‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 38 sur 263 · CHANCRE SANS CARACTÈRES · texte numérisé non relu

CHANCRE SANS CARACTÈRES

point de ses caractères, de son masque habituel, si je puis parier de la sorte, qu'il n'offre plus de physionomie spéciale. Ce n'est plus, à le juger de visu, qu'une plaie simple, qu'une érosion vuloairc. 11 est vraiment méconnaissable sous cette forme; et, n'était son induration (celui de ses attributs qui l'abandonne le moins), n'était aussi son adénopathic fidèle qui lui conserve une significalion propre, on n'aurait aucun droit à le considérer pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour un accident spécifique, pour un chaniM'C.

Ai-je besoin de vous dire si ce chancre sans caractères expose le clinicien à de véritables surprises? Il est fait à plaisir en vérité pour dérouter le diagnostic. Et ne croyez pas que j'exagère, que je force ici la note pour créer des difficultés qui n'existent pas, qu'on ne rencontre pas en pratique. Nullement. Ce chancre se présentant sous l'aspect d'une plaie simple, ce chancre dénué de tout ou partie de ses signes habituels, n'est pas une chimère; il s'observe parfois; et de cela voici la preuve.

Une jeune femme arrive tout effrayée à notre consultation un des jours de cet été. Elle vient d'apprendre, nous dit-elle, que son amant « est malade », et elle craint (? d'avoir gagné son mal ». Nous l'examinons très-attentivement, et nous ne trouvons sur elle pour tout symptôme qu'une très-petite érosion vulvaire, du diamètre d'une lentille. Cette érosion est absolument superficielle; c'est une simple desquamation épithéliale; sa coloration est celle du derme mis à nu, rouge par conséquent; sa forme estoblongue; son fond est lisse, sans enduit, sans revêtement pseudo-membraneux; ses bords n'ont rien de spécial, ou plutôt elle n'a pas de bords, elle se continue sans ressaut avec les tissus ambiants; sa sécrétion est insignifiante, etc.... En un mot, c'est une plaie minime, sans importance, sans caractères; c'est une plaie ressemblant à toute plaie simple, à toute exfoliatjon épithéliale, inflammatoire, Iraumatique, herpétique ou autre. Mais nous palpons avec un soin minutieux la base de cette érosion, et nous reconnaissons une rénitence foliacée non douteuse. Mais nous explorons les ganglions et nous trouvons une adénopathie bien formulée. Tout aussitôt de par ces deux caractères, cette plaie, si innocente d'aspect, prend une signification spéciale; c'est un chancre, c'est

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sûrement un chancre qui va préluder à une explosion prochaine d'accidents généraux. Et quelques semaines plus tard, en efltM, ces accidents se maniiestent.

Autre exemple identique : Une femme entre dans nos salles pouiune vagino-uréthrite. Pendant onze jours elle ne présente v'ien autre chose que les phénomènes communs de cette maladie. Puis, vers le douzième jour, nous voyons poindre à la vulve trois érosions minimes, qui s'élargissent assez rapidement et prennent les proportions de petites lentilles. En quoi consistent ces érosions? Nous les observons chaque jour, et nos notes de chaque jour les qualifient invariablement de la façon suivante : « Érosions superficielles, constituées par de simples exfoliations épilhéliales, rondes ou ovalaires, rouges ou rougeâtres, planes, à fond lisse et non recouvert d'exsudats membraneux, sans bords, indolentes, etc., ne présentant en somme aucun caractère qui permette d'établir de visu, un diagnostic formel ». Il est donc impossible, de par les signes extérieurs, de préciser la nature de ces lésions. Mais, comme dans le cas précédent, un moment arrive où nous surprenons sous la base de ces érosions une induration manifeste; puis l'adénopathie inguinale achève de nous éclairer. Nous portons le diagnostic de chancres infectants, et ce jugement se trouve vérifi('' quelques semaines plus tard par l'explosion à point nommé de manifestations secondaires.

Ces deux faits et d'autres semblables que je pourrais vous citer établissent donc d'une façon catégorique que le chancre se dépouille parfois de tous ses attributs extérieurs pour prendre l'aspect .d'une plaie simple, ou plus exactement ne revêt aucun signi,' spécial, propre à le dillerencier d'érosions vulgaires. Commenl. en effet, sur ces deux malades avons-nous été conduits à suspecter et à diagnostiquer des chancres? Par l'induration et par Tadénopathie. iMais l'induration n'est pas un des traits de \vi })hysiono)nir du chancre; mais l'adénopalhie n'es! pour le chancre qu'un élémentde diagnostic indirecl. Les deux lésions dont je viens de vous parler étaient bien des chancres, et vous n'en sauriez douter; cependant elles n'avaient en rien l'aspect, le facics du chancre, el l'on eût pu les confondre avec l'érosion la moins spécifique. Voyez, donc jusqu'à quel point, Messieurs, peut s'allénuer, s'elTacer, la

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caraclérisliqiie extérieure, objective, de raccident spécial qui sert d'exorde à la vérole.

Je ne vous arrêterai pas, Messieurs, à la description minutieuse des variétés infinies dont est susceptible chez la femme l'accident initial de la diathèse. De ces variétés je vous signalerai seulement les plus importantes, les plus essentielles à connaître en pratique.

I. Un mot d'abord sur les variétés d'étendue, de proportions.

Le chancre, vous ai-je dit, affecte une étendue moyenne qui peut être comparée à une pièce de vingt ou de cinquante centimes, à une amande d'abricot, à un noyau de prune, à un pépin de potiron, etc. Or, il se peut qu'il dépasse ces limites habituelles, il se peut aussi qu'il reste eu deçà.

Dans le premier cas, nous avons affaire à ce qu'on appelle de grands chancres, présentant les dimensions d'une pièce d'un ou de deux francs, d'une amande recouverte de sa coque ligneuse, d'une datte, etc. En voici trois exemples que j'ai fait représenter par un habile dessinateur.

Le premier est un chancre de la région péri-anale, large, régulièrement circulaire, exhaussé en forme de plateau, et tout à fait comparable comme dimension à une pièce de deux francs.

Le second est un chancre du pli génito-crural. Étrange de forme, allongé comme une cosse de pois, il occupe toute la hauteur de ce pli, sur une étendue de six à sept centimètres, avec une largeur bien moindre, celle du doigt environ.

Le troisième offre des proportions encore supérieures. C'est un chancre érosif, intertrigineux, qui s'étale sur presque toute la surface d'une grande lèvre œdématiée. Il est long comme le pouce, avec un diamètre transversal de 3 à 4 centimètres. — Inutile d'ajouter que les chancres de cette étendue sont excessivcmenl rares; ce dernier notamment est une véritable curiosité.

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