SUPPURATION
tissent parfois à un abcès'. Mais ces cas sont extrêmement rares; ils constituent l'exception minime. On n'en compte guère plus d'un à trois exemples sur cent malades. Si rares cependant qu'ils puissent être, ces cas existent, et il faut en tenir compte. C'est qu'en effet, si l'adénopathie du chancre syphilitique n'a pas de tendance par elle-même à s'enflammer et à suppurer, elle n'est pas exempte pour cela des complications vulgaires qui peuvent retentir sur elle et y déterminer un processus phlegmasique. 11 ne lui est pas défendu de s'enflammer sous l'influence d'une provocation quelconque, telle que marche, fatigue, danse, pansements irritants, cautérisations intempestives, etc. Il ne lui est pas défendu non plus de subir la réaction de l'organisme sur lequel elle s'est développée, de dégénérer, par exemple, en une adénopathie strumeusechez des sujets lymphatiques ou scrofuleux. Puis, il est des natures chez lesquelles tout est prétexte à suppuration, chez lesquelles le moindre accident provoque la formation du pus. Et enfin nous ne savons pas, nous n'oserions dire si la syphilis n'est pas apte par elle-niême, en quelques circonstances données, à déterminer la suppuration de ses adénopathies. Quoi qu'il en soit, il est certain, je vous le répète, que le bubon du chancre peut, en certains cas exceptionnels, aboutir à un abcès.
Et alors, quand il suppure, comment suppnre-t-ill Ici encore nous allons enregistrer une particularité curieuse qui différencie ce bubon de l'adénite propre au chancre simple. — Remarquez bien ceci <
1. Tel est le cas pour les adétiopathies sous-maxillaires symplotnaliqucs du chancre (les lèvres, de la face, du menton. J'ai remarqué plus d'une fois que ces adénopathies peuvent se présenter avec un processus inflammatoire plus ou moins accentué (ganglions volumineux, douloureux à la pression , avec empâtement périphérique, tension de la peau, menace de suppuration, etc.). Presque toujours, il est vrai, cette tendance phlegmasique n'est qu'épiiémère et cède rapidement à quelques antiphlogistiques (bains, cataplasmes, etc.). Mais elle n'en est pas moins remarquable, en raison du fait exceptionnel qu'elle constitue. Quant à l'explication de ce fait, j'avoue qu'elle m'échappe absolument.
Au reste, qu'on ne se méprenne pas sur la remarque qui précède. Je suis bien loin de donner comme habituelle cette tendance innammaloire des adénopathies sous-maxillaires, laquelle en somme n'est qu'assez rare. Je dis .seulement que, proportions gardées et relativement aux bubons d'autre siège, ces adénopathies sous-maxillaires se présentent quelquefois avec un cortège de phénomènes subaigus qu'on n'a pas l'habitude d'observer en compagnie du chancre syphilitique.
174 ADÉNOPATHIE PRIMITIVE.
Quand ce bubon suppure, il suppure à la façon d'une adénite simple. Il forme un abcès; cet abcès s'ouvre ou est ouvert par le chirurgien; il s'évacue, puis il se ferme. Et tout est dit, tout est fini. Rien de plus ne se manifeste. C'est là tout le bubon syphilitique suppuré.
Détail négatif, très-essentiel à spécifier ici : Jamais ce bubon ne suppure à la façon de certains bubons qui, après avoir constitué une collection et après s'être ouverts, s'ulcèrent largement, se creusent, sécrètent un pus qui s'inocule aux parties saines, et se convertissent finalement en un clapier chancreux, lequel tend à persister ou même parfois à envahir par destruction progressive une vaste étendue des tissus ambiants. Non, jamais, au grand jamais, le bubon syphilitique ne suit cette marche, n'affecte cette allure. D'abord, le pus qu'il sécrète n'est pas auto- inoculable. Ce pus a été inoculé plus d'une fois et toujours sans succès*. De plus, l'abcès qui le fournit se ferme toujours sans la moindre tendance à s'élargir, à s'irradier, à se convertir en un foyer chancreux. Ce qu'on appelle Vabcès chancreux des ganglions, le chancre ganglionnaire, est un accident tout spécial dont n'est pas susceptible le bubon du chancre syphilitique; c'est un accident qui appartient 671 propre à une autre maladie, c'est un accident qui est Y apanage exclusif du chancre sm^/e, lequel, seul, peut déterminer une complication de ce genre. Le véritable bubon chancreux ne saurait s'observer avec le chancre syphilitique, pas plus qu'on n'observe l'angine de la scarlatine avec la rougeole, pas plus qu'on ne rencontre la pusfulation variolique dans la scarlatine, etc.
