‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 41 sur 263 · CHANCRE DE LA PEAU · texte numérisé non relu

CHANCRE DE LA PEAU

Cette influence de siège est particulièrement remarquable pour le chancre de la peau. — Quelques mots à ce sujet.

Lorsque le chancre syphilitique se produit sur une surface cutanée, il aflecte assez souvent une forme spéciale que n'offre jamais, que ne saurait jamais offrir le chancre des muqueuses. Il se présente sous l'aspect d'une lésion croûteuse, d'une croûte plus ou moins analogue à celle de l'ecthyma. On le qualifie alors du nom de chancre ecthymateux; mauvais mot, dénomination vicieuse, qui donnerait à supposer que ce chancre procède comme l'ecthyma, c'est-à-dire débute par une pustule pour aboutir plus tard à une croûte, ce qui est radicalement faux. Le chancre, en effet, qui devient croûteux, le devient à sa façon, et d'une façon autre que l'ecthyma ; il s'encroûte simplement parce que sa sécrétion se concrète à sa surface \ Aussi serait-il plus convenable et plus juste de l'appeler simplement chancre croûleux.

Ce chancre croûteux peut se produire sur tous les points de la peau. Chez la femme on l'observe surtout sur le bord libre ou sur la face cutanée des grandes lèvres, sur les fesses, sur les cuisses, au mont de Vénus, aux lèvres de la bouche, au sein, etc.

D'aspect, il se présente sous les apparences d'une croule; — croûte oénéralement isolée et circonscrite, larse en moyenne comme une amande, comme une pièce de vingt ou de cinquante centimes; — croûte habituellement brunâtre ou brune, d'un brun sombre et parfois tacheté de stries ou de reflets verdâtres ; — croûte peu épaisse, mesurant tout au plus en épaisseur un demi-millimètre, un à deux millimètres ; — inégale comme surface ; — peu adhérente en général, se laissant facilement soulever par l'ongle, et se détachant en quelques heures sous l'influence d'onctions huileuses, de cataplasmes, de bains, etc.

Cette croûte n'est qu'un masque à la surface du chancre. Détachée, elle laisse à nu une surface érosive qui est le type accompli du chancre syphilitique, du chancre avec son fond plat ou légère-

I. Gela explique pourquoi le chancre croûteux ne se rencontre jamais sur les muqueuses. Sur les muqueuses, en effet, toute exsudation de la nature de celles qui pourraient former croûte est incessamment balayée et emportée par la sécrétion propre de ces membranes. Le chancre des muqueuses reste donc toujours à dccouvei 1 et n'est pas susceptible de prendre la forme dite ecthymatcusc.

ment bombé, avec sa teinle rouge de ton chair musculaire, avec son assise parcheminée, etc.

La variété croûteuse du chancre ne présente donc qu'une particularité intéressante et spéciale, celle de son enduit, de son revêtement croûteux, qui lui donne l'air d'une dermatose ou d'une lésion vulgaire. Cette apparence trompeuse est dans l'espèce une source commune d'erreurs, parce qu'on ne s'attend guère en général à rencontrer le chancre sous un tel aspect. Il y a là matière à surprise. Conséquemment, Messieurs, tenez-vous pour avertis sur ce point, et ne vous laissez pas abuser par cette forme insidieuse du chancre.

Parmi les chancres qui affectent le plus volontiers la forme croûteuse, je vous signalerai le chancre du sein. De celui-ci il faut que je vous parle en détail, car c'est essentiellement un chancre féminin. C'est de plus un accident qui comporte un intérêt des plus sérieux, en raison d'abord de sa fréquence, en raison aussi des questions médico-légales qu'il soulève à chaque instant.

Le chancre m.ammaire, je n'hésite pas à le dire, n'a été bien étudié que dans ces derniers temps, depuis les importants travaux qu'a suscités la question de contagiosité des lésions secondaires. Si vous vous reportez, en effet, à quelques années en arrière, vous ne trouverez sur cet accident que des notions confu ses, erronées, défectueuses. Le professeur Yelpeau, par exemple, de si vénérée et si regrettable mémoire, dans l'ouvrage important qu'il a consacré aux maladies du sein, donnait pour toute caractéristique du chancre de cet organe « l'aspect nummulaire, la teinte cuivrée de la peau, le fond gris ou excavé des ulcères, leurs bords aigus, la matière sanieuse, aqueuse, d'odeur nauséeuse, qui en suinte, etc. » Or, malgré tout le respect que nous devons à l'une des gloires de la chirurgie française, il est impossible aujourd'hui d'accepter pour la lésion qui nous occupe la symptomatologie que vous venez d'entendre. Ce n'est certes ni à l'aspect nummulaire, ni à la teinte cuivrée, ni aux bords aigus et au fond excavé de l'ulcère, ni moins encore à son odeur, que vous

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