‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 106 sur 252 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

II. Sypiiilides vaginales. — Contraste entre l'excessive fréquence des sypliilidcs vulvaircs et l'cxtrômc rareté des syphilidcs vagino-utérincs. — Celte rareté, toutefois, est moindre qu'on ne la suppose. — Statistique. — Siège liabituel des syphilides vaginales. — Caractères cliniques de ces syphilides.

m. Syphilides utérines. — Trois formes : 1" Forme crosive; — 2» Forme papuloérosivc. — Résolution rapide et curation spontanée de ces deux- ordres de lésions. — Comment ce dernier fait donne le secret de certaines contaminations syphilitiques mystérieuses, inexplicables. — 3» Forme ulcéreuse, jlus rare. — A quels signes reconnaître ou suspecter celte lésion ?

Syphilides anales et péri-anales. — Identité presque absolue de caractères avec les syphilides génitales. — Quelques particularités seules dignes de mention : • forme fissuraire; — hypertrophie radiée des plis de l'anus; — hypertrophie indurée du raphé médian périnéal.

Autres localisations assez communes des syphilides muqueuses chez la femme : 1» Syphilides muqueuses de Vombilic. — 2° Syphilides muqueuses du sein, à savoir : du mamelon et du sillon sous-mammaire. — Comment elles trouvent en ce dernier point les conditions les plus favorables à leur développement. — Nappes hypertrophiques sous-mammaires. — 3° Syphilides muqueuses axillaires.

Groupe des syphilides muqueuses communes aux deux sexes.

I. Syphilides buccales. — Plus rares chez la femme que chez l'homme. — Pourquoi?

— Variées de forme, elles se rattachent toutes néanmoins aux quatre types primordiaux précédemment décrits. — Siège. — Trois foyers véritables de prédilection : région amygdalienne, lèvres, langue.

1° Syphilides muqueuses des lèvres. — Formes érosive et papulo-érosive plus habituelles. — Caractères. — Plaques opalines. — Variétés. — Forme ulcéreuse bien plus rare.

2° Syphilides muqueuses de la langue. — Érosions; papules; papules hypertrophiques; papules indurées (nodi); fissures; ulcérations. — Forme plus spéciale : plaques lisses de la langue.

3° Syphilides de la gorge. — Ce sont les plus communes. — Formes habituelles : érosions et papules. — Plaques opalines. — Angine secondaire. — Indolence possible de ces lésions, qui parfois restent absolument ignorées des malades.

.Autres localisations moins fréquentes des syphilides buccales.

Caractères communs des syphilides muqueuses buccales : phénomènes douloureux; salivation; — bénignité et curation facile; — faculté surprenante de récidive; — forme circinée.

Traitement. — Quelle influence exerce le mercure sur ces lésions ? — Nécessité d'une médication topique. — Quelle doit être cette médication? — 1° Hygiène buccale

— 2° Cautérisations. — Le choix du caustique n'est pas sans importance. — Indications ■du nitrate d'argent, indications du nitrate acide d'hydrargyre. — Mode d'emploi de ce dernier caustique. — 3° Gargarismes.

II. Syphilides muqueuses du pharynx. — Leur rareté relative. — Formes. — Comment ces syphilides peuvent devenir l'origine de troubles auditifs variés, plus ou moins sérieux.

III. Syphilides muqueuses du larynx. — Rareté de ces lésions. — Descriptions anciennes, plus théoriques que cliniques. — Formes principales d'accidents laryngés : lo Erylhéme laryngé, forme la plus commune. — 2^ Laryngite hyperplasique, moins fréquente. — Rareté des lésions bien circonscrites, pouvant être rattachées à des syphilides érosives ou papulo-érosives. — 3° Ulcérations. — Traitement.

SYPHILIDES MUQUEUSES.

IV. Syphilidcs muqueuses de divers sièges : paupières; — narines, pituitaire; — conduit auditif. — Formes érosivc, papuleuse, papulo-hypertropliiquc. — Oijlilération possible du conduit auditif par des papules liypertropliiqucs. — Traitement.

Messieurs,

La syphilis secondaire détermine chez la femme des manifestations multiples vers le tégument muqueux.

