Pièce déposée au musée de l'Iiôpilal Sainl-Louis, n'IGO
TRAITEMENT PRÉTENDU ABORTIF. U3
Maislà n'est pas la question. Le chancre éteint, supprimé, prévient-on par cela même la vérole? Voilà le problème intéressant, essentiel, pratique, considérable, qu'il s'agit de résoudre.
De tout temps depuis le xv* siècle ^ jusqu'à nos jours, on a espéré pouvoir « supprimer le mal en l'étouffant dans son berceau ». De tout temps, il s'est trouvé des médecins pour croire qu'en attaquant et en détruisant le chancre à l'état d'embryon, non seulement on le supprimait en tant que lésion locale, mais encore en tant qu'origine des accidents à venir. Du même coup, disait-on, on peut tuer ainsi le chancre et la vérole.
Cette opinion a encore été affermie dans notre siècle par l'homme illustre qui a le mieux étudié la syphilis, qui a le plus largement et le plus utilement servi notre science. « Le chancre, professait M. Ricord, n'est jamais en naissant qu'une lésion locale ^ Alors même qu'il doit infecter, son influence est primitivement bornée à la région qu'il affecte. L'infection générale n'est pas un résultat immédiat et instantané ; c'est un accident consécutif au développement du chancre et qui demande un certain temps pour se produire.... En détruisant un chancre à son début, un chancre qui va s'indurer, du même coup vous pourrez tarir la source d'une infection constitutionnelle... ». — Et il ajoutait encore : « De tous les chancres que j'ai vu cautériser ou que j'ai cautérisés moi-même du premier au quatrième jour de la contagion, AUCUN n'a été suivi des symptômes propres à l'infection constitutionnelle ^ »
Cette doctrine était des plus consolantes. Elle offrait une ressource inestimable contre les conséquences d'une redoutable contagion. Malheureusement, elle a été condamnée par l'expérience d'une façon complète et absolue.
1. On retrouve le germe de la médication abortive dans les plus anciens auteurs qui ont écrit sur la syphilis. Dès les premiers temps de l'apparition du mal français en Europe, on a exprimé Tespoir qu'on pourrait prévenir Tinfection constitutionnelle par la destruction immédiate de Taccident primitif. (Voy. à ce sujet ma Collection choisie des anciens sijphiliographes.)
2. C'est ce qu'avait dit de môme Huntcr : « Le chancre est une maladie locale... Il y a peu de danger d'infection pour Téconomie, si le chancre a été détruit presque après son apparition et à une époque où Ton peut raisonnablement supposer que l'absorption n'a pas eu le temps de se faire. » {Du chancre, ch. III, g 1.)