Leçons sur le chancre, 2° édit., p. 28G et suiv
Elle s'appuyait d'une pari sur l'analogie, et d'autre part sur les faits cliniques. L'analogie était fausse et les faits cliniques mal interprétés. Je vais, au reste, vous en rendre juges.
On disait : « Le chancre est à la vérole ce que la morsure du chien enragé est à la rage. Cautérisez cette morsure, vous prévenez la rage ; cautérisez le chancre, vous prévenez la vérole. »
Or, cette comparaison pèche par la base, et vous en comprendrez immédiatement le défaut. Messieurs, si vous vous rappelez ce que je vous ai dit dans mes précédentes Conférences de Vincubatioti constante du chancre infectant. L'individu sur lequel éclôt un chancre et l'individu qui vient d'être mordu par un chien enragé ne sont nullement dans des conditions identiques au point de vue de la réception du virus. Ils sont, au contraire, dans des conditions diamétralement opposées. Celui qui vient d'être mordu vient à Vinstant même d'être exposé à l'action du virus. Celui sur lequel éclôt le chancre a reçu le germe de ce chancre il y a plusieurs semaines (puisque, comme vous le savez, l'éclosion du chancre est toujours séparée de l'époque de la contagion par une incubation plus ou moins longue). Ce qui est l'analogue delà morsure du chien, dans la vérole, c'est le coït, c'est la contamination dans le coït, et non pas le chancre, qui n'est qu'une conséquence éloignée de la contagion. Pour établir une assimilation thérapeutique exacte entre l'individu porteur d'un chancre naissant et l'individu qui vient d'être mordu par un chien affecté de rage, il faudrait ou que le premier se fît cautériser immédiatement après le coït, ou que le second attendît plusieurs semaines avant de faire cautériser sa morsure ; alors seulement les termes de la comparaison seraient justes, et les résultats pourraient être mis en parallèle.
Le chancre, en réalité, est à la vérole non pas ce que la morsure est à la rage, mais ce que le premier phénomène rabique est à cette dernière maladie. Le chancre, c'est déjà, pour ainsi dire, la rage en action, c'est la rage déclarée, confirmée.
Or, quand la rage est déclarée, vous n'avez que faire pour la prévenir de cautériser la morsure. Quand le chancre est éclos, vous n'avez que faire de le cautériser pour prévenir la vérole : la vérole est née avec le chancre; très certainement même elle
TRAITEMENT PRÉTENDU ARORTIF. U5
est née avant lui, avec l'absorpLion du virus dans la conlagion.
Mais je n'insiste pas, car en science comparaison n'est pas raison; et je consulte les faits cliniques.
On a dit qu'en cautérisant des chancres Jout récents, en les cautérisant du premier au quatrième jour à la suite de la conta- «•ion on prévenait de la sorte l'infection constitutionnelle. Eh bien, où sont les faits confirraatifs de cette opinion, et que valent ceux, en bien petit nombre, qu'on a produits?
D'abord, le chancre syphilitique ne naît pas de « un à quatre jours après la contagion ». Rappelez-vous ce que nous apprennent à ce propos tous les faits d'inoculation expérimentale. Ils nous montrent invariablement que le premier phénomène qui succède à la piqûre ne se manifeste jamais qu'après un laps de temps plus ou moins long, de dix jours au minimum, de vingt-cinq jours comme moyenne habituelle. Et tous les faits cliniques bien observés déposent identiquement dans le même sens. Le chancre ou l'accident qui se produit dans les quatre premiers jours d'une contagion n'est donc pas, ne peut jamais être un chancre syphilitique ; c'est un chancre simple, c'est un herpès, c'est une érosion quelconque qui succède au coït à aussi bref délai ; c'est ceci ou cela, peu importe ; mais ce n'est pas cà coup sûr un chancre syphilitique. Sur ce point la démonstration est acquise ; sur ce point les erreurs du passé sont bien et dûment condamnées.