Ces manifestations, qui constituent, comme vous le savez, ce qu'on appelle les syphilides muqueuses, sont incomparablement plus communes dans l'un et l'autre sexe que les syphilides cutanées. Chez la femme, spécialement, elles sont d'une fréquence que je ne puis qualifier autrement que d'excessive. S'il est quelques femmes syphilitiques qui, grâce à un traitement énergique et assidu, échappent en partie ou même absolument aux accidents cutanés de la diathèse, il n'en est guère, je crois môme pouvoir dire il n'en est pas, qui soient épargnées par les accidents muqueux. — De plus, ce dernier ordre de .symptômes est bien plus sujet à récidives que les dermatoses spécifiques, et se reproduit souvent à maintes et maintes reprises, soit dans la même période, soit à diverses époques de la maladie. D'où il résulte, en somme, que les syphilides muqueuses constituent le genre de lésions qui se présentent le plus souvent à l'observation dans la pratique. — Nous devons donc, à ce titre, les étudier avec d'autant plus de soin.

■ On a dit que les exanthèmes syphilitiques des muqueuses sont exactement et ne sont rien autre que les syphilides de la peau transportées sur les muqueuses. Cela est vrai et cela est faux tout à la fois. Il est positif que certaines formes de ces exanthèmes muqueux sont la reproduction trait pour trait de certaines syphilides cutanées, réserve faite, bien entendu, pour les différences que commande la disparité du siège. La papule des muqueuses, par exemple, est le représentant fidèle de la papule qui se produit à la peau. Mais ce'qui n'est pas moins vrai et ce dont on n'a pas

KÉFOllME DE NOMENCLATURE. 375-

lenu compte dans celle assimilalioii plus philosophique que clinique, c'est qu'il est des syphilides muqueuses qui n'ont pas de type correspondant à la peau, et réciproquement. D'ailleurs, alors môme que l'analogie serait parfaite entre ces deux ordres d'exanthèmes, les lésions des muqueuses sont tellement modifiées dans leur aspect, dans leur physionomie, par le seul fait de leur localisation sur une membrane sécrétante, qu'elles ne demanderaient pas moins à être étudiées à part et décrites spécialement, comme nous allons le faire.

Les syphilides muqueuses ont une synonymie assez variée. Vous les trouverez décrites dans différents auteurs sous les noms de pustules plates, pustules humides, tubercules plats, tubercules humides ou muqueux, ulcérations syphilitiques des muqueuses, condylomes, tumeurs condylomateuses, rhagades, plaques muqueuses, etc., etc.. C'est ce dernier nom de plaques muqueuses qui leur est plus communément appliqué. Or, cette dénomination, bien qu'agréée parla plupart des pathologistes, ne m'en paraît pas moins vicieuse, défectueuse au dernier chef; car elle confond sous une rubrique commune des choses essentiellement disparates et distinctes. Quoique je sois de ceux qui attachent peu d'importance aux mots et qui ne querellent pas sur une désignation pathologique, pourvu qu'on y rattache un sens précis, je ne saurais cependant faire grâce à ce terme vague et confusionniste de plaque muqueuse. Je le condamne, je le rejette absolument. De cela je vous dois la raison, et cette raison, la voici.

Travers singulier des observateurs : alors qu'une syphilide siège à la peau, on s'attache à en surprendre les moindres caractères, les détails objectifs les plus minutieux, afin' de la catégoriser dans tel type, tel genre, tel sous-genre, telle variété, etc., et l'on s'empresse de chercher pour elle une appellation spéciale. Puis, s'agit-il d'une lésion des muqueuses, on ne s'occupe plus de l'étudier, de la caractériser, de la distinguer d'une lésion différente du même système, et moins encore de lui assigner une dénomination particulière; on l'appelle p^agite muqueuse, ({MeWe, qu'elle soit, et tout est dit. Plaque muqueuse cette lésion; plaque muqueuse cette autre qui diffère de la précédente à tous égards.

370 SYI'HILIDES MUQUEUSES.

moins le siège; plaque muqueuse encore cette troisième, également distincte des deux premières. Tout ce qui se produit sur le tégument muqucux est dit plaque muqueuse; et les mêmes observateurs, qui s'arment d'une loupe pour différencier à la peau des nuances insaisissables à l'œil nu, consentent à réunir en un même type et sous un même nom des lésions grossièrement dissemblables, alors que ces lésions siègent sur le tégument muqueux. A ce point — rapprochement très exact — que nos descriptions actuelles des syphiiides muqueuses semblent faites sur le patron de celles que nous^ont léguées, relativement aux syphiiides de la peau, les médecins du xv' siècle. Ces vieux auteurs n'avaient qu'une dénomination pour toutes les éruptions cutanées du Mal français : ils les appelaient toutes indistinctement pustules, pustulœ. Faisons-nous autre chose, nous, aujourd'hui, alors que nous confondons toutes les éruptions du tégument muqueux sous la désignation unique de plaque muqueuse?

