‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 76 sur 263 · TROUBLES GÉNÉRAUX DE LA PÉRIODE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

TROUBLES GÉNÉRAUX DE LA PÉRIODE SECONDAIRE

J'ai dit, en second lieu, que la débilitalion syphilitique peut favoriser ou exciter le développement, la manifestation de certaines diathèses en puissance. Sur ce point il ne saurait rester de doutes, et tous les médecins qui n'observent pas seulement dans le champ restreint de la spécialité ont été frappés de cette action indirecte de la syphilis sur la mise en évolution de certaines diathèses.

Pour la scrofule, tout d'abord, nous avons de cela des exemples quotidiens. Très fréquemment, chez les jeunes gens lymphatiques, délicats, blonds, et plus souvent encore chez les jeunes femmes de même tempérament, nous voyons la syphilis donner le coup de fouet en quelque sorte au vice strumeux latent, et provoquer diverses déterminations morbides d'essence manifestement scrofuleuse : soit, par exemple, des engorgements ganglionnaires volumineux et chroniques (tels que bubons cervicaux, sous-maxillaires, inguinaux ou autres), soit des lésions articulaires ou osseuses, soit encore des scrofulides intenses ou malignes qu'on prend d'abord pour des syphilides, mais dont la ténacité et l'évolution ultérieure, sans parler d'autres caractères, démontrent plus tard la nature essentiellement scrofuleuse. C'est, je me le rappelle, aux accidents de ce genre, mélis comme origine et souvent aussi comme caractères, que M. Ricord donnait, en langage familier, la dénomination expressive de scrofiilates de vérole.

Il en est de même de la tuberculose. Que la syphilis se déclare chez une jeune femme prédisposée à la tuberculose soit par hérédité, soit par tempérament acquis, ne peut-elle pas en anémiant, en asthéniant, en appauvrissant l'économie, précipiter ou même provoquer le développement de tubercules qui, sans l'appoint de cette cause adjuvante, ne se seraient manifestés que plus tardivement ou qui même ne se seraient peut-être jamais produits? Cela, le bon sens le dit, et la clinique le prouve. Pour ma part, j'ai déjà vu, soit ici soit ailleurs, nombre de jeunes sujets, chez lesquels la syphilis avait exercé puissamment son influence dépressive, devenir tuberculeux dans les premiers mois ou les premières années de l'infection. J'ajoute même que, développée dans ces conditions, la phtisie suit quelquefois une évolution hâtive, fait les progrès rapides, et tue à bref délai.

RÉACTION SUR LES DIATllÈSES EN PUISSANCE. 255

Aussi, d'après mon expérience propre, comme aussi d'après ce qu'ont dit sur ce point les observateurs les plus autorisés, n'Iiésiterai-je pas à inscrire la syphilis au chapitre étiologique de la Uiberculisation pulmonaire.

Comment cette cause spéciale, la syphilis, conduit-elle à la tuberculose? Je l'ignore, mais je Suppose qu'elle agit tout naturellement en appauvrissant l'organisme, en diminuant la résistance vitale. Je suppose qu'elle agit ici, non pas comme cause spécifique, mais comme cause dépressive banale, c'est-à-dire au même titre que la misère, la captivité, les chagrins, l'alimentation insuffisante, le surmenage, les excès, les fatigues, etc., toutes causes qui, comme vous le savez et comme la science actuelle le démontre, composent le fond étiologique de la phtisie pulmonaire.

Aussi bien d'une façon générale, et c'est là le point clinique où je voulais en venir, mé(iez-vous delà vérole, Messieurs, quand vous la voyez agir sur F économie de faço7i à appauvrir V individu; méfiez-vous d'elle quand vous la voyez produire un état général un peu sérieux, et surtout quand cette action dépressive s'exerce sur des sujets jeunes, spécialement chez des femmes encore à peine nubiles, lymphatiques d'allure, faibles de constitution, pâles, préalablement anémiques, etc. ; méfiez-vous d'elle plus encore quand ces jeunes femmes sont prédisposées à la tuberculose par des antécédents héréditaires, car cette syphilis peut facilement devenir, dans de telles conditions, un prétexte suffisant à l'éclosion des tubercules.

Ce que je viens de vous dire de la scrofule et delà tuberculose^ je pourrais vous le répéter à propos d'autres diathèses, à propos des névroses en particulier, que la syphilis surexcite parfois à un degré surprenant; — à propos de la darlre', de V herpès, dont

1. J'ai vu nombre de fois déjà des manifestations dartreuses, le psoriasis, par exemple, succéder à des manifestations syphilitiques et se développer, vraisemblablement du moins, sous l'impulsion indirecte de la syphilis. Je crois donc que la syphilis peut servir d'incitation indirecte aux poussées dartreuses chez les sujets héréditairement ou personnellement prédisposés à la dartre. Je le crois d'autant plus que cette opinion n'est pas seulement mienne; je l'ai retrouvée formellement exprimée par M. Bazin. En plusieurs passages de ses livres, le savant dcrmalologiste de Saint- Louis signale Tinlluence exercée par la syphilis sur les aflcctions cutanées, notammnnt sur la dartre. « ... Il arrive encore, dit-il, que les syphilides provoquent l'cx-

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