‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 55 sur 263 · TERMINAISON · texte numérisé non relu

TERMINAISON

suppuré, comme accident du chancre syphilitique, est un fait aussi rare, aussi exceptionnel que possible. — C'est là, Messieurs, ce qu'a eu le mérite, le grand mérite, d'établir comme loi pathologique le maître illustre dont j'ai reçu les leçons. « Par lui-même et en dehors de toute excitation étrangère, a dit M. Ricord, le bubon si/mptomatique du chancre infectant ne suppure jamais. » Cela, tous les syphiliographes le répètent aujourd'hui; tous sont d'accord pour regarder comme absolument exceptionnelle la suppuration de l'adénopathie qui se produit à la suite du chancre infectant. Les statistiques sont formelles à ce propos et déposent toutes dans le même sens. Ainsi :

1» Sur 265 chancres indurés, observés chez Thommc, trois fois seulement l'adénopathie symptomatique du chancre a abouti à un abcès. Et, dans ces trois cas, la suppuration ne s'est produite qu'à la suite d'une dégénérescence strumeusc des ganglions.

2° Sur 204 chancres syphilitiques observés sur la femme, 5 fois seulement nous avons noté des suppurations ganglionnaires.

3° M. A. Guérin dit même « qu'en quatre années passées à l'hôpital de Lourcine il n'oserait pas affirmer avoir vu un seul bubon symptomatique du chancre infectant donner lieu à un abcès » '.

Etc., etc.

Et rien d'étonnant à ce que le bubon symptomatique du chancre infectant ne suppure pas. Puisque ce bubon est une adénopathie essentiellement froide et aphlegmasique, il ne saurait aboutir à la suppuration, laquelle est l'expression ultime et le terme le plus élevé du processus inflammatoire.

En somme, ce dont il importe, Messieurs, que vous restiez bien convaincus, c'est que le bubon suppuré, ne fait pas partie du cor-

1. Maladies des organes génitaux exte^rnes de la femme ; Paris, 186i, p. 88. — Je dois mentionner toutefois ici qu'une statistique produite par M. Rollet donne une proportion notablement difféTente de celles qui précèdent, à propos du bubon suppuré symptomatique du chancre infectant. Sur 320 cas de chancres syphilitiques, M. Rollet dit avoir observé 17 cas de suppuration ganglionnaire. Je ne saurais discuter cette. statistique, n'en connaissant pas les éléments; mais je puis dire que les résultats m'en paraissent excessifs. Certes l'on n'observe pas, en général, plus de deux ou trois fois sur 100 cas le bubon suppuré à la suite du chancre syphilitique. Y a-t-il eu dans les cas de M. Rollet des circonstances particulières (complications innammatoircs, prédispositions strumcuses, etc.) qui ont influé sur la terminaison du bubon? Cela me paraît plus que probable, pour expliquer le chiffre élevé de ces suppurations ganirlionnaires

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lège habituel (le la syphilis. Car, ainsi que je vous le disais au débul de notre réunion de ce jour, en vertu de cette tendance qui porte à attribuer des manifestations graves à des maladies graves, on accepte trop facilement en général cette double idée répandue dans le public, à savoir : que la syphilis doit s'accompagner de bubons sérieux, importants, volumineux, suppuratifs, chancreux, etc. ; — et que, réciproquement, un bubon de ce genre doit appeler à sa suite d'autres symptômes d'un pronostic proportionnel, témoigner d'une infection profonde et préluder à des accidents redoutables. Or, ces deux idées, ces deux inductions rationnelles sont également et absolument fausses. La vérité sur l'un et l'autre de ces points, c'est d'abord : que la syphilis ne produit presque jamais que des bubons essentiellement bénins, plus que bénins même, anodins, si j'ose ainsi dire, et souvent ignorés, latents; — c'est ensuite que le bubon qui suppure, n'appartenant pas à la syphilis quatre-vingt-dix-sept fois sur cent en moyenne, ne présage rien pour l'avenir; que, loin d'être une menace, un indice alarmant, un bubon de ce genre constitue tout au contraire, en général du moins, une sauvegarde, une garantie.

Donc, Messieurs, conclusion pratique (et c'est là que j'en voulais venir) : si, interrogeant un malade sur des antécédents vénériens que vous avez intérêt à connaître, vous trouvez dans les commémoratifs un bubon suppuré, ne concluez pas de là, comme on le fait souvent, au soupçon d'une syphilis antérieure. Loin d'attester la syphilis, en effet, ce bubon témoigne énergiquement contre elle. Si, à propos d'un chancre, il s'est produit une suppuration ganglionnaire, il y a tout lieu de croire, il y a 97 à parier contre 3, que ce chancre n'était pas de nature syphilitique. Vos malades vous diront : « J'ai eu la vérole, j)uisque j'ai eu un bubon suppuré. » Dites-leur inversement : « Il y a toute chance pour que vous n'ayez pas eu la vérole (de par ce bubon toutefois), puisque ce bubon a suppuré. » Car, sinon jamais, du moins presque jamais la vérole ne produit de bubon qui suppure.

Il est des cas, toutefois, où le chancre syphilitique s'accompagne d'adénites inflammatoires qui peuvent aboutir et qui abou-

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