‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 53 sur 263 · PLÉIADE · texte numérisé non relu

PLÉIADE

Voyez celui-ci tout d'abord. Au-dessous du ligament de Fallope, dans le triangle de Scarpa, au devant, en dedans et en dehors des vaisseaux, vous apercevez une pléiade ganglionnaire, composée de sept glandes, toutes tuméfiées, toutes offrant un excès de volume bien manifeste. Deux de ces glandes, plus petites que les autres, sont comparables à de gros noyaux de cerise ; une autre représente un haricot; trois ont la proportion d'une olive; la plus interne, enfin, a le volume d'une petite noix. Cette dernière, bien évidemment, constitue ici le ganglion direct, le ganglion anatomique de la pléiade.

Seconde pièce. — Au-dessous de l'arcade crurale, pléiade com- 1 posée de six ganglions. Cinq de ces ganglions, situés en dehors (et au-devant des vaisseaux fémoraux, présentent le volume de

1 au bas mot, le volume de grosses noisettes et recouvrent l'artère iliaque externe.

» Seconde pièce (conservée dans l'alcool). — Cette seconde pièce présente l'ensemble -I des vaisscau.K iliaques et fémoraux, depuis l'origine de Fartère iliaque externe jus- ] qu'aux origines des artères musculaires superficielles issues de la fémoi-ale. Le long i de ces vaisseaux sont échelonnés en grand nombre des ganglions lymphatiques hys pertrophiés, que l'arcade de Fallope divise naturellement en deux séries. La série'su- ? périeure, située dans la fosse iliaque, comprend neuf ganglions disposés comme il ^ suit : cinq, avoisinant l'arcade crurale, recouvrent les vaisseaux iliaques; ils sont j juxtaposés, mais distincts et indépendants ; — trois sont situés au côté interne de la vveine, sur un plan supérieur aux précédents; — un autre, tout à fait supérieur et d détaché, occupe le niveau d'origine de l'artère hypogastrique ; il est à cheval sur I l'artère et Ixi veine iliaques, — Ces ganglions sont gros en moyenne comme des noi- < settcs.

» La série inférieure est composée de six ganglions. Cinq d'entre eux, du volume de liC grosses noisettes, recouvrent les vaisseaux fémoraux au-devant desquels ils sont situés. I Ils forment un petit groupe quadrangulaire, dépassant légèrement ces vaisseaux de

■ chaque côté, surtout en dehors. En dedans de la veine on voit un autre ganglion bien • plus volumineux que tous les autres, gros comme une noix. Celui-ci est le ganglion : direct de la pléiade.

» Troisième pièce (conservée dans l'alcool). — Mômes dispositions générales que idans la pièce précédente. L'arcade fémorale divise également en deux séries les groupes

■ ganglionnaires. — La série supérieure ou iliaque est formée de cintj ganglions gros comme des amandes ou des olives, recouvrant à des hauteurs diverses l'artère et la

v-veine iliaques.Deux de ces ganglions sont adhérents et presque fusionnés. — La série ■■inférieure ou inguinale ne compte pas moins de ome ganglions, étages en séries Bnrerticales le long des vaisseaux fémoraux, qu'ils débordent en dedans et en dehors. ^Irlnégaux de volume, ces ganglions sont comparables comme proportions, les uns à lies noyaux de dattes ou à des amandes, d'autres à des noisettes, d'autres à de petites jlives, etc. Deux, supérieurs et externes, sont soudés ensemble et décrivent une arado à concavité inférieure- Deux autres, internes, placés l'un au-dessus de l'autre ■omme deux grosses perles de boucles d'oreilles et plus volumineux que tous les nitros, correspondent sans doute aux ganglions directs de la pléiade, mais d'une façon noins manifeste que dans les pièces précédentes. »

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grosses noisclles. Le sixième, plus interne el. situé en dedans de la veine fémorale (ganglion direct), est gros comme une noix.

Troisième pièce. — Ici, pléiade plus riche, ne comptant pas moins de onze ganglions. Ces ganglions sont étagés en séries verticales le long des vaisseaux fémoraux, qu'ils débordent en dedans et en dehors. Inégaux en volume, ils sont comparables pour quelques-uns à des noyaux de dattes ou à des amandes, el pour d'autres à des noisettes, à de petites olives, etc. Deux, supérieurs et externes, apparaissent comme soudés ensemble, fusionnés, et décrivent une arcade à concavité inférieure. Deux autres, internes, placés l'un au-dessus de l'autre comme deux grosses perles de pendants d'oreilles et plus volumineux que tous les autres, figurent sans doute les ganglions directs de la pléiade, mais d'une façon moins manifeste que sur les pièces précédentes.

Telle est. Messieurs, la pléiade ganglionnaire du chancre.

Mais ce n'est pas tout. Puisque vous avez sous les yeux ces trois pièces anatomiques, remarquez encore une autre particularité très-intéressante qu'elles démontrent nettement et qui va droit à l'encontre d'une opinion généralement acceptée, devenue presque classique.

