expirant, qu'à un phthisique ou à un cancéreux qui a déjà un pied dans la tombe, nous promettions la santé, nous affirmions la guérison, soit ! Gela est un mensonge pieux, cela est une consolation que, dans notre impuissance, nous devons au malheureux patient et qu'il serait cruel de refuser à sa facile crédulité. Mais à un sujet en pleine santé, à un sujet compos suî, qui jouit de toutes ses facultés, et que d'ailleurs nous avons presque le droit de croire à jamais débarrassé de sa maladie, nous ne devons que la vérité sur son état; et cette vérité, il faut la lui dire, la lui dire tout entière.
Il faut d'autant plus la lui dire — notez bien ceci — qu'il a tout intérêt à la connaître et à s'en pénétrer. Pourquoi? Le voici.
Advienne chez ce malade (contre notre attente et contre le but de nosefforts) un accident diathésique nouveau, à une époque plus ou moins tardive, dix, quinze, trente, quarante ans après le début de l'infection, il pourra se faire que cet accident n'éveille en rien dans l'esprit dudit malade le souvenir d'une affection depuis longtemps évanouie et presque oubliée. Il pourra se faire même que le médecin, non averti des antécédents spéciauxde son client, méconnaisse le caractère syphilitique de cet accident, et cela d'autant mieux, d'autant plus facilement, que les manifestations diathésiques d'une période éloignée sont loin, comme on l'a dit, d'avoir l'allure suspecte et la physionomie vénérienne. Cet accident sera, par exemple, une lésion viscérale, une tumeuL crânienne, une hémiplégie, une paralysie, une sclérose de la mœlle, une amaurose, une cirrhose, une néphrite, etc., etc. Or,
quel rapport, aux yeux d'un homme du monde, de tels phénomènes sauraient-ils avoir avec un péché de jeunesse qu'il croit expié et périmé de longue date? Quel besoin, à leur propos, d'aller faire au médecin une confession complète, et de tirer de l'oubli de compromettants souvenirs? Conséquence : le malade taira, dissimulera même au besoin ses antécédents spéciaux; et le médecin, non prévenu, si ce n'est trompé, courra grand risque de méconnaître la nature de la lésion. Et alors, non traitée par la seule médication qui lui convienne, cette lésion persistera, suivra son évolution normale, et pourra aboutir à une terminaison grave ou fatale, tandis qu'elle aurait eu toute chance de guérir si elle eût été rattachée à sa véritable origine et soumise d'emblée au traitement spécifique. — Soyez sûrs en effet de ceci. Messieurs, c'est que nombre de syphilitiques tertiaires sont conduits à des infirmités incurables ou même à la mort parce seul fait qu'une lésion tardive de leur maladie a été méconnue et non traitée comme elle aurait dû l'être.
Or, c'est contre cette éventualité possible qu'il vous faut tenir en garde vos clients. C'est en raison de la possibilité (serait-elle même improbable) d'accidents tertiaires se manifestant à une époque reculée, qu'il y a intérêt majeur pour les malades à être édifiés, pleinement et sincèrement édifiés sur leur situation véritable, à l'époque où, jugeant leur traitement accompli et suffisant, vous les congédierez.
Ne négligez donc jamais, Messieurs, alors qu'un de vos malades viendra, lors de sa dernière visite, vous poser celte périlleuse question : « Suis-je guéri? », ne négligez jamais de lui ouvrirvotre pensée à découvert, et de lui donner comme adieu ce salutaire et très essentiel avis :
« Oui, je vous crois guéri ; je vous crois guéri, autant que scientifiquement j'ai droit de le croire. Mais, quoi quil vous advienne dans Vavenir, quel que soit le trouble qui puisse survenir dans votre santé, souvenez-vous de votre ancienne maladie. Accusez-U à votre médecin ; ne négligez à aucun prix d'éclairer ce médecin survos antécédents spéciaux. Diies-lui bien, dites-lui dix fois plutôt qu'une, qu'autrefois vous avez eu la vérole. Il est très probable