TROUBLES GÉNÉRAUX DE LA PÉRIODE SECONDAIRE
C'est dans ce dernier cas surtout qu'ils peuvent donner le change "et prendre le masque d'une phtisie imminente.
Et, en effet, représentez-vous bien. Messieurs, cette femme syphilitique que je viens de vous dépeindre, jeune, surpri^e tout à coup par des symptômes de débililation, pâlissant, maigrissant, perdant son appétit et ses forces, s'étiolant d'une façon rapide, affectée même de temps à autre (phénomènes fréquents dans la syphilis secondaire) de sueurs nocturnes et d'accès de fièvre vcspérins. Qne soupçonneriez-vous en face d'un tel ensemble de symptômes? Quelle maladie redouteriez-vous? La phtisie pulmonaire, bien évidemment. C'est à ce diagnostic, en effet, ou plutôt c'est à cette appréhension que tout médecin serait naturellement conduit. Bien des fois, pour notre part, dans de telles conditions, nous avons cru certaines de nos malades sur la pente*de la tuberculose, surtout si quelque toux, quelque bronchite incidente venait à se mettre de la partie. Bien des fois nous avons ausculté anxieusement ces malades, cherchant dans leur poitrine l'explication de semblables phénomènes. Puis, après un cerlain temps, nos soupçons tombaient d'eux-mêmes, tous ces symptômes s'évanouissant; ce n'était pas la phtisie qui était en cause, c'était la syphilis seule qui avait déterminé d'une façon passagère ces troubles menaçants.
, C'est qu'en effet. Messieurs, la chloroanémie et l'asthénie syphilitiques ne sont que des états temporaires. Ne croyez pas que la femme syphilitique doive s'offrir à vous sous l'un ou. l'autre de ces aspects pendant toute la durée de la période secondaire. Ces troubles généraux n'ont qu'un temps. Ils durent quelques mois, une année au plus, rarement davantage; puis, sauf exception, ils disparaissent, ils s'évanouissent, spécialement si l'on intervient à temps par une médication appropriée.
Mais, pour n'ôlrc que temporaires, ces troubles de l'état général n'en sont pas moins graves, et c'est là un point sur lequel je sollicite votre attention. Comment et de quelle façon cette débilitalion syphilitique peut-elle devenir gravel Voilà ce qu'il importe au médecin de bien savoir.
D'une part, cette débililation peut être grave, d'abord jmr elle-
LKURS DANGERS INDIRECTS. 253.
même. Car, en s' exagérant, elle peut aboutir à cet état si redoulable connu sous le nom de cachexie syphilitique. Mais ce n'est là que son moindre danger, car cette cachexie est rare, exceptionnelle, même chez la femme. Vous n'en trouverez que quelques cas épars dans la science; pour ma part, je n'en ai observé que trois ou quatre depuis que je suis ici.
Mais d'autre part, cette débilitation est surtout grave par ses conséquences indirectes. Ce qui la rend réellement dangereuse, c'est qu'en raison des troubles fonctionnels qu'elle détermine, de la dépression qu'elle produit sur l'organisme, elle diminue la résistance de l'individu aux causes morbifiques qui peuvent l'atteindre, ouvre la porte aux susceptibilités morbides, et peut de la sorte exciter ou favoriser le développement de certaines diathèses. Je m'explique.
Supposez d'abord qu'une maladie incidente, sérieuse, surprenne les malades dans cet état de débilitation; croyez-vous que l'économie ainsi déprimée soit bien disposée pour soutenir la lutte? Le supposer seulement serait absurde.
Cet élément mystérieux qu'on appelle la malignité des maladies a certainement sa cause et ses racines, en partie du moins, dans certaines dispositions acquises de l'organisme, dans sa vitalité préalablement affaiblie, dans sa résistance moindre aux agents morbifiques. Eh bien, nul doute que la syphilis ne soit en quelques occasions une source de malignité, en raison de l'action dépressive qu'elle exerce sur l'économie. Nul doute que si, chez les syphilitiques, certaines maladies simples deviennent graves parfois, cette gravité, cette malignité ne dérive, au moins en certains cas, de l'atteinte préalablement portée à l'économie par le poison syphilitique. Plusieurs fois déjà, pour ma part, j'ai cru remarquer d'une façon peu douteuse cette influence défavorable, je dirai même pernicieuse, de la diathèse sur l'évolution de certaines maladies intercurrentes. Ce n'est là, il est vrai et vous ie comprenez de reste, qu'un fait non susi-eptible d'une démonstration exacte, positive, car il est impossible de déterminer sûrement le pronostic d'une maladie quelconque dans un cas particulier; ce n'est là qu'une impression, j'y consens; mais je crois qu'en l'espèce cette impression ne m'a pas trompé.