Si l'on voulait définir ce qu'on entend aujourd'hui par plaque muqueuse, on arriverait à cette caractéristique burlesque delà lésion : la plaque muqueuse est une érosion, à moins que ce ne soit une papule; — c'est une papule, à moins que ce ne soit une ulcération; — et c'est une ulcération, à moins que ce ne soit une tumeur; — car ce que l'on comprend sous ce terme collectif est à la fois érosion, papule, ulcération et tumeur.

Cette critique, qui reproduit exactement l'état actuel de la nomenclature en faveur, légitimera à vos yeux, je l'espère, la nécessité de renoncer à ce vieux mot de plaque muqueuse, de démembrer cette unité factice, et de différencier par des dénominations spéciales les types essentiellement divers que présentent les syphiiides du tégument muqueux. Il est urgent, il est indispensable défaire pour ces lésions ce qui a été fait pour les syphiiides de la peau, c'est-à-dire d'y introduire une classification et une nomenclature basées sur des caractères cliniques réels et importants. C'est là ce que j'essayerai de réaliser dans l'exposé qui va suivre.

SIKGE.

OÙ se produisent les syphilitles muqueuses?

Sur les muqueuses d'abord, cela va sans dire. Mais loulcs les muqueuses ne sont pas également alTectées par ces lésions. Deux en sont le siège sinon exclusif, du moins le plus halDituel, à savoir :

l°la muqueuse génitale;

2° la muqueuse buccale.

Ces deux muqueuses constituent, pour les lésions qui nous occupent actuellement, de véritables foyers de prédilection.

Les mêmes accidents se rencontrent encore, mais moins communément, sur d'autres muqueuses, sur celles de l'anus, du pharynx, du larynx, des fosses nasales, des paupières, etc.

Peut-être bien se développent-ils aussi parfois sur les muqueuses internes, soustraites à notre examen, sur celles des bronches ou de l'intestin, par exemple. Mais jamais, que je sache, on ne les y a signalés, au moins d'une façon péremptoire, anatomique.

En second lieu, les syphilides muqueuses s'observent sur certaines régions du tégument cutané qui se rapprochent des muqueuses par des conditions anatomiques spéciales, telles que finesse et humectation habituelle de la peau, plicatures ou froncement de la peau, adossement de surfaces en contact permanent, etc. C'est pour l'une ou l'autre de ces raisons qu'il n'est pas rare de rencontrer ces lésions au voisinage de la vulve (face externe des grandes lèvres, périnée, plis génito-cruraux), à la marge de l'anus, sur la face interne et supérieure des cuisses, dans le pli interfessier, à l'ombilic, à la face inférieure du sein (spécialement chez les femmes qui ont les mamelles volumineuses et pendantes), à l'aisselle, dans le sillon auriculo-temporal, dans tous les plis de la peau qui résultent de l'obésité, etc.

Cette dernière variété de lésions (syphilides muqueuses de la peau) est sans contredit beaucoup plus commune chez la femme que chez l'homme.

^'8 SVPIllLIDES MUQUEUSES.

A quelle période de l;i maladie se développent les syphilides muqueuses?

Ce sont des lésions essentiellement et exclusivement secondaires; — secondaires chronologiquement, par l'époque où elles se manifestent; — secondaires aussi cliniquemenl, anatomiquement, par leurs caractères de lésions bénignes et superficielles.

Assez souvent les syphilides muqueuses sont les 'premiers accidents qui succèdent au chancre. Gela s'observe surtout chez la femme. Journellement il nous arrive, dans cet hôpital, de voir de petites papules de la muqueuse vulvaire inaugurer, à côté du chancre, le début même de la période secondaire.

Pendant toute la durée de cette période, c'est-à-dire pendant les deux ou trois premières années de l'infection, les syphilides muqueuses sont à V ordre du jour d'une façon permanente, si je puis ainsi parler. Ce sont les accidents qui se produisent et se répètent le plus souvent chez les malades non traités; ce sont de même ceux auxquels les malades traités échappent le plus difficilement.

Enfin, il n'est pas rare que les syphilides muqueuses s'observent comme derniers accidents de la période secondaire, au terme ultime de cette période, voire au delà. Parfois, chez des malades qui ont fait un long traitement, la diathèse presque épuisée ne se manifeste plus, comme derniers phénomènes, que par quelques légères, insignifiantes éraillures du tégument muqueux, et cela plusieurs années après le début de l'infection.

