‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 8 sur 263 · ACCIDENTS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

ACCIDENTS GÉNÉRAUX

maladie Icml à se généraliser comme phénomènes, ainsi que nous l'avons dit dans notre cinquième loi :

« Ce n'est qu'au deLà de ce temps qu'à cet accident primitil", d'apparence toute locale, succède une explosion d'autres symptômes multiples et variés. Ceux-ci diffèrent essentiellement de l'accident initial en ce qu'ils ne sont plus localisés comme lui au lieu même où s'est exercée la contagion, mais disséminés en divers points et susceptibles d'affecter tous les tissus, tous les

On verra donc, après un délai de quelques semaines, se joindre à l'accident local de contagion d'autres manifestations très variées et de forme et de siège, à savoir : éruptions à la peau (syphili(jes); — érosions ou ulcérations des muqueuses buccale, vulvaire, anale, etc.; — douleurs en divers points (membres, articulations, tête, etc.); — engorgements ganglionnaires; — lésions diverses des tendons, des muscles, du périoste; — chute des cheveux; — et cent autres phénomènes que j'aurai bientôt à vous décrire.

Quels qu'ils soient d'ailleurs, ces accidents nouveaux ont tous un caractère commun; tous ils diffèrent essentiellement de l'accident primitif en ce qu'ils ne sont pas comme lui localisés au point où s'est exercée la contagion. Loin de là, ils se portent partout. Ils sont disséminés, éparpillés sur les divers systèmes de l'économie. Le corps entier semble être leur domaine, et leur multiplicité n'a d'égal que leur infinie variété de formes et d'expressions. Affectant ou pouvant affecter tous les tissus, tous les organes, ils semblent témoigner par leur liberté d'expansion d'une sorte de généralisation de la maladie à tout l'être vivant, d'une imprégnation totale de l'organisme par un principe infectieux, par un levain morbide partout présent. Somme toute, ils ont le droit de se produire partout, tandis que la lésion initiale n'a que la faculté de se produire en un point. Aussi, pour les distinguer de celle-ci, leur a-t-on. donné de vieille date la dénomination d'accidents géyiéraux.

Telles sont. Messieurs, les lois primordiales auxquelles est assujettie — chez l'homme du moins — l'évolution de la syphilis à son début. Ces lois, je vous les donne pour certaines, pour absolues et définitives, car elles reposent, d'une part, sur l'observation

clinique la plus rigoureuse, et, d'autre part, sur les données ; contestables et incontestées de l'expérimentation.

Gela posé, rentrons actuellement dans notre sujet, et examinons si les choses se passent de la même façon chez la femme; recherchons si, chez la femme, l'infection syphilitique primitive affecte une évolution identique.

A priori, que pouvons-nous inférer de la question d'après les données de la pathologie générale ?

Interrogeons à ce propos les maladies virulentes. Voyons-nous ces maladies se modifier dans leur évolution suivant le sexe? La variole, par exemple, présente-t-elle chez la femme une autre marche que chez l'homme? Nullement. La rougeole delà femme est-elle différente dans son processus morbide de la rougeole de l'homme? Pas davantage. Observons-nous que dans la scarlatine il y ait interversion des symptômes, ou absence de tel ou tel phénomène essentiel, suivant que la maladie affecte un sexe ou l'autre? 11 n'en est rien. Et la vaccine, et la rage, et la diphthérie, et tant d'autres espèces pathologiques que je pourrais citer, nous offrent-elles à constater une éclosion et une évolution dissemblables suivant qu'elles se produisent sur la femme ou sur l'homme? Vainement je consulte nos meilleurs classiques à ce sujet, je ne trouve mention nulle part d'une symptomatologie sensiblement modifiée par les conditions sexuelles. De telle sorte qu'à tenir compte seulement de fanalogie clinique, nous aurions presque le droit de préjuger le résultat de l'enquête à laquelle nous allons nous livrer, et de dire : « Il doit en être de la syphilis comme des autres affections virulentes ; les conditions sexuelles doivent être impuissantes à la modifier dans son évolution, du moins en ce que cette évolution a d'essentiel, de caractéristique; et, si cette maladie obéit chez l'homme à de certaines règles fixes d'éclosion et de développomont, il est vraisemblable, il est presque certain à priori qu'elle doit être assujettie aux mêmes lois chez la femme. »

Mais analogie n'est pas raison en science, Messieurs. Les faits .^euls peuvent juger la question en litige; ne demandons qu'aux faits la solution du grave problème que nous éludions.