En second lieu, lorsqu'on a cautérisé « un chancre naissant », sur quelles bases a-t-on établi le diagnostic de la lésion? S'est-on occupé d'établir la filiation du chancre, d'en rechercher l'origine, c'est-à-dire d'instituer une confrontation entre le sujet contaminé et le sujet contaminant? Non, dans la plupart des cas ; et presque toujours ce critérium manque à l'observation. Mais ce n'est pas tout. Sur quels caractères s'est-on basé pour affirmer la nature syphilitique de la lésion? « C'était un chancre », dit-on. Pourquoi « un chancre » ? Est-ce que de son premier à son quatrième jour le chancre syphilitique a des attributs tels qu'il puisse être sûremenl reconnu? Qu'est donc le chancre à cette période tout à fait initiale, ({{l'est donc le chancre naissant? Je vous l'ai décrit. Messieurs, cA, j'ai longuement insisté près de vous pour sous convaincre qu'à cet
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âge le chancre consiste en la plus insignifiante des érosions, en une érosion sans caractères propres, sans physionomie spéciale, absolument dépourvue de tout signe suffisant à la différencier d'une érosion vulgaire. Comment donc à cette époque affirmer que ce qu'on cautérise est un chancre? Comment légitimer un pareil diagnostic? Je nie, pour ma part, que ce diagnostic puisse être fait ; je refuse au plus habile syphiliographe, s'appelât-il Ilunter ou Ricord, le droit de formuler un jugement sur une lésion embryonnaire, de prononcer un arrêt sur une lésion à peine éclose.
Donc, à mon sens, quand on a cautérisé « un chancre naissant », on n'a jamais su au juste ce qu'on cautérisait; on n'a jamais été autorisé à dire qu'on ait cautérisé un véritable chancre et prévenu par là l'infection ultérieure.
D'autre part, nombre de médecins, sur la foi des maîtres, ont cautérisé des chancres naissants. J'en ai cautérisé moi-même plusieurs avant le quatrième jour, et cela par les méthodes le plus énergiquement destructives. Or, que fait-on et qu'obtient-on delà sorte? On supprime le chancre, cela est vrai, on l'éteint sur place. Bien. Mais après? Après, la vérole, quand elle doit se développer, se développe exactement comme si Von n'avait rien fait, comme si l'on eût laissé subsister le chancre en pleine liberté. Dès le ^S" ou le 50* jour les accidents secondaires se manifestent, et la diathèse suit son évolution la plus normale.
Il y a plus, mais ceci n'est qu'un détail : par la cautérisation la plus énergique on ne parvient pas toujours à tuer le chancre tout entier. On le tue en tant qu'ulcère, oui ; mais au-dessous de la cicatrice se manifeste parfois l'induration chancreuse, le noyau néoplasique sous-chancreux, exactement comme si le chancre subsistait, comme si on lui eut permis de suivre ses phases habituelles. Ainsi la cautérisation ne prévient même pas toujours l'induration spécifique locale, tout en supprimant le chancre !
Concluons : la cautérisation, la destruction du chancre, en tant que méthode préventive, abortive, de la vérole, est purement illusoire. Supprimer le chancre n'est pas supprimer la diathèse. La diathèse est acquise quand le chancie se produit, elle chancre,
en définitive, n'est que le premier phénomène de lu vérole confir-
jYjée. Voilà, bien malheureusement, ce qui de nos jours n'est
que trop démontré.
Seconde question, mais celle-ci très accessoire par rapport à la précédente : le chancre une fois développé, y a-t-il avantage à le supprimer violemment, à le détruire en tant que lésion, soit par une cautérisation énergique, soit même par une excision?
Nullement, et vous savez pourquoi. En tant que lésion, le chancre est un accident essentiellement bénin, limité, érosif, n'ayant aucune tendance à détruire, évoluant avec rapidité, se cicatrisant sans stigmate, inoffensif en somme et ne demandant qu'à guérir. Quel avantage y aurait-il donc à lui substituer, au prix d'une opération ou d'une cautérisation douloureuse, une autre lésion qui ne serait guère plus bénigne, qui ne guérirait guère plus hâtivement, que suivrait à coup sûr une cicatrice, un stigmate indélébile, et sous laquelle même peut-être se reproduirait l'induration ? — Donc, il n'est aucun bénéfice à attendre de la méthode destructive contre le chancre, et le mieux, quand le chancre est déclaré, est de le laisser vivre le peu de temps qu'il doit vivre, tout en s'efforçant, par des moyens que je vais vous dire, d'en restreindre les progrès et d'en abréger le cours.
