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DE L'INDURATION EN SYPHILIS

ballre ce sujet. Qu'il me suffise de vous signaler seulement, à son propos, une cause d'erreur possible, une confusion qui déjà, certes, a été commise et contre laquelle il importe de prémunir de nouveaux observateurs.

C'est qu'en effet. Messieurs, on prête généralement à Vincluration un sens qu'elle ne comporte pas; on lui fait dire, passez-moi l'expression, ce qu'elle ne dit pas. On s'est accoutumé à la considérer comme un attribut spécial du chancre, comme un signe appartenant au chancre d'une façon exclusive. Toute ulcération, toute lésion indurée, est réputée chancre ipso facto, par le seul fait qu'elle est indurée. Or, rien de plus arbitraire, rien de moins légitime qu'une telle interprétation. Il y a nécessité urgente à réagir contre celte tendance commune des esprits à notre époque. Laissez-moi le faire en quelques mots.

L'induration considérée en tant que signe clinique, l'induration telle que nous la percevons sur le malade, n'est absolument pathognomonique ni d'une maladie,\d. syphilis, ni d'un accident spécial de cette maladie, le chancre.

D'abord, en tant que signe clinique, elle peut être simulée soit par certains étals morbides (tels que le cancroïde, par exemple), soit méme|par l'effet de certains caustiques, de certains topiques appliqués sur des ulcérations ou des lésions vulgaires. Veuillez à ce propos vous rappelerce que je vous ai dit précédemment des indurations arh'/îc<e//es, simulant à s'y méprendre l'induration spontanée du chancre.

Mais là n'est pas le point important. Ce qui nous intéresse plus immédiatement est ceci : V induration n'appartient pas en propre à un accident particulier de la syphilis; elle n'est pas l'apanage exclusif d'une manifestation de la diathèse; en un mot, elle n'est pas pathognomonique du chancre. Sans doute elle s'observe en compagnie du chancre bien plus fréquemment que de tout autre accident; mais elle se rencontre aussi en maintes occasions comme phénomène indépendant du chancre, comme expression ultérieure de la diathèse. Elle se rencontre, par exemple, très communément avec les syphilides muqueuses de la vulve (je viens devons en mon-

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trer aujourd'hui quatre spécimens), assez souvent aussi avec les sypliilides du gland \ quelquefois encore avec celles de la langue. Parfois elle accompagne, sous forme d'infdtralion lamcUcuse dite induration parcheminée, certaines syphilides de la peau, telles que syphilides papuleuses à larges papules, syphilides psoriasiques ou ecthymateuses. C'est elle de même qu'on retrouve dans diverses manifestations encore peu connues que j'ai décrites il y a quelques années sous les noms de chancre redux et d'indurations satellites dit chancre^. C'est elle qui constitue ces lymphangites et ces adénopathics dures qui se produisent au voisinage de l'accident primitif. C'est elle encore qui constitue les adénopathies secondaires, les noyaux de l'alhuginite, les papules, les tubercules, « les nodi », etc., etc.

L'induration, en conséquence, ne saurait être considérée comme une lésion propre du chancre. Loin de là, c'est une lésion commune à des manifestations variées et des âges divers de la syphilis. Elle se relie moins à un accident donné de la maladie qu'à la maladie même; elle trahit, elle accuse moins un stade chronologique de la diathèse que la nature même et l'essence de cette dialhèse. En d'autres termes, l'induration, en syphilis, ne signifie pas plutôt chancre que tel autre accident; elle signifie simplement ceci : lésion syphilitique, production pathologique constituant un élément commun à diverses manifestations de la diathèse.

■Cette façon plus générale d'envisager l'induration est rigoureu-

1. Dans mon travail sur le Psetcdo-chancre induré des sujets syphililiques (Archives gcn. de méd., 1868), j'ai rclatô plusieurs faits relatifs à ces indurations secondaires du gland, qui sont des plus curieuses comme lésions, des plus insidieuses comme diagnostic.— Ces indurations sont généralement limitées et circonscrites. Comme étendue de surface, on peut les comparer soit à une lentille, soit plus souvent à une pièce de "20 ou de 50 centimes, soit encore à une amande d'abricot. — Il faut savoir, toutefois, qu'exceptionnellement elles peuvent affecter des proportions supérieures et s'étendre à la presque totalité du gland, voire au gland tout entier. Deux fois j'ai vu des indurations de ce genre, étalées en surface sous forme lanielleuse, constituer au gland une sorte de cuirasse. Dans ces deux cas, Textrémité de la verge présentait une dureté des plus singulières. Tout en conservant sa configuration habituelle et son volume à peu près normal, le gland offrait une consistance telle qu'on l'eût dit coiffé d'une calotte cartilagineuse, à ce point qu'un de mes malades comparait sa verge à une verge de bois.

2. Je n'ai pas à décrire ici ces curieuses lésions. .le ne puis que renvoyer le lecteur au mémoire que j'ai publié sur ce sujet (Élude clinique sur l'induration syphilitique primitive, in Archives générales de méd., nov. 1867).

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