Nous savons que chez l'homme l'inleclion syphilitique primitive •st soumise à certaines lois primordiales dont je vous ai donne lu formule et la démonstration. Eh bien, reprenons une à une ces diverses lois et voyons si la syphilis de la femme leur obéit également.

I. De la première je n'ai qu'un mot à vous dire, parce qu'elle ne souffre pas contestation.

Chez la femme comme chez l'homme, la syphilis ne résulte jamais d'une élaboration spontanée; elle est toujours le résultat d'une contagion, de l'importation accidentelle d'un virus spécifique dans un organisme sain. Cela est d'évidence notoire; et si par impossible — par impossible, je devrais supprimer ce mot, car le cas s'est vu — si, dis-je, une de nos malades nous disait avoir oasné un chancre vulvaire en se livrant aux seules occupations d'une pudique Lucrèce, nous mettrions en doute à juste titre et .sa sincérité et sa vertu; nous tiendrions tous pour absolument dérisoire cette genèse d'une vérole immaculée.

Que les femmes le sachent donc bien : chez elles, pas plus que chez l'homme, la syphilis n'a d'éclosion spontanée.

II. — En revanche, bien plus délicate et plus difficile à résoudre se présente, chez la femme, la question de V incubation.

Pour déterminer en effet la réalité d'une incubation, il faut de toute nécessité deux dates précises : date où s'est exercée la contagion, et date où les premiers phénomènes morbides se sont produits. Or, l'une et l'autre sont presque également difficiles, impossibles même à obtenir des femmes en général, et plus particulièrement encore du genre de femmes que nous soignons ici.

Demandez aux malades de nos salles de vous fixer le jour où elles ont subi la contagion; elles ne pourraient vous répondre, môme alors qu'elles auraient la bonne volonté de vous éclairer à €0 sujet. C'est que toutes en effet, ou presque toutes, ont eu des rapports multiples dans un court délai; c'est qu'elles ont eu commerce avec plusieurs homme;, jusqu'à la veille, jusqu'au matin même de leur entrée à fhôpital. Qui leur a transmis « leur mal »,

FOURNIEIt. a

elles l'ignorenl le plus souvent; quand ce mal leur a-l-il élé transmis, elles le savent moins encore.

Mêmes difficultés, d'autre part, pour déterminer la date exacte où sont apparus les premiers accidents. On n'obtient presque invariablement sur ce point que des assertions très incertaines, très vagues, la plupart du temps môme manifestement erronées. Quelle confiance, par exemple, accorder à ces malades qui, venant réclamer nos soins pour des lésions évidemment anciennes, nous disent s'en être aperçues la veille ou le jour même de leur admission à l'hôpital?

Ici ou ailleurs, interrogez cent femmes sur ce sujet délicat de l'incubation, je mets en fait que vous en trouverez à peine une seule qui vous répondra catégoriquement : «J'ai reçu le mal tel jour, et c'est tel autre jour que j'en ai ressenti les premières atteintes. »

Il est certains cas, toutefois, dans lesquels l'incubation a pu être surprise et déterminée d'une façon exacte : ceux, par exemple, où un seul rapport avait préludé à la maladie ; — ceux où des femmes, effrayées d'une faute, sont venues se soumettre à la surveillance assidue d'un médecin; — ceux où les premières manifestations spécifiques se sont produites à la suite d'une incarcération, d'une maladie aiguë, d'un séjour dans un hôpital; à la suite encore d'un attentat à la pudeur, d'un viol commis sur une jeune fille, etc.; — toutes circonstances spéciales qui permettent de fixer la chronologie des accidents. Or, dans tous les cas de ce genre, il est un fait presque généralement remarqué par les observateurs, c'est qu'un laps de temps plus ou moins long, de quelques semaines en moyenne, a toujours séparé l'époque de la contagion de celle où s'est révélée la maladie. Telle est, pour ne vous en citer qu'un exemple, l'observation suivante que j'emprunlo à M. Clerc* :

Une jeune fcmmo, ancctéc (rurétlirito purulente, est internée à S<iiul-Lazaro le I" novembre'. Le \'t drccnilirc suivant, rWc prrsenlo à la bouchr-, sur la lèvre supcrifure. une cxcorialion qui ne larde pas à devenir un chancre induré et qui plus lard est suivie d'accidents constitutionnels. Pressée de questions sur les circonstances qui ont pu déterminor ce chancre, cette fcninic finit par en ronfes.ser la honteuse origine, laquelle remontait à deux ou trois jours avant l'incarcéralion i.

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