Quel traitement en somme appliquer au chancre? Le plus simple possible. Le plus simple est le meilleur ; car, de par l'expérience journalière, on peut poser ceci comme axiome : Moins on fait au chancre, mieux il s'en trouve et mieux il guérit. Moins on lui fait, j'entends moins on le tourmente, moins on l'irrite par des topiques mal choisis, par des cautérisations inopportunes, etc. ; mais cela ne veut pas dire, assurément, que le chancre doive se trouver mal d'être soumis à une bonne hygiène et à des soins intelligents.
En quelques mots, résumons ce qui lui convient chez la femme.
Avant tout et en première ligne, les soins hygiéniques, à savoir :
1" La continence. Prescrire la continence a un double intérêt : intérêt pour la malade, intérêt pour autrui. Et ne croyez pas. Messieurs, ce conseil superflu. Car le chancre est souvent si peu
de chose aux yeux des malades qu'ils n'y aUaclient aucune importance et que de bonne foi ils ne croient guère au danger de transmettre quoi que ce soit avec une aussi insignifiante lésion. Les femmes surtout ont une confiance étonnante à ce point de vue. Quand vous leur faites la recommandation classique « d'être sages, absolument sages », elles vous répondent le plus souvent : « A quoi bon? J'ai souvent eu des boulons comme celui que j'ai en ce moment, et je n'ai jamais donné de mal. » Donc, vous le voyez de reste, la recommandation est bonne à ne pas oublier.
2° Proscrire du régime tous les excitants qui peuvent retentir sur le chancre d'une façon fâcheuse : alcooliques forts et surtout alcooliques en excès, eau-de-vie, absinthe, liqueurs, café, etc.
3" Sans exiger le repos (ce qui serait inutile d'abord et ce qui pourrait de plus devenir préjudiciable à la santé), recommander d'éviter les fatigues, les marches forcées, les veilles, la danse, etc.
Puis, localement :
Des soins minutieux de propreté ; — des lotions fréquemment répétées (surtout si le chancre est exposé à être souillé par l'urine ou les matières fécales) ; et pour ces lotions l'eau fraîche n'est pas le liquide le plus mauvais, soyez-en sûrs ; — des bains locaux ; — mieux encore des bains généraux, tièdes, tous les trois ou quatre jours, ou même plus fréquemment si le chancre a quelque tendance à s'irriter ou à enflammer les parties voisines.
Enfin, comme moyen de protection destiné à éviter les contacts et les frottements, des pansements avec de la charpie sèche, renouvelés trois ou quatre fois par jour et maintenus en place soit à l'aide d'un bandage en T, soit avec une simple serviette.
Et c'est tout. Cela suffit amplement. Avec de Vhygiène, de Veau et de la charpie, on guérit facilemenl et rapidement le chancre syphilitique) ou plutôt on le laisse ainsi guérir, et l'on n'a guère autre chose à faire, car sa tendance est de guérir tout seul, spontanément.
Mais vous êtes déjà. Messieurs, assez praticiens pour savoir qu'un tel traitement ne serait guère du goût des malades, des femmes en parliculicr, et qu'un médecin qui se bornerait à prescrire de pareilles choses, qui se permettrait de guérir ses clients
avec de la charpie et de l'eau, serait un homme déconsidéré, ridi cule. Le public est ainsi fait, il veut absolument goûter du pharmacien. Eh bien, soit! Sans cesser d'être utiles, vous pouvez satisfaire à ces exigences. Prescrivez donc alors :
Soit ce que nous ordonnons ici usuellement, à savoir des lotions avec la liqueur de Labarraque coupée d'eau, suivies de pansements avec une poudre isolante (telle que l'oxyde de zinc), qu'on recouvre ensuite d'ouate ou de charpie ;
Soit des lotions avec de l'eau aromatisée par un alcoolat quelconque, avec la décoction de feuilles de noyer ou de roses de Provins, avec le vin aromatique étendu d'eau, avec tel ou tel agent détersif et inoffensif qu'il vous plaira de choisir.