Bien que variées de formes et d'aspect, les syphilides muqueuses présentent un certain nombre de caractères généraux et communs, qu'il y aura quelque avantage à spécifier d'une façon préalable avant d'aborder la description particulière de chaque espèce.

I. — Rappelons d'abord que ce sont toutes des lésions à développement spontané dans le cours de la maladie, lésions se produisant, comme les syphilides, comme tous les accidents consécutifs, sous la seule influence de la disposition acquise, de l'impulsion diathésique.

Cela va de soi, sans aucun doute. Cela cependant n'est pas inu-

CARACTÈRES GÉNlillAUX. 379

tile à dire. Car il ne faudrait pas remonter bien haut dans l'hisLoire de la science pour trouver des exemples de syphilides muqueuses imputées au fait d'une contagion récente et surajoutée. Tels sont entre autres ces cas nombreux de syphilides anales ou péri-anales qui, de nos jours môme, ont parfois éveillé le soupçon d'une contamination m siliL Tels sont de même les cas dans lesquels des nourrices ont été accusées d'avoir transmis à leurs nourrissons des syphilides muqueuses de la bouche, alors que ces lésions n'étaient pour l'enfant que la conséquence naturelle d'une infection héréditaire.

II. — Les syphilides muqueuses sont toutes sécrétantes. De là le nom de syphilides humides qui leur est souvent appliqué.

A quelque variété qu'elles appartiennent, toutes ces syphilides sécrètent plus ou moins ; peu, quand elles sont simplement érosives; davantage, quand elles sont ulcéreuses.

A ce caractère se rattache un intérêt considérable que vous allez comprendre dans un instant.

III. — Les syphilides muqueuses sont toutes des lésions non inoculables aux sujets qui les portent, ou, comme on dit en langage technique, non auto-inoculables.

Recueillez sur la pointe d'une lancette une gouttelette du liquide fourni par ces lésions, et inoculez ce liquide sur le sujet même auquel vous l'aurez emprunté, vous n'obtiendrez rien; votre inoculation restera toujours, toujours et absolument stérile.

Cette expérience a été faite des milliers de fois. Je l'ai répétée pour ma part presque à satiété, et je la laisse répéter journellement à mes élèves parce qu'elle est aussi inoffensive que possible. Toujours et invariablement les résultats en restent négatifs.

Il existe cependant et vous trouverez dans les annales de la science quelques faits contradictoires, tendant à démontrer que les syphilides muqueuses peuvent, dans de certaines conditions, être inoculées avec succès aux sujets qui les portent. Ces quelques faits isolés ne sauraient prévaloir contrôla masse énorme d'observations que nous sommes en mesure de leur opposer, ni contre

380 SYPIIILIDES MUQUEUSES.

les résultais de rcxpciicnce générale. Il n'entre pas dans mon sujet de vous les exposer ici et d'en instituer la critique. De tels faits d'ailleurs, à mon sens, ne sont guère explicables que par une erreur commise sur la nature du liquide inoculé ou par une fausse interprétation du résultat obtenu. Quoi qu'il en soit, ce qui est indéniable, c'est que, dans les conditions habituelles où elle est pratiquée, l'auto-inoculation à la lancette des produits sécrétés par les syphilides muqueuses reste toujours et invariablement négative.

IV. — Les syphilides muqueuses sont toutes des lésions de caractère contagieux.

Voilà, messieurs, ce qu'il est important que nous sachions, nous médecins, ce qu'il est bien essentiel que nous disions, que nous répétions aux gens du monde, à nos clients, à tout le monde; car c'est là une vérité des plus utiles à propager.

Vous savez que longtemps, sur la foi d'hommes considérables dans la science, on a nié la contagiosité des syphilides muqueuses ou des lésions secondaires en général. « Le chancre seul, disaiton, est contagieux; lui seul peut transmettre la vérole ». C'était là une erreur, une erreur des plus graves. Pendant de longues années la question a été agitée et résolue en divers sens; elle est aujourd'hui définitivement jugée, car l'expérimentation s'est prononcée sur elle de façon à convaincre les plus incrédules. Et en vérité, soit dit incidemment, il n'était guère besoin d'expérimentations pour démontrer ce que la clinique depuis longtemps ne laissait pas douteux.

Oui, sans la moindre réserve, sans la moindre arrière-pensée, oui, les syphilides muqueuses et, d'une façon plus générale encore, les accidents secondaires de forme suppurative possèdent la faculté contagieuse. Je vais même plus loin pour ma part, et je n'hésite pas à vous dire : c'est à cet ordre d'accidents (les syphilides muqueuses) que s'alimente surtout la vérole; ce sont les syphilides muqueuses qui, plus que tout autre symptôme syphilitique, fomentent et perpétuent la vérole dans notre société.

