‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 90 sur 263 · V. — Pas de tendance spéciale à la disposition cerclée · texte numérisé non relu

V. — Pas de tendance spéciale à la disposition cerclée

Ces détails et d'autres encore que je passe sous silence donnent à ces deux éruptions une physionomie générale très différente.

Je mettrai encore en parallèle avec Paffeclion qui nous occupe actuellement une autre lésion non décrite, que j'ai eu l'occasion d'observer plusieurs fois, et qui pourrait donner le change à un médecin non prévenu.

Celte lésion consiste en une rougeur morbide se produisant soit en nappe soit en plaques lenticulaires, au niveau de la face palmaire de la main, notamment sur les régions thénar et hypothénar. La rougeur est le seul phénomène qui constitue l'affection, car elle na s'accompagne ni de douleur, ni de prurit, ni de desquamation, etc.

Je ne sais comment se développe cette lésion, ni quel temps elle met pour se développer; mais ce que je puis dire, c'est qu'une fois établie, elle persiste quoi qu'on fasse, en dépit de tout traitement, et cela au moins plusieurs années.

Pour ravoir observée plusieurs fois sur des sujets manifestement entac-hés d'arthritis, je crois être en droit de la considérer comme de nature arthritique. En tout cas (et c'est là seulement ce qui nous intéresse pour l'instant), celle rougeur simule à s'y méprendre un psoriasis spécifique à sa période terniinidc, c'cst-à-dirc après desquamation, et je pourrais citer plusieurs erreurs que j'ai vu commettre à ce propos. La confusion toutefois sera facilement évitée si l'on a soin de s'enquérir des coramémoratifs. Car Vabsence de desquamation à toute période de la lésion suffit pour caractériser cette sorte d'exanthème {exanthème arthritique palmaire) et le différencier du psoriasis syphilitique.

SYPHILIDES CUTANÉES.

Troisième espèce : Syphilide papuleuse humide, papulo-érosive.

(Plaques muqueuses liumides de la peau.)

Comme son nom l'indique, cette troisième forme diffère des deux espèces précédentes en ce que ses papules, au lieu de rester sèches ou squameuses, sont au contraire humides, érosives, sécrétantes, à la façon des papules du tégument muqueux. Aussi les lésions par lesquelles elle se caractérise ont-elles reçu de certains auteurs le nom de plaques muqueuses de la peau.

Identiques comme aspect et comme caractères avec les syphilides des muqueuses, ces papules érosives trouveront leur place naturelle dans la description de ce dernier groupe d'accidents. Je ne fais donc pour l'instant que les signaler ici à leur place.

Quatrième espèce : Syphilide paptilo-croûteuse.

Il arrive parfois que les papules syphilitiques sécrètent (par quel mécanisme, nous l'ignorons encore) un exsudât qui se concrète à leur surface et y forme de véritables croûtes. Elles prennent alors une physionomie très différente de celle qui leur est habituellement propre, pour se rapprocher, en apparence au moins, des syphilides pustulo-crustacées.

L'éruption qu'elles constituent sous cette forme est dite papulocroûleuse.

La syphilide papulo-croûteuse consiste donc en ces deux éléments :

1" une jjapule qui sert de base à la lésion ; 2" une croûte qui en est le revêtement.

La papule est ici ce qu'elle est ailleurs, ce qu'elle est toujours, à savoir : une infiltration circonscrite du derme se traduisant par une saillie légère en forme de petit plateau.

La croûte est proportionnelle à l'étendue de la papule, qu'elle recouvre à peu près complètement, sauf sur ses bords. Elle est peu épaisse, en général, inégale comme surface, sèche et cassante, d'une coloration assez variable, tantôt jaunâtre, tantôt brune,

SYIMIILIDE PAPULO-r.nOUTEUSE. 301

tantôt d'un gris sombre, ardoisé. — Détail important, cette croûte surmonte la papule, elle la couronne, mais sans être enchâssée par elle à la façon d'autres croûtes dont nous parlerons bientôt et dont le propre est d'être encadrées par les bords de l'ulcération sous-jacente. Aussi n'est-elle que peu adhérente et se détache-t-elle très facilement. — Quand elle s'est détachée, on constate ceci : audessous d'elle, la papule est sèche ou presque sèche; en tout cas, la surface du derme n'est pas ulcérée, caractère négatif très essentiel, caractère qui distingue la syphilide papulo-croûteuse des syphilides pustulo-crustacées, dans lesquelles le derme est toujours plus ou moins attaqué, excorié ou même ulcéré, dans lesquelles en un mot on trouve toujours une flaie sous la croûte. Ici la croûte, au contraire, existe sans plaie véritable, et ne fait que recouvrir une papule à surface sèche ou à surface très légèrement, très superficiellement érosive.

Aussi la syphilide papulo-croûteuse est-elle d'une résolution bien plus facile que les syphilides pustulo-crustacées. Il suffit de quelques topiques (cataplasmes, onctions huileuses, pansement occlusif) pour détacher immédiatement les croûtes; puis, les croûtes tombées, reste la papule qui évolue à la façon des papules sèches dont nous avons parlé dans les formes précédentes, c'està-dire, qui s'atrophie et disparaît par résorption progressive.

Cette syphilide est disposée le plus habituellement en papules isolées, lenticulaires, arrondies, du diamètre d'une pièce de 20 ou de 50 centimes. Quelquefois aussi elle se présente sous forme de papules agminées, constituant des îlots croûteux d'une certaine étendue.

Elle s'observe de préférence soit au visage, sur le front, au pourtour des lèvres, des ailes du nez, soit au niveau des parties velues, dans les cheveux, dans la barbe, sur le mont de Vénus, etc..

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