Tout cela est également bon, ou également indifférent, pour mieux dire.
Si le chancre est légèrement douloureux, recommandez alors : un repos relatif; — des bains répétés ; — des lotions avec l'eau de guimauve ou, au besoin, avec de l'eau de laitue additionnée d'opium ; — des pansements avec un corps gras (pommade au calomel, cérat opiacé, etc.). Les corps gras, si nuisibles au chancre simple, sont bien tolérés au contraire par le chancre syphilitique; ils lui sont même manifestement utiles lorsqu'il a quelque tendance à s'enflammer.
On a préconisé encore mille autres pansements contre le chancre : pansements à la solution de nitrate d'argent ; — à la solution de tartrate de fer; — à la solution de chlorure de zinc ; — à l'acide phénique ; — au phénol ; — au guaco ; — à la teinture d'iode étendue ; — au sublimé ; — à l'iodoforme, etc., etc., etc.. Tous ces topiques comptent de grands succès, dit-on. Je le crois sans peine, caria tendance naturelle du chancre est de se réparer spontanément, et il ne faut jamais oublier que, comme beaucoup d'autres maladies du reste, le chancre peut guérir en dépit des remèdes qu'on lui prodigue.
Mais, puisque nous avons l'embarras du choix, sachons au moins nous abstenir de ce qui pourrait réellement nuire au chancre, à savoir, de certains topiques et de cautérisations intempes-
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livcs ; — de certains topiques très irrilanls que nos malades mettent souvent en usage sur la foi d'empiriques ou de commères (poudre d'alun, sulfate de cuivre, pierre divine, perchlorure de fer, cendre de pipe, tabac, poudre de chasse, urine même (!), etc., etc.) ; — de caulérisations intempestives qui ne font qu'exciter, enflammer le chancre, sans le moindre profit. En général, on abuse étrangement du crayon de nitrate dans le traitement du chancre. Les cautérisations, à mon s.ens, ne sont avantageuses que dans deux conditions :
i" Comme moyen de modifier le chancre quand il tarde à se déterger, quand il reste opiniâtrément pseudo-membraneux, couenneux; le crayon alors est souvent utile, mais à la condition de n'y recourir que de temps à autre, tous les cinq jours au plus, et en surveillant l'effet produit;
2" Comme moyen d'activer la cicatrisation, lorsqu'à sa période ultime le chancre languit ou bourgeonne avec exubérance.
En dehors de ces deux indications, les cautérisations ne sont plus qu'inutiles et deviennent même souvent nuisibles. Trop répétées, elles irritent, elles entretiennent une réaction locale essentiellement défavorable, elles durcissent et enflamment le chancre; somme toute, elles ne font rien de bien et risquent de faire mal.
Enfin, un dernier conseil, conseil négatif, mais ayant bien son importance, comme vous allez le voir.
11 arrive le plus souvent qu'après la guérison du chancre l'induration persiste. Parfois même (cela est, à la vérité, bien moins commun chez la femme que chez l'homme) le chancre laisse à sa suite de gros noyaux d'induration qui subsistent longtemps, qui conservent longtemps leur rénitence et leur volume. — Que faire en pareil cas?
On s'est avisé parfois de cautériser ces noyaux d'induration. On les a même excisés, notamment quand ils occupaient une partie en relief, telle que la petite lèvre; en un mot, on s'est efforcé de les supprimer chirurgicalement.
Gardez-vous bien d'une toile pratique. Messieurs. Rien n'est plus inutile, rien n'est moins justifié. Ce qu'il faut faire en pareille occurrence est très simple : Rif\. Altcndre. Et allendro quoi? La
guérison naturelle qui ne lardera pas à se faire, la résorption spontanée qui ne tardera pas à se produire, qui ne peut manquer ' de se produire. Dans quelques semaines, dans quelques mois au plus tard, ces gros noyaux indurés disparaîtront d'eux-mêmes, et les malades seront délivrés par les seules forces de la nature. Quel intérêt, quel avantage y aurait-il donc à intervenir par une opération?