Telle est du moins la conviction à laquelle m'ont conduit les recherches qu'il y a déjà une quinzaine d'années j'ai entreprises sur

CAnACTÈRES GÉNÉRAUX. 381

la source de la conlagion syphilitique et que j'ai toujouis poursuivies depuis ce temps.

Quelles sont en effet les origines de ces contagions si fréquemment transmises de nourrissons à nourrices? — Des' accidents secondaires rfes muqueuses, toujours et invariablement.

Quelles sont les origines de ces contagions (bien plus nombreuses, hélas, qu'on ne saurait le supposer à priori) transmises dans le mariage, de l'époux à l'épouse?;— Presque toujours des syphilides des muqueuses. J'aurais sur ce point plus de 150 observations à mettre sous vos yeux, témoignant toutes dans le même sens^

Quelles sont, dans la classe aristocratique ou bourgeoise de notre société parisienne, les origines les plus communes de ces syphiUs contractées dans une liaison avec une maîtresse, une fille à la mode, une célébrité du demi-monde? Presque toujours encore des accidents secondaires des muqueuses.

Quelles sont enfin les origines de ces contagions si nombreuses que versent à flot dans les basses classes et même dans toutes les classes les maisons de tolérance (soi-disant surveillées) et la prostitution libre, clandestine? Encore et toujours les syphilides des muqueuses, du moins pour la grande majorité des cas.

Et comment, d'ailleurs, pourrait-il en être autrement? Si les syphilides des muqueuses fournissent à la contagion un contingent bien supérieur à celui du chancre, c'est qu'il faut que cela soit ainsi par la force des choses. Jugez-en.

D'une part, les syphilides muqueuses sont infiniment plus fréquentes que le chancre. Le chancre ne se produit qu'une fois sur un malade syphilitique, et cela pour une durée de quelques semaines; les syphilides muqueuses figurent cinq, dix, quinze, vingt l'ois dans le cours d'une vérole, et se répètent parfois à satiété dans les trois ou quatre premières années de l'infection. — Ces syphilides, d'autre part, affectent des sièges multiples. — Ce sont de plus des lésions souvent ignorées, à force d'être bénignes. — Ce sont enfin des accidents souvent assez tardifs et se produisant à une époque où les malades, croyant en être quittes avec la vé-

1. Voyez Syphilis et mariage. Leçons du même auteur, Paris, 1880.

SYPIIILIDES MUQUEUSES

yole, ne se liennenl plus en garde contre le risque de la communiquer. Toutes CCS conditions et d'autres que je passe sous silence rend enlles syphilides muqueuses essentiellement fécondes en contagions, et vous voyez que, sur ce point, les inductions rationnelles sont en parfaite harmonie avec les résultats de la pratique.

Y. — Les syphilides muqueuses sont des lésions douées d'une faculté surprenante de récidive, d\me puissance vraiment extraordinaire de repullulation.

La fréquence des récidives est un trait presque caractéristique des syphilides muqueuses. Il n'existe certainement pas, dans toute la syphilis, un accident qui puisse leur être comparé à ce point de vue et qui présente une égale tendance à se répéter, à se reproduire. C'est là une particularité curieuse, sur laquelle j'aurai bien des fois l'occasion de revenir dans l'exposé qui va suivre.

VI. — Les syphilides muqueuses, enfin, sont presque toutes des lésions remarquables par leur facile cnrabilité, laquelle ne laisse pas de contraster parfois avec une apparence plus ou moins grave.

Si ces lésions se présentaient toujours sous une forme bénigne, il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'elles eussent invariablement une évolution rapide et une terminaison favorable. Mais telle n'est pas leur allure dans tous les cas. Ce qu'il y a de curieux, c'est que souvent elles ont une apparence vraiment menaçante et qu'elles n'en cèdent pas moins en quelques jours au traitement le plus simple, du moins pour l'énorme majorité des cas. Elles diffèrent en cela notamment des syphilides cutanées correspondantes, bien autrement rebelles en général, plus tenaces, moins aisément résolutives.

Cela dit sur les caractères généraux de ces lésions, venons à leur description générale.

Il est indispensable ici, je vous le répète, de rompre avec la tradition routinière qui s'obstine à confondre en un seul type les syphilides muqueuses de tout genre. 11 est indispensable» de décrire séparément et de différencier par des appellations spéciales des formes pathologiques essenlielhment diverses.

Page 1