CARACTÈRES CLINIQUES
mais elles sont infiniment plus rares sur ces derniers points qu'à la région vulvaire.
Le seul fait d'une indumiion se développant sous une lésion secondaire serait déjà par lui-même un phénomène clinique intéressant, alors môme que nous n'aurions pas de conséquences à en déduire. Mais tel n'est pas le cas. A ce fait tout au contraire se rattachent diverses considérations, les unes [pratiques, les autres doctrinales, toutes également dignes de fixer notre attention, comme vous allez le voir.
Ce n'est pas toujours. Messieurs, avec des syphilides étendues, confluentes, agminées, typiques en un mot, que se produisent ces indurations secondaires. Elles se développent aussi parfois — et je viens de vous en montrer un exemple à l'instant — avec des syphilides circonscrites, limitées, discrètes, solitaires môme. Or, supposez une érosion ou une papule solitaire se présentant de la sorte avec une base indurée; une telle lésion ne peut-elle pas, dans ces conditions, simuler un chancre, un chancre induré? Certes, oui. Gomme le chancre, en effet, elle est circonscrite, isolée, plate ou légèrement saillante; elle a la configuration du chancre; elle en a la teinte, l'allure générale, l'assise résistante, etc. Bref, elle a si bien l'air, la physionomie d'un chancre, que neuf fois sur dix pour le moins un observateur non prévenu la prendra pour un chancre. L'erreur est plus que facile, elle est presque forcée. Il faut vraiment avoir appris par expérience personnelle que des lésions secondaires peuvent se présenter sous cette forme pour ne pas les confondre avec le chancre.
Pratiquement, le danger de confondre avec le chancre ces syphilides indurées chancriformes, ces pseudo-chancres (comme je les appelle) ne porterait pas à conséquence ; car, après tout, chancre et syphihdes sont symptômes d'un même mal et impliquent les mêmes indications thérapeutiques. Mais, doctrinalement, c'est une tout autre affaire. Une syphilide prise pour un chancre signifie ceci en doctrine : infection nouvelle surajoutée à une infection antérieure, seconde vérole entée sur une première. Qui dit chancre, en
158 INDURATIONS SECONDAIRES.
effet, dit accident dérivé d'une contagion, accident initial allant servir d'exorde à une diatlièse. Un sujet syphilitique présentant à nouveau un chancre induré est un sujet qui vient de contracter une seconde vérole.
Or, comme rien n'empêche que sur un organisme en puissance de syphilis il ne se développe deux et trois fois de suite des syphilides indurées, voyez où peut conduire l'erreur, l'erreur facile, qui considérerait cette série de syphilides comme une série de chancres successifs. Il résulterait de là qu'un sujet syphilitique aurait la faculté de subir deux ou trois fois de suite une contagion nouvelle et de « s'envéroler coup sur coup », comme on le disait autrefois. Il résulterait de là que l'organisme humain serait susceptible de subir à courte échéance plusieurs inoculations successives du virus syphilitique, alors que la clinique et l'expérimentation s'accordent à nous le montrer réfractaire à ce virus après une contamination première, alors qu'il est d'expérience commune et de notion vulgaire que la vérole ne se double pas. A quelles conclusions illégitimes et singulières peut conduire de la sorte le seul fait d'un symptôme mal interprété!
Eh bien, cette interprétation vicieuse a été appliquée plusieurs fois, sans aucun doute, à l'ordre de lésions dont je viens de vous entretenir. Plusieurs fois on a pris pour des chancres indurés nouveaux, pour des- chancres indurés de récidive, Ae?, syphilides indurées, légitime produit de l'infection secondaire; et l'on a conclu de là que la vérole peut, même à bref délai, se doubler, se tripler, sur le même sujet, alors qu'en réalité les cas de réinfection syphilitique restent à l'état de faits rigoureusement possibles, mais absolument exceptionnels. Analysez les quelques cas (trop rares, hélas! car, démontrant l'extinction de la vérole, il serait à souhaiter de les voir plus nombreux), analysez, dis-je, les quelques cas de « vérole double » qui ont été publiés par divers auteurs, et vous resterez convaincus, après examen minutieux, que la plupart de ces prétendus chancres de récidive n'étaient en réalité rien autre que des syphilides indurées, chancri formes, simulant le chancre par la particularité spéciale de leur induration. Observations en mains, il me serait facile de faire la preuve de ce que j'avance; mais je n'ai pas, quant à présent du moins, à dé-