On dit communément que le retentissement du chancre sur le système lymphatique s'arrête « au premier groupe de ganglions correspondant à ce chancre ». En d'autres termes, ce premier groupe seul serait affecté par le virus, tandis qu'au delà le système lymphatique resterait indemne, ne serait pas touché par l'influx spécifique. Or, les trois pièces que vous lenez entre les mains donnent un démenti formel à cette opinion. Elles témoignent, en effet, que non seulement les ganglions inguinaux se sont affectés à la suite du chancre, mais que de plus les ganglions iliquues ont été touchés de la même façon, à un degré presque égal. Voyez plutôt :

Sur celte première pièce, au-dessus de l'arcade fémorale, se trouvent quatre ganglions, étagés le long des vaisseaux iliaques sur une hauteur de 4- à 5 centimètres. Ces ganglions présentent, au bas mol, le volume de grosses noisettes.

Sur relle-ci, cinq ganglions, gros comme des amandes, comme

PLÉIADKS ILIAQUES. 167

des olives, recouvrent à des hauteurs diverses l'iirtère et la veine iliaques.

Sur la troisième, vous ne comptez pas moins de neuf ganglions depuis l'arcade de Fallope jusqu'au niveau d'origine de l'artère liypogastrique, à savoir : cinq un peu au-dessus de l'arcade crurale, recouvrant les vaisseaux iliaques; trois au côté interne de la veine iliaque, sur un plan plus élevé que les précédents; un dernier, tout à fait supérieur, situé exactement sur l'artère hypogas trique. Tous ces ganglions sont à peu près égaux comme développement à ceux du triangle de Scarpa.

Donc ces pièces vous montrent. Messieurs, de véritables pléiades iliaques, tout à fait comparables aux pléiades inguinales comme nombre, comme disposition, comme développement de ganglions. Donc, dans ces trois cas, le retentissement du chancre avait dépassé les ganglions de l'aine pou7' s'exercer presque au même degré sur les ganglions iliaques. — Veuillez bien noter cela, Messieurs; car c'est là, je vous le répète, un fait nouveau, un fait en désaccord avec ce qu'enseignaient nos classiques jusqu'à ce jour. — Inutile d'ajouter que l'influence spécifique s'était arrêtée auxganghons de la fosse iliaque, dans ces trois cas. Au delà, les autres ganglions étaient sains; et c'est pour cette raison qu'ils n'ont pas été conservés sur ces pièces.

Pratiquement, ces pléiades iliaques, accompagnant les pléiades inguinales du chancre, n'ont pas grande importance; car elles sont trop profondes pour pouvoir être perçues le plus habituellement. Serait-il possible d'ailleurs de les percevoir, elles n'ajouteraient rien à la signification déjà si précise des pléiades inguinales. Tout au plus sont-elles curieuses en ce qu'elles rendent compte de certains engorgements iliaques d'apparence strumeuse qu'on voit parfois se produire à l'occasion et à la suite du chancre infectant.

Mais, doctrinalement, elles comportent un intérêt réel en montrant la réaction exercée par le virus sur le système lymphatique, et peut-être aussi les voies suivies par ce virus dans sa pénétration et sa migration à travers l'organisme. Certes, il est fort remarquable de voir les ganglions lymphatiques s'affecter ainsi de

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proche en proche à la suilc du chancre. Jusqu'où se continue ce rayonnement d'influence? Après les ganglions iliaques, les ganglions lombaires sont-ils pris à leur tour, et après ceux-ci d'autres encore? Cela, nous l'ignorons, et nous ne pouvons rien affirmer à ce sujet. Mais convenez que nous aurions quelque droit à supposer que les choses se passent de la sorte, d'après cet engorgement des ganglions iliaques vraisemblablement consécutif à l'engorgement des ganglions de l'aine. Et, s'il en était ainsi, ne serions-nous pas alors admis à croire que l'irradiation du virus dans l'économie se fait par le canal des lymphatiques? — Mais ne nous égarons pas dans les hypothèses, et n'allons pas au delà de ce que nous voyons, de ce que nous savons d'une façon certaine. Toute induction à part, souvenons-nous seulement de ce fait incontestable, à savoir : qu'au lieu de se limiter, comme on le croyait, au premier groupe de ganglions correspondant au chancre, l'infection syphilitique peut retentir sur les ganglions situés au delà, par exemple sur ceux de la fosse iliaque à propos d'un chancre vulvaire, et constituer ainsi des pléiades iliaques eu aval, pour ainsi dire, des pléiades inguinales. Ce seul fait, n'aurait-il d'autres conséquences, est essentiel à connaître, intéressant à enregistrer.

Cela dit, je ferme cette parenthèse et je reprends mon sujet.

Je viens de vous montrer que le chancre syphilitique détermine habituellement à son voisinage des engorgements ganglionnaires remarquables à divers titres, et remarquables notamment par la multiplicité des ganglions affectés. Eh bien, je dois appeler toute votre attention. Messieurs, sur ce caractère polt/ganglionîiaire du bubon syphilitique. C'est là, en effet, un caractère distinctif, presque pathognomonique, quand il est bien accusé, bien formulé. Par cette particularité seule le bubon syphilitique se différencie radicalement et de l'adénite inflammatoire commune, qui n'affecte en général qu'un ganglion, ou bien qui fond en une seule masse les ganglions qu'elle alTeclc; — et du bubon symplomaliquedu chancre simple, presque toujours monoganglionnaire; — et du bubon slrumeux qui, polyganglionnaire de fait, ne constitue en apparence qu'une tumeur unique, parce qu'il englobe et

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