Sachez bien cela. Messieurs, et quand vous rencontrerez un bubon de cette espèce, un bubon converti en une plaie chancreuse, largement ouvert, creux, ulcéreux, béant, s'irradiant sur les parties voisines, ou phagédéniquc à plus forte raison, ne vous
I. M. Ricord a môme dit que le pus do l'adéiinpatliie syphilitique « est uu pus ■iimple, phlco;moncux, vulgaire, et sans mélange de virus s. Cela peut être, mais cela n'est pas démontre. Je ne sais et personne no sait encore ce que produirait l'inoculation de ce pus à un sujet sain. Il est bien possible que, résultant d'une inflannnation siniiileou d'une dégénérescence strumeusc de la glande, celle suppuration soit innocente et dépourvue de toute spécificité. Cependant, sécrétée par un organisme infecté, fournie par une glande qui s'est abcédée à l'occasion, sinon par rcfTct d'un chancre, '■lin pourrait à bon droit, ce me semble, élrc tenue pour suspecte. En tout cas, l'expérience n'a pas été faite, et elle est assez périlleuse pour qu'on se garde de l'instituer.
VARIÉTÉS. Hf)
laissez pas aller à l'eiTeur commune qui, jugeant de la maladie par la gravité du symptôme, rapporte un tel accident à la syphilis. Affirmez en pleine assurance (vous y êtes autorisés) qu'un bubon de ce genre ne dépend pas de la vérole, qu'il n'a pu être provoqué par la vérole, car ce n'est pas là un symptôme qu'elle ait le droit de produire, car cet aQcident lui est tout aussi étranger que le serait une pneumonie ou une variole. Affirmez qu'une autre maladie est cause de ce bubon; et cette maladie, que vous pouvez spécifier sans hésitation, c'est le chancre simple.
A chaque espèce morbide ses manifestations propres. Au chancre simple le bubon chancreux, le grave, le terrible bubon chancreux, susceptible d'ulcérer toute l'aine et de déverser ses ravages sur les régions voisines. — A la syphilis, le bubon froid, indolent, aphlegmasiquc, le bubon ne suppurant que d'une façon très-exceptionnelle et ne suppurant jamais qu'à la façon de l'adénite la plus simple, le bubon en un mot inoffensif et anodin.
Tel est, messieurs, le bubon du chancre syphilitique dans sa forme la plus commune, sous son type le plus usuel, — Pour en compléter le tableau, laissez-moi vous dire actuellement quelques mots sur les modifications qu'il peut subir, sur les variétés d'importance secondaire qu'il peut présenter.
I. — Il est d'abord des différences de degré dans le développement du bubon.
Ainsi, le bubon peut s'accuser faiblement, ne consister qu'en une tuméfaction ganglionnaire de volume presque minime. — Gela n'est pas très-rare chez la femme.
Inversement, et ceci est plus commun, l'intumescence ganglionnaire dépasse parfois les proportions que nous lui avons assignées comme habituelles, pour prendre par exemple le volume d'une noix, d'un petit œuf, d'un œuf de poule, etc. On dit môme avoir rencontré des bubons syphilitiques plus considérables encore; mais il est probable que, dans ces cas exceptionnels, le développement excessif de l'adénopathie résultait de complications inflammatoires ou d'une dégénérescence strumeuse des ganglions.
Notons incidemment, à ce propos, qu'il n'est pas de relation
176 ADÉNOPATHIK PRIMITIVE.
fixe à élablir entre la lumélaclion ganglionnaire d'une pari, ci, d'autre pari, l'étendue ou l'induration du chancre. Si parfois on observe un bubon volumineux avec un chancre assez large ou fortement induré, parfois aussi on rencontre un bubon moyen ou petit avec un chancre dépassant la moyenne habituelle comme étendue et comme induration, ou inversement. Il n'est rien de régulier, d'absolu à cet égard.
II. — L'indolence et V absence de phénomènes inflammaloires ne sont pas toujours absolues. — Il n'est pas rare que le bubon syphilitique devienne légèrement douloureux et tende à prendre le caractère de l'adénite, lorsqu'il est soumis à des causes d'irritation, telles que la marche, la fatigue, l'excitation du chancre par la malpropreté, par l'urine, par des cautérisations intempestives, par des topiques qui ne lui conviennent pas, ou bien encore lorsque avec le chancre coexistent des accidents inflammatoires de vulvite, d'uréthrite, d'intertrigo, etc. Mais le plus souvent ce processus phlegmasique est aussi léger qu'éphémère et cède en quelques jours à de très-simples soins (repos, bains répétés, cataplasmes, pansements méthodiques, hygiène, etc.).
II y a plus, et ceci est bien digne de remarque. J'ai vu en certains cas le bubon syphilitique, soumis aux influences d'excitation que je viens de dire, aboutir à un abcès, devenir fluctuant, se ramollir, puis, chose curieuse, ne pas s'ouvrir, rester fluctuant pendant plusieurs jours, diminuer, se concentrer, se résoudre et disparaître. Ce bubon semblerait donc constituer de la sorte un abcès susceptible de résorption spontanée. Plusieurs fois j'ai été témoin de faits de ce genre. J'avais cru tout d'abord m'ètre laissé abuser par un sentiment de fausse fluctuation; mais, dans les cas ultérieurs qui se sont présentés à moi et que j'étudiai avec une attention minutieuse, j'ai constaté dûment une fluctuation trèsmanifeste, ne pouvant laisser de doute sur l'existence d'un abcès ou du moins d'une collection liquide, cl j'ai très-positivement vu cet abcès, cette collection disparaître sans s'ouvrir, se résorber (l'une façon spontanée.
III. — Le bubon syphilitique n'est pas toujours polyganglion-