Ajoutez d'ailleurs que cette opération pourrait bien n'être pas inoflfensive; — qu'elle laisserait sûrement, sinon une difformité, tout au moins une marque, un stigmate, un témoignage, lequel n'est pas du goût des malades, lequel vexe et mortifie les femmes .tout particulièrement; — et enfin qu'elle ne remédie même pas toujours à la lésion, car on voit parfois, sous une induration excisée, une autre induration renaître et se reconstituer de plus belle comme auparavant.
Au surplus, pour vous dégoûter à tout jamais d'une opération de ce genre, laissez-moi vous raconter le fait suivant :
Un jeune homme, qui venait d'être affecté d'un chancre syphilitique de la rainure giando-préputiale, conservait en ce point un très gros noyau d'induration. Ce noyau, du volume d'une petite noix et d'une dureté cartilagineuse, tourmentait fort le malade. M. Ricord, consulté à ce sujet, prescrivit, bien entendu, de ne rien faire localement, ordonna un traitement général et renvoya ledit jeune homme, lui promettant qu'en quelques semaines son induration aurait spontanément disparu. Dépité, le malade alla visiter plusieurs médecins, qui, tous, lui répétèrent « qu'il n'y avait qu'à attendre », que le temps et le traitement mercuriel feraient promptement justice de cette induration. Jl vint chez moi : même conseil, mêmes recommandations de n'avoir recours à aucun procédé chirurgical pour se débarrasser de « ce malheureux noyau ». Finalement, il rencontra je ne sais quel médicastre qui consentit à une opération de complaisance et extirpa tout le néoplasme sous-cicatriciel. Survint dans la journée même une hémorragie épouvantable, dans laquelle le malade perdit m plusieurs litres de sang » et qui ne put être arrêtée que par trois applications de fer rouge! Et ce n'est pas tout. Ayant eu l'occasion
de revoir le palierU une quinzaine plus tard, je constatai à celte époque qu'une induration supérieure en volume à l'i7iduralion pércéclente s'était reproduite au même siège, sous la cicatrice. Cette induration nouvelle était-elle due à un néoplasme spécifique, ou bien devait-elle être simplement imputée aux cautérisations? Je nesauraisle dire. Toujours est-il qu'elle persista très longtemps, plusieurs mois, avant de se résoudre. Mais cela n'est qu'un détail. L'important, la véritable morale de ce fait, si je puis ainsi parler, c'est que ce jeune homme perdit — de par l'opération malencontreuse qu'on pratiqua sur lui — un bon morceau de la verge, et cela pour une lésion des plus inoffensives, lésion qu'eût certainement guérie sans cicatrice l'expectation pure et simple' !
A tous égards. Messieurs, je vous le répète encore, l'intervention chirurgicale est aussi inutile, aussi déplacée que possible, contre les indurations chancreuses persistantes. Elle est très heureusement remplacée par Vexpectation, aidée ou non du traitement général. Sachez donc, en pareil cas, ne pas agir. Sachez résister à votre propre impatience comme à celle de vos clients, que ces nodosités persistantes inquiètent parfois d'une étrange façon. Laissez le temps faire son œuvre; laissez la nature délivrer les malades; elle s'en chargera seule, et elle s'en acquittera seule mieux que nous, sans mutilation, sans difformité, sans cicatrice permanente. En un mot, abstetiez-vous. Car, si le premier précepte de l'art est de ne pas nuire {primum non nocere), le second, à coup sûr, est de ne rien faire d'inutile, de ne rien faire qui puisse être sûrement et heureusement accompli par les seules forces de la nature.
1. J'ai déjà relaté ailleurs un fait absolument identique au précédent. (Voy. Élude clinique sur l'induration syphililique primitive, Archives gcn. de médecine, novembre 1867.)